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DI SCO VRS
DE LESTAT
DES FIDELES
APRES
LA MORT:
t*ar Iean Lesnier, Imprimeur & Li- braire , Au Livre d'Or.
ft^. D'à. xTFIT
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University of Ottawa
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L'AVTEVR.
A SA FEMME.:
^omme ïoccapon oui 4 donnt U naijjance à ces Difcours nous ejl do- meflique f0 particuliete , aujji nauoy-ie quand ie les ay compole":^ aucun dejjein de let donner au. Tublic, tJ^on intention ejioit feulement de con^ tribucr quelque cho[e à vofîre consolation dam U perte que nous auons faite , en njous reprejentant bîieuemcnt les principales confderations qui font capables d\doucir ïamertume de tels ennuu, %^ quoy le me propofois aujji Ci ad jouter U rejolution de quelques êhtefiions qui m*auoyent ejle faites fur ce J met. Depuis ejiant jalliciie par quelques
a &
E P I s T R E.
^ns d^en" donner la leÛttre à tout le monde ^ le fij ay pas fait grande refifience , g^ m*tn juis rapporté an iugement de ceux qut ne les ont pas eftimex, indigner du tour ; 'veu principalement que 'VOUS les pourrez lire ainfi beat4coup plus commoJ dément* Je les laijfe donc aller tels quiL font . premièrement fortis de dejfous ma plume ^ n* ayant peu obtenir de moy mefme d*efjayer de leur donner plus à*orncment que ce q%'en a peu auoir le naïf de leur première produâion» Je ne me repenti-- ray pas de leur édition , /! les Fidèles de noflre Seigneur en peuuent recueillir quelque vtilite^c^T ce nous deura ejîre beaucoup de joulagement en noflre trifîejfe , Ji les brèches de nojire famdle feruent a l'édification de l*Eglife de Dieu , ^jr nos larmes à la ioje O* ^ l^ef^erance des gens de bien» ^uant a cette bonne fille que nêous pleure-^ de VO' fîre part, ^ a laquelle te penfe de la mienne y tous les tours , fî elle auoit creu que [on départ , outre le bon exemple quil a donné en njne fi grande ieté^ neffe , eufl peu aider en quelque chofe ii la pieté des Qhrefiiens, elle icn fuji encor allée plus gaye^^ ment quelle n*afait. Et (i dans ce bun-heureux fejour oft elle eji » f^ dont îay tafché de ^otu
E P I s T R E.
faire Icy vn crayon ^elle auoit quelque coYinoiJfance de ce qui fe fajje en U terre , cette fenfee , que fon ahfence nous à donné ftt\et de méditer U gloire du C/V/, C^ de fournir quelque matière delà mé- diter a ceux qui l^efferent j adioufieroit quelque chofe à l'inénarrable contentement qudle reçoit de fa béatitude. Et elle g^ nous auons efîè faits pour la gloire de noflre Sauueur , (^ deuons rf- pHter a beaucoup d'honneur ay feruir ^de quelque façon qu'il nous y employé, C Vy? a ce but que . nous deuons rapporter ^ nojlre 'Vie (t) nofire mort, f0 nos iojes ^ nos ennuie ^ f^ tafcher défaire que nos prochains profitent de nos dommages. J*ay regardé principalement à cela en U publication de cet Ecrite f0 s il efl tel que te me puijfe pro- mettre d'y auoir en quelque fajfon riujf, len be^ niray nojhe Seigneur, }iinon , au moins fuif ie afféuré que mon intention ne luy aura fas efe def agréable , f^ efpere que ceux entre Us mains de qui cette t^edttatiun tombera , imiteront fa, chanté y Cr prendront ce mun petit tr au ail en honm part, ^and th n'en tireroytht autre auan^ tage fnon que fa leélure les aura oblige':^ d'atta^^ cher quelque temps leurs écrits a la penfée de
E P ï s T R E;
{etcrnhc y O" i^^cnês peiiujlre a former fur vnefi noble mmer€ de heattcoup flus belles conceptions que Cilles au ils verront icy déployées , ils ne m'en dturont pas fçxuoir mAisuais qré, *Tour moy laduonë que cette occupation ne m'a pas efli //:-] jrufltieHJe , ^ qn encore que te [cache bien que mes pente es font non fenlement infiniment diffro" porttonnéei d'atitc Uur fujet , mais beaucoup ati dejfous de celles de plufieurs de mes Frères , i*il leur plaifoit de /y appliquer , ie ne repajfe pour- tant point les y eux defjus , que ie ncn retire quel" que vftge, (^ar outre la conlolation que ie reçois de penfer a la condition de ceux dont le départ nous à tfîé (t fnfible O* fi douloureux ^ ie me fa- mdixrife par la ^r a ce de Dieu aucunement auec la Mort , c^/^w quelques fois en telle confiitu-^ tion que ie 'Cejiimerois plus auantageuje que la w. De forte que te trouue beaucoup moins admirable cet élans d<: la pieie de S, Paul , le dcfirc de déloger & d'cftfc aucc Chrift, quand le con- fiitre q^\l auoit continuellement en iJme vne ft belle idée des Cteux O* des chofes qu'il y auoit entenduëi, ^ant à vous , te 'Vous prie ^ vous exhorte très- affélueufmcnt de puifer dans les
E P I s T R E.
me/mes fonyas ce qui efl mcejjaire pour lofïre confolation. L'extrémité de njoflre ajfltBion ,<jHi iujques tcy a effé comme incônfolaUe , ayant efle la principale cauje g^ de la compofition O' de ïe* dition de ces Dtfcours ^ peut ejlre que le don que te vous en fats les rerdra plus effîcacieux pour la diminuer, ^e s il y a quelque chofe quiy puif fe feruir y te prie Dieu de tout mon cœur quil luy plaife de timprimer profondement en loflre ef- frit , tP* que de l'abondance du fen il fupplce ce quiy défaut , O" i^ous remplijje de fa icje.
Le LeÛeur ej! prié de corriger airifi Us fautes,
P»gctj.HgBC iS.c'eft celte, Wip^c'eft en cette- Pag-i^.ligij* aflcmbl^s, hi.afftmhlét.Va^.-jyWf^.-j dcsfidclc$,«/.dcsinfidclcs Idemjig.iotoar- wentés./t/.t-ourmcntécs. Pag.79.1ig./-î.tricB)plant,///.triomphaDt. Pag. 3|j.lig. j. dcIqiKlIcs, lif. dcfç[uel«. InqudqtKS exemplaires pag-Joj fig.
TABLE
PREMIER DISCOVRS.
si l'Ame du Fidde îft douée de fentiment après U OHûrf» rage /.
SECOND DISCOVRS.
Quelle eft la félicité des Ames Fidèles feparées du corps , & quel le lieu otè elles font recueillies. Page 64.
J-ROISIEME DISCOVRS.;
^e cefi que h RefurreÛion ad\ouJlerâ à U haù' tude de l'Ame Fidèle* page lit,
QVATRIEME DISCOVRS.
De U félicité des Fidèles afres U ioarnée delà Re- JurreCiion, fagt 180
DE
DE LESTAT
DES FIDELES
APRES LA MOPvT.
AVANT-PROPOS.
NCORE que l'Apoftrc S.Paul écriuantaux ThcfTalonicicns, les exhorte de tirer leurs confolations en la pertede leurs amis, de rcfpc- rancc de la Refurrcûion bien»hcureufe, ôc qu en effc6t ce foit au iour auquel elle fe fera qu*eft referuée laplcnc reuelacion de noftrc felicitcifi ne laiflbns nous pas de confoler ceux à quices accidens arriucnt , par cette confidc - ration, que dés auffi toft que l'A me eft Icparéc du corps,clIe eft recueillie en vn lieu de rafrai- chiffcment & de repos^buen attendant cette Rcfurredion , elle joiiift dVn contentement inénarrable. Nous auons mcfmcs accoutumé
t Avant PROPOS
de donner cette cfpcrancc aux malades, que nous voyons en quelque daf^gcî de la mort, que s'ils font retirés de cette vie, ce fera pour entrer en vnc meilleure, ou ils pcffc^ïont incontinent vnc ioycs^^ vnc bcatiui le , que nous ciTayons de décrire la plus grands que BOUS pouuons,rnais dont l'cfFc 61: doit furpaf- fer infiniment tout ce que nous en rrprefcn'- îons.en nos parole?» Et pourcc qu'il femblc que naturellement les cliofcs élongnécs nous touchent moins, au lieu que celles qui (ont prochaines , & que nous pcnfons ^^uoir fous la main , donnent à nos efprits des rnouucmens & des fentimcns beaucoup plus vifsjCcttccon- folation aie ne fçay comment plus d'efScacc, foit pour adoucir Tennuy de ceux qui rcftent viuaD5,ou pour diminuer le regret de ceux qui meurent, que n'a l'attente du rétablifTcmcnt de ce corps, qui dans les apparences des cho- fcsparoiftcftrc différé encore dVn a fsés long temps. Orcommcil conuienc à la Religion Ghreftiennc, ôc à ceux qui ont la charge de rannoncer , de remplir les efprits des hom- mes de magnifiques efperanccs, & de leur faire fcniirdcviucsconfolaiionSjauiri cft-il digne
Avant- propos? 5
de fon excellence que ces cfpcranccs & czs confoîations foycnc certaines & véritables , 6c qucceuxquilcsrcçoiaent en aycntvne pléne perfuafion- Car rcfficicc de telles chofes dé- pend de IcuiJencc & dclafoliditédc leur vé- rité, & autant que Ihommc douce que ce qu*onluy promet, ou ce dont on raffcurç,foit véritable , autant s'afFoiblic&fc diminue le contentement qu'il en reçoit. Pourcc donc qu*il n'y aquafi chofc dont l'vfage reuîennc plus fouucntcnla vie humaine, qu'il n*y a fa- mille entre les Chrcftiens ou on n'ait quelques fois bcfoin de telles confoîations, queHnfir- mité de la chair trouue toujours beaucoup de difficulté à s'imprimer bien auant la créance de ces chofcs , & que mefmes il ne fe peut éui- tcr que dans les conuerfations particulières on ne tombe fur c€ difcours, que quelques vns d'entre les Chrcftiens mefmes ont douté de Tcftat des Ames après la mort,i'ay crcu qu'il ne feroit pas hors de raifon que ic donnalTc quelques heures à la confidcration attentiuc de ce fu jet. Si mes pensées là de ffus ne ferucnt à l'édification du public, au moins certes mes plus proches, dans les affligions de cette forte
A L
4 Avant-propos,
dontDicunousatousvifiiésjCnponrront ils rircr aucc moy quelque vtilité particuHcrc. le me propofc donc d'examiner icy par !a Pa- role de DicUjCar c cft de ià fculcmcnr que nous pouuons tirer en ces matières des lumières qui nous contentent, quatre chofcs principale- ment. PrcmicremcntjQiicl cft Tcftat de l'Ame Fidèle après la mort ; fi elle eft dcxicc de fcnti- ment j ou fi elle demeure afloupie , comme quelques vns le pcnfent, fans exercer aucune font^ion de fes tacultés^iufques au iour du iu- gcment. Puis après, cela pose, comme nous le monftrcrons,qu'ellc en exerce auc c beaucoup dcioye&dc fatisfadion , quel eft le lieu ou elle eft recueillie, & quelle la mcfure de la ioyc ^ de la félicité dont clic ioiiit. En troificme lîcu,qucl fera (on eftat lors de la Refurrediion, ôc quel l'état du corps auquel elle fera rejointe. Et fi naicmcnt, quel fera l'état de fa félicité lors qu'elle fera recueillie dedans le Ciel aucc le corps , pour y viurc vnc vie éternelle &glo« rieufe.
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SI VJME Dr FIDELE EST
douée de fentiment après la Mort*
PREMIER DISCOVRS,
S'^ O V R venir à la rcfoluiion de la^ rJ^^ première de ccsqucflions, fi l'Ame iM^^^ à\x ¥\àt[t cft doiiéc de fcndmcnt après la morc,ic defire qu'on me fup- porte fi d*aDord l'entre par neccflitc dans quel- ques confiderations vn peu Philofophiques, que ncantmoins ie lâchcray d'expliquer le plus bricuement & le plus inrelligiblcmenc que le pourray, le pofe donc pour fondemcnc vncchofe qui demeure fans conreftation en- tre les ChVefticns, que l'Ame & le Corps font deux fubftances de nature mcrueillcufcmcnc difFcrentc,&:dcûécs pareillement de très- dif- férentes facultés Car le corps cft de fa nature matériel , & pris de la terre , & des autres clc-^ mens: l'Ame cft rpiritucllc , à peu près de la^ mcfmc (orte que ces intelligences fcparccs de-
A 3;
& De l'estat des Fidèles la matière, cjuc nous appelions de ce nom d'Anges ordinairement. Le corps abicnàla vérité certains organes, comme on parle, par le moyen dcfqucls il cft capable de rcceuoir les images des choies fcnfiblcs, & de iugcr de Icxirs qualités. Lavcuc, Touie, le flair, & les autres chofes qu'on nomme de ce nom dt fcnsjfont fans doute en nous des puifTances corporelles, &: dcftinées à iuger des couleurs, des fons , des odeurs Se des autres conditions qui cnuironncnt&quiaccompagnent les ob- jets matériels. Mais ncantmoins i' Ame cft cel- le qui communique au corps la vertu dVfcr de CCS fiens organes, & de fe déployer dans les fondrions de ces fentimcns. Et cela paroift manifcftcmentparccquauffi toft que TAmc cft feparced'auccluy, toutes les vertus de ces organes s'cftcigneni,& ne rcfte trace quclcon- . que de leurs opérations» De plus ; le coips^ fcmblc bien cftrc de mcfmes le ficgc de cer- tains appétits, & de certaines paffions, CarU Colère , ^ la Conuoitifc l'affcdcnt 6c l'cbran- lent quand elles s*cmcuuent, &:Ia part quclq tempérament du corps a dedans leurs émo-» lions, cft vnc prcuuc afsés certaine que ce Com
APRES LA Mort. 7
âUiïîdes puiffaticcs naturellement liées & at- tachées auecluy. Les bilieux ne fcroycnt pas îiatureiicmcnt (ujcis à lacolcrc , Icsfangiiins de btlk humeur & joviaux, les mélancoliques chagrins &: triftes , & les flegmatiques lents & peu fcnfîbles à la rencontre des objets fâ- cheux, fi ces humeurs du mélange defcucllcs rclultc latempçraturcdu corps,n auoycnt vu mcrucilleuremcnrgrand pouuoir de donner le pli &i les inclinations aux mouucmcns de l'A me. Mjiis fi cft ce que ces pafiions ne s'exci- tent que par le moyen de quelque objet exté- rieur qui touche la fantaificj&par lafantaific les affections. Carc'cfti ofFcnfcqui réucillc la colère, & c'eft la rencontre dcichofcs plai- fantes 6<: agréables, qui fait fortif & cpanoiiir le germe de la ioye qui eftoit caché dedans le fang. Oreft ce l'Ame qui donne à la fantai» fie le moyen de reccuoir les images de ces cho- fes extérieures, qui picqucnt ou qui chatouil- lent nos paflions, à chacun félon ladiifcrcncc de nos humeurs. £tqui plus eft, c'eft elle q\|.i raifonneiucc intelligence furies chofescxte^ heures qui luy font prcfcntées par l'entremife des fcns du corps , ^ qui fc poiîc a cmbiafftr
8 Del'estat des Fidèles
ouàrejcttcrccdonccllca lâchédc rcconnoi- ftrc la naturel les qualités par fcs raifonnc^ mens. De (orcc qu'encore que les objets aycnc vne grande liaifonaucc nos humeurs, & nos humeurs vne grande puiflancc à donner la pente à nos mouucmcns,ramccn doit pour- tant naturellement eftre la maiftrclTc , & mettre les bornes à l'cffi cace des objets & à l'é- motion des humeurs & des partions Etccquc Taydéja ditdes fentimcns,qucle corps dcfti- tué de rafliftancc de l'Ame les perd , Texpc- riencc m'oblige à le dire encor de toutes ces partions que les Philofophes comprennent deflbus CCS deux noms généraux de Concu- pifciblc &c d'Iralciblc, que la lepâration de TAmc abolit également. Dcquoy ledifcours delà raifon nous découurcaisémcnt la caufc. Car quelle que foit la conftitution des or- ganes du corps , foit pour les fondions des fcns extérieurs fur les qualités des chofes fenfî- bics, foit pour les opérations des (ens intc- ricursjcomtnc cft l'Imagiftation , fi eft ce que puis qu'ils ne pcuuucnt agir finon autant que l'Ame les remue, comme quand dans vne montre le grand rcflbrt vient à manquer, tous
les
APRÈS LA Mort. ^
les autres mouocmcns s'arrcftcnr en vn mo- mcntjilfautneccflaircmcntquc l'Ame fc re- tirant, les adions de tous les organes ceffcnc. Ainfi&rfxpericnccôila raifonnousapprcn- iientconcurrcmmcnc,quec'cft que nous de* uons cftimcr des facultés denos corps.
Quant à l'Ame , nous n'auons pas de fî vifi- blesnidcfi ordinaires expériences de ce quel- le fait ou qu'elle ne fait pas après la mort; &fi nousenconfultons Icdifjours delà rai- fon, elle y trouuc de la difficulté fanscompa- raifondauantage. Car prcmicrcmcnt,qucU ques vns font icy cette confîdcration , qui leur fcmble n'cftre pas de petite confcquencc.C cft qu'encore que l'ame & le corps foycnt deux fubftancesjfbrt différentes, fi font elles telle- ment affociées en 1 homme, qu'elles ne com- pofcnt qu'vn mcfmc fujet : de forte que ni le eorps à part, ni l'ame à part ne conftituc,com- me ils parlent , aucun cftre acheué , ni aucune nature complctte. Ni le corps ne fait l'hom- me, ntramcaufli, mais ils le compofcnt en- femble tous deux ; & quand ils font feparès, ni le corps ne tient point de lieu dans les efpeces déterminées des choies qui cxiftcnt abfolu-
B
lo De l'estat des Fidèles mcntj& fansdcpendanccdVncautrc^nirA- me non plus. Dcrvnonditquc c*cft le corps dVnhommc,ô«:cleraiîtrcqiîcccft l'Amcd'vn homme cncor. De cous deux, fi on vient à les rcioindrc , on dira proprement que ccft l'hom me, auquelilsaiioycnc cette relation ref- pç6liue. Or fcmblc' î'ilqueîcs natures i/n par- faites ne produifent aucunes opérations» Quelque chofe que vous confidcncsenla Na- ture, loi t de celles qui ont vnc a me, qui infor- mel qui anime leur matière , côincles plan- tes & les animaux j (oit de celles qui ont vnc forme feulement, qui leur tient en quelque fa ffon lieu d'Ame, corn me les Minéraux ôclcs Métaux , fi vous vous figurés qu'après leur dif- folutionlafcrmecn fubfifte quelque tcmp^^ ainfi que la matière n'exercera pas les fon- (flions oc tout le composé , la forme ne les exercera pas non plus. G'eftàdirc, que com- me le corps dVn chcualmorc n'aura plus au- cuns mouuemens , fon amc , fi vous vous ima- ginés qu'elle fubfifte encore quelque temps après (a fcparation , ne fçauroit non plus faire mancigc. Dauantsge, comme il cft vray que tandis que l'A me de f homme cft en fon corps.
APRES -LA MOP^T. Il
elle donne ratimité à (es (en ri me 09, aufTi (cm- ble-t'il d'autre part qu'elle ait abfolurncncbe- foin de la prefcncc &l de rcntrcmirc de fcs or- ganes, pour former fes raifonncmcns. C'cll: elle quidonne au corps la vertu de voir, ôc de goûter, & de flairer, & généralement dccon- noiftre par l'opération des (eus , les cliofcs que lanature a reucftiiës des qualités qui tombent fous leur dilcerncmcnt- Maisaufiilî le corps riinevoyoit, ni ne goûtoit,nincilairoit,ni cnvnmotjnedifccrnoit aucune chofe icnfi- blc , fans doute rintclligcncc de l'Ame de- nieureroit (ans mouuement , & languiroit fans opération, faute de matière fur quoy ap- pliquer & exercer fa pensée. Et comme vn lot ne peut fonner fans qu'il y ait quelcun qui le touche , ni vn corps humain fc mouuoir fi T A- mcneluy donne l'adion , ainfi femblc-t'ii d'.ibord que comme le ioiicur de lut ne fçau- roit faire les fondions de fon art fans vn in- ftrument monté de cordes , Tame ne pourroit railonnerfinon dans vn corps bien composé. Encfîcâ:, il appert que tandis que l'Ame cft au corps, elle raifonnc feulement (ur les ima- ges des chofcs qui luy viennent des objets cor •
B z
n De i'estat de^ Fiûeles
porcis , qui fc forment en la fantaific , qui sV épurent & s'y {ubtilifcnt , & qui $*y rendent fi minces & fi lumincufcs , qu'elles font capa- bles de s'appliquer & de s'attacher à l'entende-. ment, afin qu'illcs compofc, qu'il les diuifc, qu*îl les compare les vnes aux autres, & qu'il y face les reflexions qui (ont ncccffaircs à fcs raifonnemens- De forte que quand l'Ame eft fepaïéc du corps, n'ayant plus les fens corpo- rels pour reccuoir les chofcs fcnhbles , ni la fa- cultéde l'Imagination , qui eft vnc puifïance corporelle, pour y éhibourer ces irrtages , de les rendre capables d'eftrcprcfentccs à l'intel- hù, , il fcmblc qu'elle ait aufli perdu Nfagc de cette intelligence par laquelle elle eft naturel- Icmcnt propre à fpccuîcr iur tous ces objets.
Ncantmoins fi nous examinons bien attcn- tiucmentccsraifons, nous trouucrons qu el- les ne font nullement concluantes. Car pour ec qui crt de la première, ce qui fait qu'entre les chofcs dcftituées d'intelligence , comme font , excepte l'homme , vniucrfcUcment cous les animaux, les natures incomplcttes n'exer- cent aucune opération , n'cft pas proprement U prcciferïicntpour ce qu'elles (ont incom-
i
APRES LA MOKT. 13
picttcs ; c*cft pourcc qu'elles n'ont point de facultés pour cela, La forme s'ancantiffant lors qu'elle fe fcparede la matière, comme fait l'amc d'vn chcual quand il meurt , clic perd ncceffaircmcnt fcs facultés aucc Ton eftrc ; cftant abfolutnentimpoffiblc qne ceqiiin'cfl plus ait aucune vertu d'agir, Qu^antàla matiè- re , elle fublifte bien après la forme a la vérité, comme le corps du chenal demeure encore après qu'ilcft mort. Maisen qualité de ma- tière Amplement elle n'a point de faculté d'exercer aucunes opérations : toute la puif- fancc quelle en auoit auparauanr, luy vcnoit necelTairemcntdcfaformc. C'eftoit l'amc du chcHalquidonnoit à fon corps l'action de le mouucmcnt. Cette matière donc n'ayant plus la forme qu'elle auoit auparauant elle ne peut plus agir comme cileagilloir. Et Ci clic vient à eftrc afliftécjOu rcucftuë , ou informée d'vnc nouuclle forme , comme s*il s'cngcrdre des gucfpcscu quelques autres infc<fl:es du corps d'vn chcual , comme elle aura fcs facultés d'el- le, fes opérations feront auili conformes^ au nouuclcftre que cette nouuclle amcluy aura donné. Tellement qu'au lieu que le chcual
B 5
14 De l'est AT DES Fidèles
ni3rchoic S^c faifoic mancigc auparauât. la ma- ticfc dont il cftoit formé volera pcut-cilrc, ou fctraincra& rampera à la façon des chenilles ôc des vers. En l'homme il n'en eft pas de mef- mes. Car le corps perd bien les fonctions, ponrcc qu'elles dcpcndoycnc de TAme, la- quelle n*y cft plus. Mais T Ame cftanc prciup- posée fubfifttr après fa fcpararion d'aucc le corps , cilaufliprcfuppovéc confcrucr les fa- cultés qui luy font vraycmcnt propres 6c natu- relles. De force qu'il relie feulement à (çiuoir fi lors elle en peut vfer,ounon. le dis donc pourlafccondcraifonjqucquand aous lup- pofcrions , ce qui n'cft point & qui ne peut cftre, que l'ame d'vn chcual fubiiitalt aprei fa réparation d'aucc le corps , la caufc pourquoy elle ne pourroit exercer fcs opérations , ne conuicndr oit pas à celle de l'homme. Car il cft bien vray fans doute que l'amc fournit au corps du cheual le mouuemcnt & Taélion: mais tant y a que ce mouuemcnt eft corporel, & ne fc peut rencontrer en aucune nature qui ne foit matérielle &c corporelle. Ce font les jambes du chcual qui fe remuent , 3c toutes les parties de fon corps qui fc tournent ôc quifc
APRES LA Mort. ly
virent, fclon les inclinations de ccluy qui le monte, & qui le gouucrncà fa volonté, TçU' Icmcntqucfi (onamccftoic quelque cKofc fi diflinâ:cdauec le corps qu'elle ne fuft point corporelle elle mcfme , il leroit impofiiblc qu'elle cxcii^aft à part de tels mouuemcns. Mais quant à ces opérations de l'A nie de l'homme dont nous parlons à cette hcurc^clles font tout à faitdvne autre forte , d< fe trou- uent en des natures qui ne font iointcs à aucun corps. Carcnrcndrc,& vouloir , Ôc reccuoir oudcleétitionou mécontentement des cho- fes qu'on entende que l'on veut.ou qu'on ne veut pas, c'eft choie qui le rcncorurc dans la nature des Anges, Quand donc il (croit véri- table qucl'Amc , tandis quellecft au corps, nefaitaucune fonélion de fes facultés raifon- nablcs, finonauecraide& parl'cntremifcdes organes corporels, il cft-ccqucces fendions là ne (ont pas corporelles elles mefmcs , puis qu'elles ft trouucnt en des natures qui ft'ont aucune liaifon ni communication aucc le corps. Ainfi, bien qu*il (oit certain que l'Ame dVn chcuâl ne peut toute feule faire mancige, quand clic fubiîftcroiî après le corps -, encore
t6 De l* ESTAT des Fjdeles
qucrAmedclhommc n cuft point exercé fcs fondions fans les oçgancs du corps pendant qu cllcy a cfté logée, il ne s'enfuit pourtant nullement quelle en ait nccciraircment bc- foin pour les exercer alors quelle n'y loge plus. Et par mcrmc moyen (e peut monftrcr que la comparaifon du lut Ôc du loueur ne conuicntpas à cette matière. Car il elt bien vray que ni le lut ne fçauroit fonncr fans le loueur , ni le ioiicur ioùcr fans lut ; pou rce que ioùcreftcxcitcr par la rencontre des doigts ÔC des cordes du lut vn certain fon harmonieux, qui comme il cfl corporel, aufli ne peut-il ve- nir d'ailleurs que dVnc chofecorporellc-Mais commele ioiiear de lut , bien qu'il n'excite pas cefonefFc61:iuement, pource qu^il n a point d*inftrument propre pour cela, ne laifTe pas de pouuoir raifonner en fon entendement fur les mcfures, & les accords , & 1 a diuei (îté des fons dont fe formoit cette harmonie quand il ioiioit ,& mefmes fur la (Irudure du lut ôc fur la compofitlon de fes partic5:ain (i l' A me bien quelle n'exerce pas actuellement les opéra- tions du corps , pource qu elle ne s y tient plus, nclaiffcpas de pouuoir difcouiir ôc faire des
fpecula-
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/pcculations fur la nature du corps humain^ fur Tvfagc de fcsfacultcs , & fur tous les au trcs obfctsqui s'offrent à fon intelligence. Elle ne fçauroit faire alors, ni que le corps fenocarrif- fc , ni qu'il marche dVn lieu en l'autre , ni qu'il vfcdcfcs (cntimcns : mais de cela ne s'enfuit pas quelle ne puiffe former de belles contem- plations fur la façon de la perception des ima~ ges des chofes dans les fcns, (ur le merucilleux agencement des rclTorts qui font dedans le corps pour fcruir à la locomotiuc de Cc$ mem- bres, & fur l'économie incomparable que la Nature a eftablie entre les parties qui doiucnt clabourcr,diftribucr,reccuoir,&s*appropricr ce qui cft ncceflaire pour leur aliment. En fin la dernière raifon n'a non plus de force que les précédentes. Car puis que les Angc$,qui font, commci'ay dit, des natures entièrement fcpa-, rées du corps,ont m âcmoins certains moyens, que nous ne comprenons pas aifcmeni à la vc- rité,mais que nous croyons pourtant trcs- cer- tainement, de connoiftre les chofes fenfibles & corporelles, &dc former dcifus des raifon- nemcns cxccllens, de quoy l'Efcriture nous fournit dcsprcuucsiadubitablcs, pourquoy
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r A me cRant vnc fubilancc à peu prcs fcmbla- blc à celle des Anges , ne fera t'cllc pas capable de racfmcs opérations? Figurons nous c[Uf par la puifiancc de Dieu vn Ange s'incatnc de cel- le (orte/iull dcuicnnc la forme d'vn corps ha-» main, o^ quM Tanimcdcla mcrmc fac^on que laine raifonnablc rinformc. Sans doute tan- dis qu'il y fera logé, il verra & (cntira les cho- fcs corporelles par les organes des fcnSj&rai- fonnera fur kj images qui en feront portées ÔC clabourécscnlâfantaiiîcjCommenousfaifons maintenant. Et fi de fait il eft dcuenu l'amc de ce corpSjil fera tout autant affujctti à Icmploy de fes organes pour les fondrions de fon intel- ligence , que noftre Ame Tcft a cette heure pour l'exercice de fes plus excellentes facultése Que fi après cela Dieu venoii a le déuclopper des liens de ce corps , auroit il perdu Tvfage de ces PuifTanccs dontilfc feruoit fi auantagcu- fcment fans l'aide defesorganesjauantqu'ily fuft aflcrui } Ilyaquclquechofe d'auantage. C'cft bien vnc vérité conftante^& dont tout le monde doit demeurer d'accord, qu'il n'entre rien dedans nos entcndcmens , qui n'ait cfté premièrement dedans nos fcns en quelque fa-
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çon.. Mais ce qui efl: ainfi indubitable a parler gcneralemcnt.ncftpas fans quelque difEcalcé quand il en faut vcniràrinterprecation. Pour- ce quon le peut prendre en ce fcns , que du tout il n'y peut auoir d autres idées ennofirc intelligence, quccclles qui font émanées des chofcs matérielles, &c que nos yeux , ou nos oreilles, ou nos autres fcntimens ont eité ca- pables de rcccuoir.Et derechef on le peut ainfi interpréter, qu'encore qu'il y air en nos efprits des idées purement intclleduclles , ô^ qui ne tiennent du tout rien de la nature des corps , fi eft-cc qu'elles ne s'y font point formées finon à l'occafion des images deschofes corporelles qui fe rc<joiuenc en la fantaific , & f ur Icfquel- lc$rintclkâ:fait premièrement fcs reflexions. Etic penfe que pour peu qu'on vfc de fa rai- fon,ontrouucraqucc'eft en cette fecodc ma^ nicrc qu'il le faut entendre. Car pour ne dire point qu'on pafTe de lafcicnce de laPliyfiquc à celle de la Mctaphyfiquc par le moyen de certaines abftrat^ions, qui conduifentl'cfprit de l'homme de la contemplation des coipsà celle de la nature des efprits , & des chofcs iai- matcricUcs , i'eftimc que la Religion met la
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xo De l*estàt des Fidèles cbûfc hors de controucrfc. Car c c(t bien par rcntrcmifc de nos fcnsquc nous voyons les deux & la terre , & que nous oyons prcfchcr la Parole de Dieu; &ccft{urlcs idées que ces opérations de nos fens portent en noftrc fan- taific, que nous nous mettons à r^ifonner de lâDiuinité. Maisceftchofc connue par no- ftreproprccxpericncc, que quand nous nous y fommcsvnc fois ferieufement appliqucs,dc la confîderation des choies feiifiblcs, qui nous cndonncnt les premières connoiflanccs, nous montons a dcsfpeculationsdc la nature de Dieu & de fes propriétés, qui font entière- ment 6c abfolument feparccs des conditions &dcla matière des corps. Bien donc que nos cfprits ne produifcnt aucunes opérations dont les chofes corporelles ne nous aycnt pre- fentc les occafions,commc S. Paul dit^Rom.u que de Touuragc du Monde on paruicnti connoiftrc la Puiflancc éternelle ôc la bonté dclaDiuinité, fiyat'il pourtant ainfi quel- ques adions de nos efprits qui font purement fpirituclles , & qui ne dépendent nullement des corps, finon entant que les objets corpo- rels fîous ont fourni les occafions de les pro£
APRES LA Mort. / 21 duîrc par k ratiocinatioD. Or s'il y a quelques vncs des opérations de nos efpnts qui à pro- prement parler n'ont rien de commun aucc le corps, mcfmcs pendant le temps qu'ils y habi- tent 3, & qu'ils {ont aucunement attachés i fc« inftrumensj pourquoy ncferoycnt ils pas ca- pables d'en produire fans le miniftcrc de fcs fcns, lors qu'ils font tout a fait dépris des at- tachemens qui les con joignent? Si donc nous pouuons auoir quelques prcuucs de l'écriture que les Ames vfcnt de leurs facultés après la mort du corps , non feulement cette diuinc reuelation doit auoir aisés d'autorité pour imprimer cette créance en nos e(prits,nonob- fiaat la contradiâiion de ces prétendus dif- cours de la raifon ; mais ces diâicultés que quelques vus pcnfenteftre en la chofcmcfmc, nedoiuentpaslaiflcren nos cfprits la moin- dre hcfitation , ni le moindre ombrage. Voyons donc maintenant ce que la Parole de Dieu nous en enfeignc.
Les Théologiens qui ont voulu tirer preM^ uc de cette vérité, de la parabole du mauuais riche & du Lazare, ont rcceu cette contradi- âiondc la part de ceux qui croyent que l'A*^
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tr De l ESTAT des Fidèles
,mc perd l'vfagc de fcs facultés en la mort, qut ce que noftrc Seigneur dit là ncfi: pas vne lii* (toirc, mais vnc parabole feulement , ôc que ceftvncimpciiincnccdc vouloir faire paflcr telles fortes de propos pour narrations de cliofcscff.cliuemcmarriuécs. Et là dcflus il y a eu beaucoup de conteftation. Pour ce que d Vn coilé il n y a aucune autre parabole en I lEfcriturc, oulcspcrfonnagesqui y fontin- troduits, foyent defignés par leurs noms,&: Tcprcfcntcscxadcmcntpar beaucoup de cir- conftances , comme Lazare cft décrit en cet endroit làj&: que dci autre ce propos queno- ftrc Seigneur rapporte qu'Abraham & le Mauuais riche onteurvnaucc l'autre au tra- uers d'vn grand aby fme , n'a aucune apparcn-' ce de narration hiftorique, pour fe faire recc- uoir comme vne réelle vérité. Partant puis que ce peut eftre en partie vne hiftoire &en partie vnc parabole , examinons la brieuc- mcnt fous cette dernière confidcration. Dans toutes les paraboles que noftrc Seigneur em- ployé en Thiftoire de i'Euangile , il faut rc^ garder au but auquel il tend., & à ce qu'il dit pour y parucnir. Or quant au but de celle là
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il paroift afsés par fa conclufion que le Sei- gneur y a eu dcffcindc monftrcr, que l'obfti- . nation dcrcfprit de l'homme a rencontre des chofes qni Iny font addrefsées de la part de Dicu,cftfi grande , qu'il n y a ni reuelation faite par fa parole , ni miracle étale dcuant nos yeux , qui foit capable de nous émouuoir. De forte que quand tes morts mcfmcs rcjGTafcitc^ royent,nousnc croirions pas pluftoft à leur témoignage, que nouiifaifons aux écrits de Moy fe & des Prophètes, fi Dieu ne nous tou-» chc de fon Efprit intérieurement. Tout le rc- fle'du propos eft employé à venir à cette con- clufion, fi ce ncft que comme on meta Tcq- lourdes pourtraits dés ombres & des fucillaJ ges, qui ncferuent qu'a remplir le vuidc ôci donner quelque ornement au tableau, il y aie auffi quelque chofedanscc difcoursde noftrc Seigneur , dont Tvfage confifte tout à rendre la parabole plus plcnc & plus lumineufc II cil donc icy à obferucr , qu'où bien ça cfté ia commune opinion des lui fs que les Ames des infidèles font tourmentées incontinent après leur mort ; ou bien qu elles font dépouillées de tout fcntimcnt de leurs facultés, comme ft^
£4 De l'estat dis Fidèles elles étoycnt endormies. Si ccft le dcrnifr^ Hoftre Seigneur ne fait pas, ccfcrabic, chofc afscs digne de (a fagcflc , de fonder fa parabo- le fur vnc hypothcfe contraire à la commune créance des Iuif!% Car fila parabole n'cft tirée dVnc vérité réellement arriuée, au moins ne faut- il pas qu'elle choque les communes con- ceptions des hommes, & noftrc Scigneum ca a iamaismisaucuneenauant,ou on ne voye beaucoup de raifon & d apparence de poflibi- litc. £t plus il y a dans celle- cy de difhcultéà comprendre comment ces deux perfonnagcs ©ntpeurailonnerenfemblc vn fî grand abyf-; meentredeux,plu$faloitiI que le reftc $*ac- commodaft au fens des auditeurs , afin qu*il$ n'accufaflcnt pas celuy qui parloir , de leur donncrdesenfcignemens fondes fur des opi- Mions fauflcs & extrauagantcs. Si ça cfléU créance populaire des luifs que les Ames joùiffent de fentiment , noftre Scigfieur la confirme afscs, non feulement en ce quilnc $*yoppofepas, mais encore en ce qu'ilcdifis dcflus des inftrudions fi belles & fi plcncs de fapience. le ne fais donc aucune doute qu'il ficnous ait voulu donner à entendre en cet
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APRES LA MoRT^ ï]
cmblctnc que les amcs des médians font tour- mentées dés en fortanc de cette vie , Se que cel- les des Fidclesrcçoiuencdelaconfolation. Ce qui ne peut cftre fansvn notable fcntiment,' ni vn fi notable (cntimcnt fans qu'elles aycnc leurs facultés agiffantes &cueillécs»
Lors que l'Apoftrc S.Paul nous raconte qu'il acftérauicnParadis,ouilaentendudeschofc$ inenarrablesjil nous dit àla vérité qu il ]tic fçait fî ç à efté en corps^ou hors du corps. De façon qu*encore qu'il ne foit pas fans apparence que ç*àpluftoft efté hors du corps, fi cft ccqu*ily auroit de la témérité à le décider déterminé-^ ment, puis qu'il ne l'a pas voulu faire. Mais tant y a qu'il cft clair qu'il prejuppofe que cela a p^eu fe faire hors du corps, ôc par conlcqucnt que les âmes pcuucnt vfer de leurs facultés, quand elles en font fcparées. Car en cet cftat auquel il prcfuppofc quclafienneouaeftcou a peu cftre , elles ne pcuucnt pas ouïr des cho» fcs qui leur foycnt inénarrables puis après, lans quelque vfage de leur intelligence; en- core cft il ncccfTairc que ccn foit vn vfagc bien excellent, tant pour la magnificence de l'objet, qui ne fc comprend pas fans doute
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î^ De l*estat des Fidèles finon par vn intcllcâ: bien agifrar,qur pourcc qu'il s y étoit fi fortement appliqué, &c qu'il en auoit rcccu des imprcflions fi profondes, qu'aprcsqucTame a cité rejointe à fon corps, &: derechef attachée aux organes d'aupara- uantjcllecna néanmoins coi» fcrué la fouuc- nancc. Orcft-ceaflcs qucS. Paulaitfuppo- fé que cela fc peut, pour tirer nos cfprits de toute difficulté en cccte matière.
L'Apoftrecn L'Epiftre aux H brieux, rc- prcfentant magnifiquement à quelle condi* tion les Chrcftiens (ont appelles, dit que c'cft a la hrufalcmCelejUyaux milliers d'An^^eSyà i'ajjem- hles des premiers nésqHtfontenrolles dam les Cieux^ f0 aux efprits des tujhsjanéîtfiés. le ne m'arrcftc- ray pas à éplucher ce que fignific ce mot aen^ ' rollésdans les (^ieux , quoy qu'il fcmblc que ce foitvne façon de parler tirée des regiftrcs pu- blics & des matricules ou on écrit les noms des Citoyens qui doiuét auoir droit de Bourgeois fie, & participer aux priuilcgcs.de l'Eftat. Ce quifignificroit que ces premiers nés font déjà recueillis dedans les cieux •-, demeure qui n'cft pas propre pour vn fommcil fi profond 6c fi dcftituc de tout fencimcnt, qu'cit cçluy au^
APRES LA Mort, 17
quel quelques vns condamnent lésâmes iuf- ques au iour de la refurre(5l'on^ le diray feule- ment quecc mot /f/^m5,fignific fans difficul- té les âmes fcparccs des corps, & que ccluy que nous tïàdixiCons fanSJifiei, fîgnific proprement farfatts ou accomplii ; tilcrc qui au Nouueau Teftament ne fc donne (înon à ceux qui foie en connoifTance , foit en fan6lifîcaiion , ont î^cquis le degré de perfection auquel ils ten- doyent auparauant, &c ou ne font point en- core paruenusccux qu'ils ont Uifles derrière, Ainfi fommcs nous dits parfaits, en compa- raifon des luifs qui ont vefcufous la difpenfa- tiondelaLoy, mais imparfaits en eomparai- fon de ceux qui acquièrent les connoifTanccs aufquelles on ne peut paruenir en cette vie. Tellement que ces luftcs parfaits, des efprits. defquels il eft parlé en ce paflagc, font ceux qui ont acquis vn degré de perfc^tio que nous n'auons point encor. Ce qui ne fe peut com- prendre fans vn excellent vfage de ces facultés qu*on appelle Volonté & Intelligence.
Au liure de l'Apocalypfc , ch 14. ii( 13, il eft dit^que l'Ef^rit déclare bien-heureux ceux qm font morti ati Seigneur, Or la félicité, & là priuation
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iS De LESTAT DES FlDFiLES
de Tvfagc de toutes (es facultés , ne pruucnt compatir cnfcmb'c. Ariftotc mcfnic a dit que la béatitude ne peut cflrc propre ment at- tribuée finon à ceux qui (ont cffc6lîiucment dans Texercicc des plus belles fon6tions de leurs plus nobles puifranccs,& qui vacqucnt adruellemcniàlacontcmplaticn èi a l'amour de leurs plus exccllens objets. Et afin qu'on ne penfc pis qu'ils (oycnt appelles heureux, pource qu'ils fort deftines à la ioùiffancc de la félicité qui doit cftre reuclée au dernier icur, comme le mefmc Philofophe dit qu'on appel- le par cfpcrancc les petis enfans heureux, quand il y a beaucoup d'apparence qu'ils le dc- uiendront quelque iour, il cft dit y a i*'il s fe re- pofent de leurs tr anaux , CT^^ae leurs œuures les [né- uent. Oreft- il bien vray qu'on a accoutumé d'appellerlcfommeildecenom de repos, en l'oppofant aux trauaux & aux fatigues de la iournée. Mais neantmoins fi en parlant d'vn homme qui fcroit retourne en fa patrie après de grarids& mémorables combats donnes en païseftrangc,on difoit que déformais il fe re- pofe de fes trauaux, ie ne penfe pas qu'aucun cntcndill qu'il fuft endormi pour \n bien
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long temps, mais bien qu il ioùiroit en tran- qtiiiité du fruit de fes péncs prcccdcntcs. De fait CCS mots , cj^e leurs aunres la fument , veulent dire qu'ils ic iiiffcnt de leur rémunération. Car pourcc que rœuurc& la rémunération font infcparablcs en la difpofition de la bonne vo- lonté de Dieu , le S. Efprit voulant dire que les Fidèles ne perdent pas leur pcne dans les bon- nes œuurcs qu'ils fonticy bas , & que là haut ilscncbticnnentlcfalairequi Icurcfl: promis, parvnefacjondc parler ordinaire à 1 Ecriture, ou ce qui précède cft mis pour ce qui fuit, iJ ne fait point de difficulté de les nômcr l'vn pour l'autre. Or la rémunération gratuite des bon- nes œuurcs ne gift pas en priuation de fenti* ment , mais en polîcflion de contentement àc de gloire,
Aumcfmeliure les Ames de ceux qui ont cfté marty niés pour la Parole de Dieu font rc- prcfcntées criant, lujqHesk quand Seigneur ^cjui éi Saint.^ "veriulyle] netuges tu point ^) ne Variges tu noflre fangcie ceux but habïicra jur la terre. Ce qui témoigne en cllcj & mémoire & rcffenti- ment. Et on ne peut pas dire icy que ce cîii leur foit attribué comme au cha pitre huitiéî-
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me de TEp. aux Rom. lesfoupirs, &lcsahîns, ôc les dcfirs à toute la machine des Cicux & de laîcrrc,ou comme le cry de vangcance au fang d*Abcl,parvnc cfpccc de profopopéc:. Pour ce que notoirement les cicux , ôc U terre , &l le fang d'vn homme n*ont point de connoiffan- ce ni dc^entiment , il n y a point de péril que telles fac^onsde parler figurées engendrent des opinionserroncesenl'cfpritdequiquecefc it. La nature de la choie aduertit affcs qu'il fciut lîcccfTairement qu'il y ait quelque figure en renonciation. Mais ou il s'agit des âmes tics hommes, que Tonvoid pcnda nt qu'elles (or>c au corps , doiices de fi vifs &c de fi exquis fenti- mcns, pofé qu ils fuiTcnt éteints , ou au moins abfolument aflbupis après la mort , qui fc pourroit empcfcher de tirer de la lc6lurc de ces mots des opinions au contraire ? Mais afin que pcrfonne ne doute du fens de ce paiTage, il leur cft ordonné d'atendre & de (e repofer en- core quelque temps. Or quand par quelque profopopéc on pourroit attribuer de telles voixàdcschofesdeftituces de fentimcnt, qui aiamais vcu ou que Dieu foit introduit leur répondant, ou que quclcun pour luy vienne
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s drcflcr vn dialogue de la façon aucc des cho- fcs dcpourucuës d'intelligence ? En fin il leur cft donné des robes blanches ; ce qui ne peut fîp-nificr finon vnc grande lumière de con- noiiïance , & vne grande pureté de fan£bifica- tioncOr ni iVne ni l'autre de ces chofcs ne peut fubfifter fa nsvn vfagc parfaitdela faculté de rcntcndcment , de de toutes les affections de l'Ame. Et quand ces robes blanches fignifie- royentoulagracedcla iuihfication, ou Tat* tente de la fclicité ôi de la gloire , pourcc qu'autrefois les robes blanches eftoyent les marques de ceux qui afpiroyent aux grandes charg-'s de la Republique de Rome, enco- re cela ne poarroic il eftrc fans fentiment ôc fans affcdion. Carfic'cftle premier, pourcc que ces Ames nous font là rcprcfentées en vn lieu ou elles ne peuucnt auoir eu entrée qu'el- les ne fiiircntiuli}ficcs,& que leurs péchés ne leurfiiflcnt pardonnes, ce n'cft pas propre^ ment la iulHtîcarion, qu elles ont d<: ja , qu'©n* leur donne , c'en cft le gouft &c le fentiment, dont on leur donne la plénitude, au lieu qu'i- cy bas nous n'en auons que les auanccs en la paix & en la ioyc de nos efprits. Et fi ccft Je
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f ccond, cela ne peut rcprcfcntcr fînon le dclîr de leur pleine Rentière glorification, accom- pagné d'adcurancc 5 &c par condqucnt d'/n incroyable contentement. Ce qui ncpcuten- cor compatir aucc le fomcil de l'cfprit ôi laf- foupiffcmcntdefespuiffanccs,
L'Apoftre écriuant aux Philippicns dit qu'il cft balancé entre ces deux pensées , s'il doit fouhaittcr de mourir, ou de demeurer plus long temps au monde. Pour ce que s'il regar- de ilcdificacion que fon minifterc donnoiti l'Eglifcj& a l'vtilité qu'elle en pouuoit retirer, ildoitpluftoft choifirdc viurclong temps:&: s'il a égard à fon bien particulier , la mort luy xftplus louhaittablc que la vie. le vous prie s'ilcuftcrcu quctouslesfcnsdefoname, auiîî bien que ceux de fon corps ,fuflcnt en mou- rant demeurés perclus pour vn fi long- temps, cuftil pensé que la mortluy cuft cfté plus auantagculc f" le veux bien qu'il enduraft beaucoup de maux pour la confirmation de la vérité qu'il annonçoit, dont vnc mort, telle que ceux contre qiii le raifonnefc la rrpicfcn- tcnt, endormie, &priucc Je toute intelligen- ce , l'cuft garcmi : fi cft- ce que la connoiltih-
ce
APRES LaMoRT. j^
ce qu'il auoic de noftrc Seigneur Icfus en vi- uant , la mcrueillc des rcuclations qui luy auoycnc été adrcflecs, la ioyc Ôc la con(o!arion qui luy rcucnoicdu fcntiment de l'amour de Dieu & de fa paix , & Icxçrcice de tant de bel- les &eminences vertus dont il auoic efté re- ueftu, cftoyent chofes de telle importance à ^ mon aduis, qu elles luy deuoyenc pluftoft fai- re préférer la vie, dans laquelle il en retenoitia poffcilion, bien qu accompagnée de quantité d*affli6bions , que non pas embralTer la mort, qui, qu'elle quelle peufteftrcd ailleurs, luy en oftoit laiouifTancc. Mais la raifon qu'il adjou- te, pourquoy il deuroit pluftoft choifir la mort , s'il n auoic égard qu'a fa perfonne , c'cft qnil Iny ferait beaucoup meilleur d'eflre auec Chrifl , retranche toute occafio de douter du fentiméc de S. Paul en cette matière. Car ceux là fans doute ne font pas auec Chrift, qui dorment fans fentiment, & fans aucune connoijGTancG de leur félicité, fufTent ils recueillis dedans le lieu le plus faint & le plus auguftc de fa gloire. Autremétceuxla pourroyenteftre dits habi- ter auec les Roy s, qui font enterrés dans les Chapelles de leurs Palais, ouilncpcnctrcpas ^^ V""'" E "'■ ^
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Vil rayon de la pompe qui !cs cnuironnc.
Cet aurrc pafHigc ne rnc fcmblc pas moins exprès, 1. Cor. cil yfCi.z..^ ouilsVxpliijuccn CCS termes. Nous fçations que ^ nojlre hAhitation terre jlre de cejle loge efi détruite , nous aiiom vn edijice de par Dieu , ijne maijon etermlle aiixcieux\ qui ne fi point f^ite de main Et pour cela noi^^s^emfJJ'jm , dcfi^ ras tant (^) plus d*eflre reuefltis dt no 're domicile qui eft du ciel. Car y a t*il apparccf qu'il d. fi rail aucc tint d'ardeur deftrcdépouiUe de ce domicile terrien , poureilrcrcuciludc ccluy du Ciel, fi non feulement il n'y acqucroir rien dcnou- ueau, mais fi vniucricllcmcnt il y pcrdoit tou- tes les connoifTanccs qu'il pofTcdoit en cette vie? Or q'j'il entende là parler du chang*ment qui fedvU^u faire en luyauantcclay qu'il at- tcndoiicnla iournécdc la rcfurredion, c'eii chofc claire & manifcilcpar toutclafuiccdu paiTîgc. A la venté il auoit dit auparauant , qu'il iqait que celuy qui a rcifufcité le Sei- gneur Icfus, nous rcffufcitera auffi par Icfus, (Scnous fera comparoir en fa prcfcnce. C'cft pourquoy il témoigne qu'il ne perd point courage en fcs tribulations , & adioûcc qu'en- core que noilrc homme extérieur aille dc- chéant , toutcàfois Fiflccricur fc renouuclle
APRES LA Mort. . ]^
de iour en ioiir, & s*anance de force en force. Et fi no«sfomcs cxpofés àdiucrfcs affligions, il dit ^^f ttoflr-e légère ajfliÛion qui ne fait c^ue pajpr, produit en nom vn poids éternel de gloire excel- lemment excellente. Ce qui monftrc bien qu'il a quelque égard à cette iournéc dclapléncrcuc- lationdcnoftrc falut.Miis ce qui fuit de la dc- {î:ri]â:ion de cette loge terre ftrc, (epourroitil cntcndrcautrcment que delà difiToIution du corps?Cc qu'il écrit incotinent après , que tan- dis que nous fommcs logés dans ce corps nous iorncs abfcns& corne étrangers de noftrc Sei- gneur, mais que pour l'aflcurancc que nous auonsde noftrefalutjnous aimons mieux eftrc étrangers du corps, & cftre aucclc Seigneur, fc pcut-il interpréter dclarcfurrc6tiôn bien heu- reufe? Serons nous alors abfcns Sz étrangers de nos corps, ou bien fi nos cfprits y auront vnc habitation éternelle M'eftimc donc que TA poftrc oppofe là le temps auquel nous fom- mcs en cette vie, à ccluy auquel nous n*y fom- mcs plus. Que tandis que nousfommes en cette viCjildit que nous fomcsabfens du Seigneur; mais que quand nous en fommcs délogés^nous fommcs prcfcnsauccluy, Ecpour ce qu'en-
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corquccc itmps futur au deux pauics, IVnc en laquelle nous fommcs dépcii-îlés du corps parla mort, l'aurrc en laquelle nouscnfom- mcsreucftuspar îa rcfurrc^lion, fi cil: ce qu'en IVnc & en l'autre nortrc condition doit tous- jours eftrc de iouïr de la prefcnce de I.Chriff, il ne confidcré celaque comme vn mefmc trait de temps, dans la première partie duquel cft le commencement de noftrc félicité, ôc fon accompliffcmcnt en la féconde. Ce qui excite nosdcfirs &nos afF.cli ansd'eftre maintenant dcpoiiillcs de ce corps, ^ fin d'entrer en poffcf- fîon de CCS bien heureux commencemcns,iuf- qucsàccque le temps de la pcrfcdion vienne. Or tft cela mcruciîîcufement tlon^nc de cet- te opinion qui ofteaux âmes des Fidèles après leur mort tout fcntimentdequoy quccc foit, & mcfracs de leurs propres puiffanccs & de leurxftrc.
S Luc nous rapporte que S- Eftiennc en mourant recommanda fon efprit a noftrc Seigaeur icfus , en difanc, Sn^mur Jefu^ te re- m^hmonelprti entre t€î maim. Et le Seigneur luy msfme auoit pareillement recommandé le ficn à fon Pcrc en fâ Croix. A quelle intention
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cftoit-ccdonquc? Ce n'crtoic pas fans doute pour le garcntir de périr 6c d'cftrc réduit à iicant. Car la fubllancc de l'Ame ne tenant rien delà matière ni du mélange des clemcns, clic cft de fa nature incorruptible & impcri/Ta- blc, comme les Anges. Eftoit-^cc donc pour cftre garenci des tcntatios & des entreprifes du Malin , ou pour cftre rendu iciilîant delà fc-* licite &: delà gloire? Qaantau premier, il ne pcutauoirlicufi îesefpiitsdcs Fidcleidcmeu- rent engloutis d'vnfi profond fommciî, qu'ils perdent abfoîument toutvfage de leur con- roiflance. Caries tentations du malin con- fident ou en Tartificedc prcfcntcr extérieure- ment à nos fens des objets propres à émou- voir nos appétits: ou en ce qu'il nous foimc intérieurement en la fanta fie des images de chofes qui nous excitent, & qu'il y fauorife de foncflficacc celles que nous y auons déja^j ou qu'il émeut nos humeurs 5 &qne par nos hu- meurs il (ollicite nos appétits &l les pallions de nos amcs. C^îe peuuent donc les attentats fur desfubfla:e5, quinc (ô^ point (u jettes à l'émo- . tiondcshumcuîs, qui ont perdu en mourant la faculic de 1 imagination ,qui n'ont point de
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fcns corporels , puis que ce ne font pas des corps, & dont tous les fcntimcns fpiritucls font tellement liés en l'exercice de leurs fon- ctions, que ni les objcrs extérieurs ne les pcu- ucnt aucunement toucher, ni les vifions dcdc* dansy engendrer la moindrcpcnféc ? Pour le fécond, il n'y a ni gloire ni félicité qui puiffc conucniraux elprirs, fans l'action dcleurvo- lontcik de leur intelligence. Iln'y aperfonnc à qui l'on die que les cîprits des Fidèles trépaf- fés font heureux & glorieux, qui ne conçoiuc incontinent que tant s*cn faut qu'ils (oycnn engloutis en ce profond affoupiilcmcntjqu'au contraire ils ont vn très- vif & très notable fcntimcnt de leur félicite & de leur gloire,
le fuis bien fort de l'aduis de ceux quipcn- fcnt qu'en ces paroles de noftic Sauueur, ^i croid en muy^ne i)erra urnau la mort ^ Hef} paf^è xt lamort^ la vie ^ il y a vne particulière cmphafe, &quifiitfingulicremcntànoftrc propos. le fçaybicnqucn diucrs endroits il (emblequc Chrirtinterprctc ces mots par cette Promeffc, Je le rejjiifciter-ay att dernier ionr, Neantmoins fi depuis le temps auquel il parloit ainfi , les Fi- dèles qui fonttrcpafTés alors, ont dormi luf-
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qu'a maintenant, & doiucnt encore dormir iu (qifcs à la confommatîon des fîccîcs , fans auoirnon plus de l'Ame que du corps aucun fentimcntdcleur ciirc ni de leur condition, ic ne comprens pas que Te fperancc de la rcfurrc-» (Slion rempli (le tout à fait la magniticcnccdc CCS termes. Bien que le corps s'endorme de la forte, fi II principale partie de l'homme, 6c de laquelle TEcriturc parle quelquesfois comme fî c'cftoit l'homme , &c que le corps n'en fuft que l'habitation^ vitjtSi veille, & fcnt, ôc exerce auec ioyc & contentement les fondions qui font clignes de l'exceMencc de fa nature, la mort n'clt pas vne mort proprement , 3c n« fembîe pas mériter vn nom fi terrible ni fi o- dicux. C'cft pluÛoft, comme rEcriturc parle, vn (ommeil, pendant lequel rhommes*entrc- tient de vifions fouueraincmcnt agrcablcs-. Mais filesfentimcnsde lameSida corps s'e- (Icignent également, &^ cela non pour peu de temps, mais pourie ncfçiy combien de fie- clcs, comment cftceque cela ne s appelle pas vnc mort, mais vn tranfport de la mort à la vie ? Et cela paroiftra encore beaucoup plus étrange fi nous rappliquons aux Pcres &: aux
40 De l'estat des Fidèles Patriarches qui ont vcfcu dans les premiers fîeclcSjCommc Adam, &Seth,&:Noc,& Abra- ham. Car pais que l'Apoftre, Hcbr. ji. leur attribue vnc mcGne foy aucc nous, bien que les chofcs que la foy embrafîe ne leur aycnt pas cilé reuclécs fi clairement qu'a nous, fi eilcc qu'elles ont dcu produire va mefmc effc6ten leur égard qu'au noftrc , Icfus Chrift cffant toujours le ir.cfme hier, &:auiourd'nuy,&:en- corcetcrnellcmcnt. Ceux là doncfontils paf- fés delà mort à la vie, qui depuis auant le De- luge &rpeu après, fontnon feulement réduits en pouflierc quant à leurs corps,mais enfcuelis quantàlcurstfpritsdans vn fi profond endor- mifl^rmcnt, &c dans vneinfenfibilitéfi extrê- me ? Et véritablement il femblc qu'il cft ma- nifeftc qu ils en ont cfpcré tout autrement. Qo^and I icob aprcs tant d'afflictions & de pè- lerinages fi pénibles ôc fi fâcheux, fe confoloit par ce qu'il anoit attendu le falut de l* Eternel y s'il n'aaoït point d'autre cfperance que celle de perdre le Icntimcnt de tous biens & de tous maux pour vnc fi longue fuite de ficelés, il a- uoit plus d'occafion de s'affliger que de fe rc- jouïr,& d apprchcûdcr la mojt, que de tirer de
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APRES LÀ MOR'Ife 41
la confolationdcccqu'illavoyoit fi prochai- ne. Encore cil icy confidcrablc unt ôc plus, que comme il cftoit beaucoup plus élongiîé du iour du iugcmcnc que nous ne femmes maintenant , ôc qu'il n apperccuoic fiaon de bien loindans les ténèbres de Tadueniriama- nifcftation du Rédempteur , que nous voyons ârriuce , aufli ne voyoit il point fi clairement que nous faifons lefperancc de la refurrc- àion,&nauoit point vne fi dillindc con- noiflaoce de la gloire qui nous attend dans les lieux celeftcs.
le voy que Dauid , qui a mcfurc quil ap- prochoit dauantage du temps de lareuclation du Sauueur > rr ceuoit auffi deDicu,& donnoit à fon Eglifc de plus grands éclairciflcmens fur ces matières, que nen auoycnc eu fes deuan- cicrSjàncantmoins de fort diffcrcns mouue» mens quand il fc void ou en péril , ou en cftat de mourir» Quelques fois dans fes Pfeaumcs il monftre qu'il a beaucoup de craiate de la mort,& demande à Dieu aifcéiucufcmcnt que par fa bonne Pr ouidcnce & parla puiffancc de la main, il cmpcfche qu'il n*y tombe. Et ces fiens mouucmcns fi fréquemment rapportés
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4t De l*e"stat des Fidèles & répètes dans fe$ écrits , accompigncs de vœux fi ardens , fuiuis d*avSions de grâces fi vi- ucs & fi plcncs de dcuotion , lors que Dieu la dcucloppé de fes dangers, monftreni bien que cet objcr, quand il fc prcfcntoit à luy, donnoit de terribles agitations à fon amc. Et neanr- moins lors qu'il faut mourir , il s'y difpofc très tres-paifiblctiicnt , & n'en témoigne apprc- hcnfion ni altération quelconque. Si vous de- mandes à ceux qui penfcnt que les fcntimens de TAme s'amortifTcnt auec ceux du corps, pourquoyDauid appréhende fi fort la mort, ils vous diront qu'il en rend la raifon luy mef- me. Ceft que dans la mort il ne fc fait point de mention du nom de Dieu , ôc qu'on ne luy chante point de louanges. Pfal. 6. Ce qui prouuc a leur aduis qu'il a creu que la mort oftoittoutd'vncoup^auflibienàrefpritquau corps, la connoi (Tance de toutes eho fes. Mais fi ça eftc là fâ feule raifon, pourquoy ne craint il autant la mort quand if eft vieil f' Mourir vieil empcfchet'il qu'on ne perde la fouucnan- cc de tous objets ? Ou à t'il dcu eftre plus fenfî - blci Dauid quand il eftoit en flair d'aagc , de perdre en kiffant la vie j le moyen de chanter
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les louanges de Dieu, que d*cftrc priac de ce conrcntcmcnt en mourant en bonne vicillcf- £cf Ileftdonc beaucoup plus raifonnablc de dire que Dauid & les autres Saints des temps pafscSjOntcftimé que Dieu les auoit mis au monde pour deux fins. L Vnequi regarde fa gloire, pour rauancer& la célébrer tant quils pourroyent.L'autre,pouryiouir long temps des témoignages de fa faucur, en ces bencdi- âions temporelles donc il auoic donné les promeffcs^Qoand donc quelque péril de mort les menace auant le temps qui fembloit auoir cfté déterminé par la nature pour mourir, foixantc & dix , pour exemple ^ ou quatre vingts ans, ou s'il y auoit au temps de Dauid quelque autre terme naturel & ordinaire de la vie , ils s*en cmeuuent cxtraordinairement, pource qu'il (cmble que la mort auant âge leur foit vn témoignage de Tire 6c de la maledi^ 6lion de Dieu. Amfipour induire Dieu à les en garcntir,aprcsluy auoir demandé la remif- fion de leurs péchés, ils luy allèguent cette rai- fon , ccft qu'autrement il fera luy mcfme ca quelque façon priué du fruit du deiTein au- iquciilarcgardc, quand ilicsamis au monde.
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544 De i/estat des Fiûeles Car c*cft comme (î vncieunc plante fc plai- gnoit au iardinicr ou au maiftrc du verger , de ce qu'ayant efté mifc au rang des autres pour porter quantitéde fruitSjiîla coupcroit ncant- moin.f par le pied, lors qu'elle iettcroit (es pre- miers boutons , & qu'elle commcnceroir à monftrcr quelques belles cfpcranccs. Mais quant à cette grande tranquiliré d'efprit, ca laquellcilsreçoiucnt la mort, quand elle leur arriucau temps auquel elle ne porte point de marques de l'ire de Dieu en (a précipitation, clic vient fans douredc ce que la mort eft ac- compagnéedufentimentdclapaix de noftrc Seigneur, Ôc deTcrperancc de quelque félici- té pour leur Ame. Aatrcment, par laducu mefmcsdcccuxaucc qui ic raifonnc mainte- nant , ce qu'ils ne cclebrcroyent plus Dieu dans la mot t, & qu'ils n'y auroycntplus au- cun gouftdclonamour enuers eux , leur en deuioit donner de grandes apprehcnfions, & des âuerfîons inimaginables Quelques vns d'entre IcsPay ens fc font autrefoi$,comme So* crate, fortifiés par cette pensée contre l'a pprc • hcnfion delà mort,qu'où bien elle ofie ^c fen-î ûmentdccoutcschofcs, ou bien elle ne loiie
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pas. Sicile ne l'oftc pas , ceux qui meurent, doiucîit, s'ils (ont honncftcsgcns, cfpererdu corccnccnicnr après leur vie, (daBs la conuer- fation Je? grands pcrfonnag-s qui (ont tré- paf>ésauanteux ; & la compagr.ic d Orphée, de Musée, d Homère, d'Hefioicjd'VlifTcs Ôc d'Agamcmoncrtfansdoute, comme ils cfti- ment , pour leur donner des fatisfa6lions in* comparables. Si elle l'oûc tout a fait , il ne faut point craindre la mort , puisqu'elle ré- duit les hommes à ce point de n'eftre plus fcn* fibles à cho(c quelconque. Mais ces gens n'a- woycnt ïamais rien fauourc de la douceur de la paix de Dieu , ni du contentement qui naift de lafîcurancc de la dilcâ;ion paternelle. N'ayans donc point expérimenté d'autres biens que ceux que le monde fournit , ils fc pouuoyent bien retirer de la vie , ainfi qu'ils dilcnt eux mcfmcs , comme dVn banqucr, après s'en cftre raffafiés, fans fç plaindre beau- coupd'clirc obligés den iaiflcria icuiffanccà ceux qui Icfi ftiiucnté Mais quant a Dauid^ aux autres fidèle^ fcruiKurs de Dieu, a qui jl auoitdonnélcs commcnc mens & les auanc- goufts de Id gloire ^aucc quelle doukut de-
4^ De l'estat des Fidileî uoycntils rcccuoir en quelque temps que ce fttft la nouuclle de la more , s'ils eftoycnt non flottans & chancclans, comme les Paycns, en- tre rcfperancc devoir Abraham, Ifaac& la- cob,&Ia crainte de perdre toutes fortes de (cn- timcns , mais plcnement & profondement perfuadés , qu'au lieu de les mettre en la plenc louiïfancc de ce quilsauoyent commencé de fauourcr icy basja more leur en rauiroit abfo- lumcnt la fouacnance ?
CcmcfmcDauid témoigne en vne infinité d'endroits vn regret fort fcnfible & fort pro- fond d'cftrc élongnc de l'Arche de TEterncl, pourcc que c'eftoit là que Dieu donnoit des prcuues cxtraordinaircment reconnoiflables de fa prcfencc. Si cft- ce que dedans les cauer- ne$,& dedans les dcfcr ts,& dedans les plus pro- fondes forefts , il pouuoit s'entretenir aucc Dieu , & tirer des fourccs de fa propre médita^ tion, comme aufli paroift il qu'il l'a toujours fait, quantité de belles confolations, pour dé- tremper l'cnnuy queluy caufoit fon eflongnc^ ment d'auprès de l'Arche. levons priedonc, s'il cuft crcu que la mort luy cuft deu oftcr pour tant de uecles ^ toute connoiffance ôc
APRES LA MOKT. 47
toute iticmoire de (on Dieu, quelles latneiîta* lions ncuft il point faites } Oucuft-iltrouué des paroles fuffifantes pour exprimer les au- goiflcs de fonamî» en cette occurrence? A tou- te hcuie il demande auec quelque c fpcce d'im- patience. Quand ^erray- te lafitce de mon Dieuï Si par ces mots il entend lArchejCombicn plus deuoit ildcfircrdc voirlavraye face de Dieu après fa mort ? Et de quelle inquiétude deuoit il cftre rempli quand il penfoit que le trépas luy rauiroitjQon pas feulement le contente- ment de voir la face de Dieu , mais le (ouuenir d'auoir iamais ni rien veu ni rien appris de luy, foit dedans le Tabernacle , ou dedans le Mon- de?S'il entend voir la face de Dieu, comme clic fe void dedans les cicux , corn ment eft ce que Dauid à peu faire ce fouhait, s*il aeu cette opi^ uion que le fommeil de la mort luy fermeroit fî long temps les yeux de fon intelligences Certes ce n'a efté l'opinion ni de Dauid, ni d*aucun autre fidèle de ce temps la. Leur com- mun fcntiment cftoit ccluy qui eil esprimé difertcmêt au liurc de l'Ecclefiafte j que quand rhommc meurt, Le corpi retourne en la terre a^m il a ell'epr^ , ^^«e hjj^ntfe retire vers Dieu qatlV
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donne.Ordc croire qucrcfprit des Fidcics puif- fc cftrc aucc Dicu,fans auoir quelque connoif- fiHCc de fa prcfcnce&iouïr de quelque rayon de fa félicité, c'cftvncchofe tout a fait hors de raifon & d'apparence. Lors que Dieu vouloic autrefois promettre quclcjueaflîftancc parti- culière à fcsPidcIcj, illeurdifoit, Jejeray auec f£y,&c'cftoit^uffilcur vœu commun &:ordi*»] naircpour ceux à qui ils fouhaittoyent grâce Ôc bcnediition, C tternelfoit auecvom. Si donc Dieu ne peut cftre auec pcrfonnc , fans luy donner le fcntimcntdela faueur, comment pourroycnt nos efprits eftrc auec Dieu , fans iouïr de quelque effc6lde fa prcfencc gr acicu- fe?
Véritablement quand nous n*aurions autre prcuue de Teftat des Fidcles après leur mort, que ces paroles de nollrc Seigneur au Larroii quife conuertit en la Croix, Tujey^ <iujof4rcl*ht4y auec moyen Paradis y elles fcroyent feules fuflS- fautes, finousnenousaucugloasvoîontairc- tnent, pour nous faire connoift'equMs fe r«- pofent bien à la vérité, mais que c'cftdVnrc-^ pos accompagné de beaucoup de contente- 01cm &c dcioyc. Car que ce mot jittjourfhuy^
fcdoiuc
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fc doiue prendre au Cens ordinaire & com- mun, pour fignificr le temps qui dcucic im- mcdiatement fuiurc la mort de noftre Sei- gneur, pendant que fon Ame à cftc fcparce de fon Corps , c'cft chofe qui ne peut eftrc re- uoquée en doute,finon par ceux qui de gaycté de cœurabufentde Icurraifon. En quel en-r ^ droit du Nouucau Teftament noftre Sei- gneur, ou qui que ce foit l'employé- t'il en au- tre fignification ? Et fî l'auteur de TEpiftre auxHebrieux l'ayant rencontré au Pfeaumc XCV. en cette fentence, éu]oiirdthuyfi njom oyes fa ijoix, n*endiircifs es point vos canrs, l'a entenda du temps de la prédication de l'Euangile du falutj y a t'il apparence qu'a fon imitation nous dénions auili expliquer les paroles de le- fus Chrift en cette forte j En vérité en vérité ic te dis, qu'au lourde la rcfurrcdion ic te rc- cucilliray auec moy en Paradis en mcfmc gloire ? Si tels commentaires nous font per-» mis, y aura t'il rien de certain ni dans laParoIc de Dieu , ni dans le langage des hommes ? Pa- roitt-il pas manifcftemcnt que le Seigneur voyant ce brigand angoifsc en fon efprit par l'apprchcnfion du iugement de Dieu , dont il
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atcenL'doitrexccudon,fclonlc commun fcn- timent de la confcicncc , immédiatement après la more, la voulu confolcr par laffcu- rancc de la rcmiflion de fcs péchés , & par Tel- pcrancc d'vne félicité, dont fon ame ioiiiroit dés aufli toO: quelle feroic (eparée ? Ou donc l'Efpritdc lehisChrift^eftant délogé de foit corps, eft monté en Paradis, ou non. S'il n'y cft point monté , noftrc Seigneur n'a rien voulu promettre finon que l'Ame de ce pcr- fonnagcfcroitdés ce iour là mcfmc prcfcntc auec fa Diuinité dedans le ciel. Or bien que noftrc Seigneur fuft Dieu bcnit ctcrnelîc- mentjfîn'ya t'il point d'apparence qu'il re- garde à fa Diuinité en renonciation de ces pa-| rôles. Outre que fa Diuinité n'cftoit point en-' cote lors fi clairement rcueléc, qu'il cuft vou- lu commencer à donner connoifTancc de ce qu'il cftoit àcet homme par là , qui peut dou- ter que voyant leurs corps à tous deux en vnc mclme condamnation , il ne vueillc rcleuer le courage de ce miferable , qui dans lo milieu de fon agonie monftroit auoir quelque foy & quelque cfperance en luy , par l'afîeurance qu il fuy donne que dans peu de momcns leurs
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plus fcs organes. Car ilcftbicnâisédc concc- tîoirquilyacnrhommc,tandisqu'ilcftcom^^ pose d'A me & de corps, vnc faculté d'intelli- gence, qui pendant quelque temps n'exerce point fes fondions. Puis que cette con jon- ction eft faite de telle force que les organes de iVn doiuent feruir aux opérations des facultés de Tautre , & qu'elles fe façcnt ou toujours, oir le plus ordinairement , par leur cntremifc, quand les organes viennent à receuoir queU que trouble ou quelque cmpefchement , il faut ncccflaircment que les opérations de Tcn- tendcmentcefTentdecncfrncs. Mais qu'il y ait Vnefubftance a6bucl[ement exiftente {eparcc dVn corps , qui foit doiiéc de faculté d'intelli- gcBce , & qui neantmoins n'en puiflc vfer pour ce qu'elle n'a point de corps,cft vne cho- ie à mon aduis abfolumcnt inconccuablc, par cô qu'elle ne peut a6Vucllcment cxifter qu'elle fie viuc , & on ne peut conceuoir aucune (®r te de vie en elle, qu'on n'enferme en la mcfmc pcnsécTvfagc de fes facultés. Vousconecurés • aisément que le corps vit, fans que pouttanj l'homme voyc, ni qu'il raifonnc : pourcc qus • la vie peut fubiiûci cnrhommcians la vcuc ôi
^C De l'estat des Fidèles le raifonncmcnt. Mais vous ne vous figurcrés point que le corps de l'homme viue , que vous ne vous figuiiés pareillement qu'il fc nourrit, ôc que le cœur luy bat , ou qu*au moins les ef^ pries ontencore quelque chaleur & quelque mouuement dedans ccficgcdcla vie. Ainfî la faculté ou la vie confifte , agira , encore que toutesles autres fuiîcnt endormies. Enl'amc railonnablc, lors qu'elle eft feparée d'aucc le corps , quelle puiflancc agira, fi elle n'a aucun vfagedecellederintelligcnce? Car iln*ya en clic ni puiflancc vitale, ni animale, ni natu- relle,(emblable à celles de nos corps ; & quant à celle qu'on appelé locomotiue, c cil à dire, qui fert à fc mouuoir d'vn litu en l'autre , fi IV- fagede rintelligcncc ne luy conuicnt pas, il n y anulleraifondcs'imaginer qu'elle ait non plus aucun pouuoir de le remuer d'vne place en l'autre. Choie dcquoy la nature mefmc nous peut fournir vn témoignage bien au-, thentique & bien cuident , en ce qu'elle n a donne à créature aucune entre les viuantes cette puiflancc de (c mouuoir, fi non aux ani- maux qu elle a doiiés de fantaifie S^ de certains appétits , qui requièrent neccflairementlc
tranfport
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tranfport du corps, pourcftrc contenter. De forte que s'il n*y a en lame ni intelligence ni appétit, ce fcroit contre toute raifon qu'on s'imagincroit en elle quelque employ de fa puiffance locomotiue. Ainfi vaudroit il quafi autant dire que l'Ame meurt aucc le corps, & qu'elle reflufcitera auec luy , que de dire qu'el- le vit, & que neantmoins elle ne fait aucune fondiondefavic.
Il y a plus. En cette faculté de l'intelligence que nous pofTcdons maintenant, il s'imprime certaines habitudes , qui {ans aucune doute n'ont rien de commun auec les organes du corps , finon , comme iay dit cy- deffus, qu'ils ontdonnéroccafionà rintcllcdl: de vacquer aux contemplations, & de former les raifon- nemens par Icfquels elles fe font acquifcs. Tel- le cft , pour exemple , Thabitudc qu'en Philo- fophie on appelle de ce nom de Sapience , qui confitte en l'intelligence nette & certaine des premiers principes des chofes , &c en la con- noiffanccdes conclufions qui en dépendent, dans les objets les plus beaux oc les plus nobles qu'on puiflc prefenter à rinrellc6l. Car que ce foit vne habitude purement intellcducUe , la
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raifon le nous enfcignc, & l'cxpcricncc y con- fenr. Pourccquc dVn cofté clic déployc fcs opérations {ur des objets qui ne tiennent rien de la condition des corps , 3c que de Tautrc cU le ne fe rencontre en aucun (jjjct de la nature dGceuxefquclsilnya point de Puiffances fi- non corporelles. Caril ne s*cft iamais trouuc nichcual,ni éléphant, niaucimautretclani- mal, dcftitué de la raifon , en qui il ait paru le moindre rayon de ce qu'on nomme Sapicn- ce. Oudonccettefortc d'habitudes s'effaçcnt entièrement par la mort^ ou bicnclles demeu- rent en l'Ame. Or n'y a t'il point de raifon pcrtincntepourquoy Tondic qu'elles fc doi- uent effacer. Carie veux bien qu'elles foyenc en quelque faffon entrées en rintclle(5l par rinrcruentionducorps, &queles organesdu corps ayent contribué quelque chofe aux rai- fonnemens dont elles fc font formées, fi font elles quant à elles intellcduelles tou t a fait , & ont leur propre ficge dans la raifon mcfme. Gomme au contraire, «ncorequc ce foit par la conduite de l'intelle^b que ie corps apprend a fe duire à certains mouucmcns réglés par quelque nicfurc &par quelque art, fi cft-cc
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que pour exemple l'habi tudc de bien cfci imcr ou de bien monter à cheual, cft vnc habitude corporelle. Ainfi donc que quand l'Ame rai- fonnablevicntàre (eparerdaucclc corps, fî le corps pouuoitfubfillcr viuant fans elle, ôc parlapreCcncede TA me fealîriuc feulement, il n'y arien qui empefche qu'il ne peuft garder quelques vncs des habitudes qu'il a acquifes par h conduite de Tentcndemenc, commeon ditquilyadescheuaux fi bien drclsés, quiis font mancigc d'eux mcfmes , fani que ccluy qui les monte les gouucrne : il cft beaucoup plus conuenablc que l'Ame demeurant viuan- te&fubfiftante après le corps, les habitudes quiluyconuiennent fi parfaitement demeu* .icnt&fubfiftentaueccUe. Si donc elles fub» fillcnt, comme il cft tout apparent, comment fcroit ilpofliblequvnc nature cjfFcdiucmenc viuantc, douée de fi belles facultés , &C ornée en fçs facultés d*habitudes fi excellentes, dc- meuraft tant de ficelés fans en eftre aucune- ment excitée à les déployer en quelques ope- rations? N'cft-cepasle propre des habitudes d'cndiner les facultés à agir, de leur faciliter ladion à laquelle elles les enclinent , & mef-
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CQi De l'estat des Fidèles mes de les y aiguillonner en quelque manière^ Et puis que rhommc eft vn eftrc naturelle- ment agiflant, &que ce qui luy donne cette adiuité3c'cft l'Ame , d^ que ce qui fait que l'Ame fe porte pluftoft à v ne chofe qu'à l'autre en fcs aâ;ions , c cil: que les habitudes luy don- nent la pente de ce cofté là, pourquoy eft- ce que l'Ame ne pourra confcruer en elle mc{- me feparéc l'adiuité qu'elle commaniquoic au corps, <S«: que fes propres habitudes n'au- ront pas le pouuoir qu'elles auoyent aupara- uant de la ployer en fes adions du collé qu el- les mcfmes font panchécs ?
Mais ne nous arreftons pas aux enfeignc- mens de la nature, & confultons l'analogie de lareligion. Certainement touslcs fidelcsont communion aucc Chrift, & cette commu- nion confiftc de leur part en la foy par laquelle ils l'ont embrafle, & de la ficnne en la commu- nication defon Efpnt,quilesconfo!e, & qui les fan édifie. Or eft cette com munion fî eftroi- tc qu elle ne fe fepare iamais. Et comme la mort du corps en noftre Seigneur n'a pas em- pelché IVnîon hypoRatique de la nature di- urne &: de la nature humaine en luy, de forte
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que ce dire ancien de rEglifc cft vcritablG,quc ce que Chrift à vnefois pris en cet égard il ne la iamaislaiffé; ainfî la mon de nos corps n'era- pcfclicpasTvnion myftericufc de noftre Sei- gneur aucc nousj de faqon que ceux qu'il a vnc £oh fait fcs membres, ne peuuent qu'ils ne de- meurent tels à toujours. Partant mcfmcs après la mort la communication de fon Ef- pdtdeconfolation &: de fandification nous demeure. Or quel peut cftrc cet Efprit de confolationôcdcfandlification qui ne nous confolera d{ ne nous fandificra point ? Ou quelle fera cette confolation ôc cette fan£ti- iîcation, fi elle ne nous donne aucun fcnti- ment ni de (oy, ni de nous mcfmcs ? Quand vn des membres du corps tombe en mortifi- cation, il nVft plus rcputé membre du corps: par ce qu'il n'eft tenu pour tel fi non à caufe de la communion à mclme vie &àmcfmc amcj> qui cft le principe de la vie 6: dessalions. Si donc Tame ne paiiicipc point à TEIprit de Chrift, qui (cul anime tout ce corps myftc- ricuxcompnledcluy &c dcsfidcles qu'il a ra-] chctes,conim:rt peut elle citre de les mem- bres? £icoaimcm y participera t'cHe fi elle né - H , ,
éi De L'ESfAT DES FiDBLEs
retient rvfagc d'aucunes de (es facultés ? Car la participation de l'Erprit confîfte ou dans les opcrations aufqucUes il nous excite , ou dans les habitudes qu'il imprime en nos facul- tés. Or ilny a point d'opérations ou les fa- ■! cultes (ont fi profondement endormies. Car \ cVft le propre dufommeil d'arrcfter & d'in- ] rerccptcr les fonctions des facultés. Et quant ' aux habitudes, il n'cft ni raifonnable ni ima- ginable qu'elles fc conferucnt tant de fiecics [: cnvnfujctouellcsnefc produifcnt iamais en ,j^ aucunes opérations. Le corps peut bien cer- -^ tes aucunement retenir la qualiré de membre \t- de Clirift dedans la poudre du fepulcrc, bien i qu'il n'y fente aucun cffcâ de la communica- |;^ tiondc cetefprit. Pour ce que s'il n'a point de !|^ liaifon aueclc chef immédiatement & par foy mefmc, aumoinsyenat'il par l'entremife de TA me^qui eft l'autre partie du tout qu'ils com- / pofoyenc enftmblcment. Car TAme par la ^j relation qu'elle a auec luy en cet égard, le con- S fîderc toujours & comme vnc dépendance de fon cftre , entant que fans elle il ne peut con- ftituer aucun fujet, & comme vn eftre dont rllc dépend en quelque façon^ entant que fans p
ÂÏ»RÉS LA MoUtI Cl
luy cl!c ne fçaurôit conftitucr vn homme. Ainfi TAme ayant vne efFcdiuc ôc immediajtc commanionauccChrift par k participation dcfonEfprit,lc corps entretient aufli quel- que liaifonauecla chef, au moifis certes me- diatcmcnt & par la vertu de Tentremile de TA^ me. Mais fi touteliaifonvenoità cftre rom- pue entre l'Ame ôc lefus Chrift , ce qui arriuc- roit indubitablement fi l'Efprit ne fe com- muniquoit à elle ni en opérations ni en habi- tudes , l'Ame ceflcroit d'eftre membre de Chriftparellcmeime,&lccorps ne le pour- roit plus eftre par fon interucntion. ïe conclus donc pour ce'prcmici: Point , que l'Ame fepa- lée du corps a intelligence ôc (cntimcnt, & par confequcnt quelcsclprits des Fidèles trépaf- sés ioiiiffcnt de quelques degrés de leur félicite & de leur gloire. Voyons iufques ou cela pcus: aller , autant que la Parole de Dieu , & l'ana- logie delà foy nous en cnfcignc.
6l De LESTAT DES FiDELES
^FÉLLÈ EST LA FÉLICITÉ
des n^mes Fidèles feparees du corps , fj^ quel le lie fi ou elles font recueillies^
SECOND DISCOVRS.
paraiiondaucclc corpi cocribuë fans doute beaucoup à leur contentement, & que quandnousaurons Je- cidéouilcft; il nous fera beaucoup plus aise déparier de lanature de la béatitude mefmc, auant que de pafïcr à Texamen des degrés de la félicité des gens de bien , il fcmblc qu'il foi-c ïîcccfTairc de rechercher quel cft le lieu qui leur cft ordonné pour leur demeure. Afin doncdecommcncerpar là ce difcours, plu* fleurs ont efté de cette opinion que les c(brits des Patriarches & des Pères qui ont vcfcu dcf- fous l'Ancien Tcftamcnt , n'ont point cfté rc- ccus dedans le ciel iufqucs à la manifcftation du Nouucau , que par l'afcenfion de Icfus
Chrift
APRES LA Mort, éj
Chrift làhaut, Tcntréc leur y a cfté donnée. Et de cctic opinion ils ont eu pour principal fondement le paflage qui eft au chapitre ix. derEpiftreauxHcbricuXjOuil eft dit,.^Me le chemin des lieux faints nefloit point mdmfejïe fous les têps derEconomic delà LoyytanJh que le pre- mier Tabernacle eîleit encore debout. Ayant donc ainfi banni les Ames des Pères de la demeure des cicux pour tout ce téps qui deuoit couler iufqucsàrafcenfionde Chrift, & eftant ne» ccffaircdcleurpouruoir &t quelque certaine habitation, afin quelles ne dcmeuraflcnt pas errantes & vagabondes , pource qu*ils n'ont pas crcu qu'il y euft de logement plus propre à leur marquer que le fein d'Abraham , dont noftre Seigneur parle en TEuangile , ils n'ont point fait de difficulté de déterminer que c'cft là qu'elles ont demeure tout ce long-tempsi Seulement fc font ils trouués en quelque per- plexité quand il a falu définit precifement en qytllc partie du monde eftoit ce fein d'Abra- ham. Caries vns l'ont place dedans le pro- chain voifinagc des Enfers, quoy que noftre Seigneur met vr grand abyfme entre deuxj les autres en ont fait comme vn vcftibule àz^
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66 De l'estat des Fidèles
cicuxî 5^ les autres enfin, ne fçachans pas bien àquoys'cn tenir, ont laifsé la qacftion in- dccifc.
Or quant à ce qui eft du fcin d'Abraham, coniQic quandnoftre Scigncuradit,Mat.8 ii. ^)ue plu/itun viendront d'Oncnt ^ à' Occident^ cjui feront afjis a îcihle auec jâbraham y Jfaac ^ Ja.oh y il n'a pas voulu proprement dcfignrr le lieu onces Patriarches lonienfcniblc, ni définir fi c'cft dedans ou dehors les cicuxi tellement que fi le Heu ou ils fi^nt le peut recueiUir de ce paf « fagc, c*cû:dcces mois, x^h royaume des aeuXy & non pas de ceux là , tjîre ajjis a table auec Ahra-^ ham, Jjaac (y Jacob j ainfi n'y a t'il point d'appa- rence qu'il ait non plus voulu déterminer vn certain lieu par ces psLtolcSyJufe in d'Abraham. Pource que de fon temps il y auoit deux façons de ma^cr enfemble.l'vne des*aflcoir à Icntour dVnc table comme on fait encore mainte- nant , l'autre , de fc coucher en certains lits, de telle façon qu'on auoit la tcftc prc$ de l'cfto- mach l'vn de l'autre, & qu'on fc repo(oit quafi dans le fcin de fon voifin , en l'vn de ces parta- ges le Seigneur a regardé a l'vne de ces couftu- mcy,& en l'autre à l'autre, pour fignificr vnc
APRES LA Mort. ^l
nKfmcchofcjC'cft qu'on mange aucc Abra- ham. Et pour ce cncor que manger cnfcmbic de la forte cft va témoignage d'vne conuerfa- tion familière, &: dVnc focieté plénc d'amicié, pour dire que le Lazare auoit cette étroitte fa- miliaritéauec Abraham . il dit quil cftoit en fonfcin;comraepourfigtiifierqac les autres ioiiiront de cette douce focieté aucc luy , il dit qu'ils feront auec luy à tîible. Ccquimonftrc bien fans doute qu ils doiucntcftrc en mcfmc lieu, mais ne détermine nullement fi ce lieu cft au dcflus des cieux , ou au deflbus de la terre.
Qaantàccquieftde l'intelligence de l'au- tre paiGTagc , affcurèment ceux qui s'en font preualuspourcmpefchcr les cfprits des Percs d'entrer dans le ciel auant l'Afccnfion de Chrift , fe font trompés en fon interprétation. L'Apoftrc n'y a rien voulu dire autre chofe fi- non que par la cérémonie de faire entrer le fouuerain Sacrificateur vne fois Tan dans le Saint des Saints aucc dufang, pour la propi- tiation des péchés , le S. Efprit a aûés claire- ment donné à cntendre,quc le vray Souncrain Sacrificateur n'cftoit point encore entré dans IcSanduaircdes cieux, & que le moyen par
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De LESTAT DES FiDELES é8
lequel cela s'accorapliroitncftoit point enco- re mis en cuidcncc. Et de fait il n'y pouuoit cftre mis fiaon par leucncmcnt de la chofc mcfmc. Or lachofc'mcfme &: la ccrcmonic ncpouuoyent fubfiftcrcn mcfmc temps. Car l'vne tenoit lieu de figure , & l'autre de réalité & de vérité. Or la figure ôc la vérité font dc- ftinécsà diuers temps, & pour des difpenfa- tions différentes, La vérité donc fubfiftant, la figure ceflbit neceflairemcnt. Et partant tan- dis que la figure a fubfifté par Tii-ftitution de Dieu, la vérité ne peut eftre prefumée efïc6ti* uemcnt exhibée. Mais quelque interprétation quils aycnt donnée à ce paifagç, il ne nous importeroit pâs beaucoup qu'ik $y fufîcnc trompés ounon,pourucu que ce quclapluf- part d*cntr*eux tient, fuftvnc vérité confian- te, & de laquelle tout le monde dcmcuraft d'accord auec eux. C'efi que depuis que noftrc Seigneur lefuseft monté là haut , l'entrée des cicux a efté ouucrtc ,.non feulement aux Fidè- les qui font decedés depuis luy , mais mefmes généralement à tous ceux qui ont vcfcu fous l'Economie des temps paGés, tant depuis que dcuant la publication dç la Loy dcifus la mon-
APRES LaMoRT. ^^
t3gcicl Car que m'importe qu'Abraham & ks autres Patriarches , Pcrcs , fidclcs,& gens de bien qui ont cfté dans ces premiers temps, n*aycnt pas eu cet auantagc d'entrer dedans le ciel j finon lors que noftre Seigneur y cil mon- té, pourucu que quanta moyi*y entre quand ie mourray, & que ie les y rencontre tous pour yioûiraueccuxdVnemefmeioyc.^ Quel in- tcrcft,di je, puis- je auoir que quand Dieu a prislcs Amesde fcs fidèles autrefois , comme Elic parloir de la fienne, il les ait logées à part en quelque lieu reculé deluyiufqucsà Tafcen- fion de Chrift , pourueu que quand il prendra la mienne il la mette dans (on Sanduairc» Mais pource que lesCfarelticnsnont pas tous cftcdeccfentiment, & que quelques vns ont cftimé qu'encore que les Fidèles en mourant cntrcntenvn profond repos , accompagné d'vncconfolation&d'vnc loye merucilicule- ment fenfiblc, fi elUce qu'il ne leur fera pas* permis d'entrer dedans le ciel en la pr efcncc de Dieu,nidcioiiirdefavifioc,finon lors delà refurrcdion,ilnous faut bricfuement exami- ner & les paffagcs & les raifons (ur le (quelles ils le fondent.
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70 De l'estat des Fidèles
ils difcDt donc que l'Ecriture laintc nous rcnuoyt or dinaircmcnt à la rcfurrc^ion pour raccompliilemcncdenos cfpcranccs , & que c'eftcn cette iournécli feulement que noftrc Seigneur promet de donacrla rémunération à ceux qui croiront en luy. Comme cela fc peut voir au cli.6.dcS îcan, & en dmers autres lieux rcmblablcs. Quelques vns mofmcs n'ont point f^it de di ffi culte d alléguer à ce dcflcin !c paffagï^ouS. Pierre dit, que Qhnfiaejrè maifié en Ejpnt y par lequel dujjtejlant aIU il d prefchè aux efprits enchartfe. Pource qu encore qu'il y foit parle des efprits de ceux qui ont vefcu long- temps auatit la rcuclationduNouucauTcila^ ment, fi eft^ ce qu'à leur aduis il y a pareille rai-, fon , & qu'on doit faire mefmc iugcmcnt des fidèles de maintenant , 6c de ceux du temps pa{sé en cette matière. El voicy à peu près comment ils expliquent cette raifon. Nul^di- fentils, n'cftni rémunéré ni puni des puni- tions ôi: des rccompenfes qui font ordonnées parles loix , finon après que la fcntcncc eft donnée & prononcée iuridiquement. Or eft leiugeaicnt qui doit cftrc prononcé iuridi^ quementdcnous,diiFcré iufques au dernier
APRES LA MOB^T. Jî
iour. De faflbn qu'il (croit contre les formes ordinaires de l'adminidration de la iufticc, que les cfprits des fidtfcsfu fient admis à la vi- fîondcDicu, auant que noilre Seigneur ait prononce, %Jenh lesbenitsdfmon^cre ,pcjjcdcs le royaume GUi^cu.s a eflé préparé deuant la fondai tion du monde, Cariaj eu faim ; & les chofes qui fuiucnt. Comme donc ontientles criminels cnprifon,(&c'cft ce que fignifie ce mot de chartre) infqucs à la prononciation de TAr- rcftj&commcGnnc les produit point en la place publique pour y eftrc fupplicics , fînon après que T Arreft cil prononce ,• ainfi cft il rai- fonnable qu'il y ait vn lieu deftiné pour re- cueillir ceux qui doiucnteftreabfous à laduc- nementdeChrift, qui foi t différent du lieu ou la rémunération leur fera donnée. Mais comme ceux qui font en prifon pour leurs cri- mes , font gcfucs & tourmentés en leurs con- fcicnccf parrapprehcnfion de TArrclt & du fupplicc qui les attend, ( ce qui cft propre- ment à leur aduis la pcnc que les damnés fouffrcnt à cette heure , ) auflî eft- il raifon na- ble que ceux qui attendent leur rcmuneratio» cncelicudc repos , ioûiflcnt de confolation
De l*estat des Fidèles 71 parraffcuranccdclcur fucure sbfolution. Se par rcfpcrancc de la gloire. Or ficcrtcconfi- derationalicu pour les Pcrcs d'autrefois, il cft fans doute qu'elle cftaufli bonne pour les fi- dèles duNouueauTeftamcnt, que pour ceux de l'Ancienne Alliance.
Quant à ce qui cft de ce pâfTagc , ic voy qu'on l'a pris en rliucrfes façons, dont d y cna deux confidcrablcs entre les autres. Car quel- ques vn^ ont pcn^é que par l'Efprit de Icfus Chrift doit cltrc entendue Ton Ame : par fa prédication, la connoiffancc qu'il a donnée aux Ames des anciens Fidèles, de la propitia- tion qu'il venoit de faire en la croix : & par le mot que nous traduilons chartn , vne efpccc d'éehauguettejdans laquelle CCS Ames eftoyéc en attente de la rédemption qu'Us auoycnt ef* pcrce/felonquelespromcfrcs leurenauoyent cfté données, 11$ fe figurent donc les A mes des anciens Fidèles à peu près comme ceux qui font mis en fentinelle en quelque lieu éleuc dans vne placé aflicgée , pour découurir de loin d'où 6c quand apparoiftra Ifur fccours. Seulement y mettent, ils cette différence, que Tcfpcrance du fccours en vne place afliegce cft
toujours
APRES LA Mort, 73
toujours mcfléc de doute , à caufc de Tinccrti- tudcdcs confcils & des éucnctncns humains. Et cette doute n'cft point fans crainte, ni la crainte fans inquiétude, ni par confcqiicnt fans anxiété. Au lieu que lésâmes des fainds perfonnagesdes temps paffés ne heficant au- cunement fur la promcffc de Dieu, ont pof- fedé vne efpcrance toute aireuréej& parcon- fccjuent vne tranquilité fort profonde, &vn contentement fans aucun mcflinge d*c,ffli- 6tion. Quelques autres ontcftimé que par l'Efprit de Clirift , doit eftre entendue fa diui- nité ; par fa prédication l'inuitation qu'il a fait faire du temps deNoéàlarepcntance j& par les efprits qui (ont en chartre ( car ils croycnt que pour adjufter cette locution Hcbraïqucà noftre langue, il y faut fuppleerccs mots q^û font y ou, q'^ifontmxintenant ) les âmes de ceux quinontpas voulu entendre à cette inuita- tion, & qui à caufe de leur obftination ont cfté mis foubs chaines dobfcurité dans les horribles prifons, ou ils attendent leur dernier fupplice. Or pour faire icy vne pctitedjgref- lion. & retourner pour vn peu de temps à la queftion prcccdG|ite,ic dis que laquelle que
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74 Del'estatdes Fidèles l'onfuiuc de ces deux inrcrprctations, il s'en concludcuidcmmentquclcsâtncsnc font pas dcilituécs de connoiffancc après la mort. Car fi ons'arrcftcàla première , les âmes des fidèles atrcndoyenr aucc auidité la reuclation delà rédemption de Icfijs Chrift. Et fi on fuit la féconde, les criminels n'ont pas accouftumé de dormir toujours dans leurs cachots Lever dcleûrconfcicncc,& Tapprchcnfion de lad- ucnir les rcueillc, loint que files amcs des médians pcrdoyent tout fentimcnc aufortir ducorps,ilncfi:roitpoint befoindc leur afli- gner de certaine commune prifon : elles fc- roycntafles bien pour l'attente du dernier iu- gement , en quelque lieu du monde qu'elles fc trouuafTent. Mais retournons à noftre pro- pos, l'cftimcdonc que cette fi:conde inter- prétation cft de beaucoup la meilleure & la plusconuenablc tant à l'intention qu'aux pa- roles de r Apoftrc. Et fi ic me veux tenir à cela, ic n'ay rien à répondre finon qu'encore que le lieu du fupplice ôc ccluy de la prifon foycnc afles fouuent differcns, fi ne le font ils pas tou-^ jours pourtant. On punit bien quelques fois les ciimincls dans les Baftillcs ôc dans les Con-
APRES LA Mort. 7;
cicrgcrics, dans Icfqucllcs ils ont cfté gardés en attendant leur Arrcft. Et du temps que S, Pierre a écrit, ccftoitchofcaffés ordinaire en- tre les Grecs &: entre les Romains^ que de faire fcruirvnmefmeiicu premièrement de prifon, & puis de thçatrc de fupplice. Ainfi ce palTagc ne prouucroit nullement que les amcs des fi- dèles ne foyent maintenant referuées dedans les enfcrs,encore qu cllcsy doiucnt cftre quel- que iour tourmentés pour leurs crimes j ôc par mefme raifon il ne scn cnfuiuroit pas non plus, que les cfprits des fidèles ne foyent pas maintenant recueillis dedans les cieux, en- core que ee doiuc eftre quelque iour le lieu de leur rémunération ôc de leur gloire. Mais donnons cela à l'honneur de ceux qui ont mis cette première interprétation en auant , de voir fi en la rcceuantil s'en pourroit prouucr que le ciel n'cft pas encore pour maintenant le domicile des âmes fidèles. Qupy que la vifion de Dieu en laquelle doit confiilcr noftrclou- ucrainc félicité, fc doiue communiquer prin- cipalement dedans le ciel, la demeuredu ciel pourtant, & la vifion de Dieu, peuucnt eftre chofcs diftinâcs. Dieu, di- je, fc pou rroit bien
-fC De lestât des Fidèles faire voir hors du cicls'il vouloit,& s'it vouloit crïcor,ily pourroit bien aUoir quclcun dans le ciel quipourcant ne vcrroit pas Dicu.dc cct- tevifion en laquelle confifte le combfcdcla bcaritudc- Prenons donc le cas que les amcs des fidèles ou ayencdcu autrefois, ou doiuent encore maintenant cftrc mifcs comme en IcntincUecn quelque lieu, celles des fidèles d'autrefois^ pour attendre la rcuclation de la rédemption de la croix, celle des fi.klesdc maintenant pour attendre la féconde appari- tion du Rédempteur mefme,celieii pourroit bien auoir efté dans les cieux, quoy que la , gloire delavifion de Dieu ne leur cuft point encore efté donnée. Et à comparer ce pafla- geainfi interprété aueccettuy U, Tu fera', au^^^ yonrd'huy auec moyen ""Faradts, ily auroitbeau- coup plus de (ujet de croire que la guérite de cette fentinellc feroitau ciel que non pas aiU leurs. Car c'eft dans le ciel qu cft le Paradis, ouramc de npftre Seigneur eft montée, & ou parconfequcntcftoyent celles iquiilvouloic (donner connoiffance de là (atisfadion.
Quant à cequieft des autres pailagcj dans lelqucls l'Ecriture nousrcnuoyc à la lournéç de la bicii4icurcufc rcturrcdion pour obtenir
APRES LA MOBcT. ^j
lïoftrc rémunération, il ne icmblc pas non plus ncceffaire de les prendre de telle forte , qu'ils nous induifcnt à exclure les âmes fidèles des cieux. Il n'y a point de terme plus vfité pour rcprefcnter la gîoire que nous attendons en cette bien hcureufeiournée, que ccluy de triomphe. Comparons donc Tcftat de ceux qui ont triomphé à Rome autrefois , aucc les fidcîcs qui attendent la rémunération de ccttegloire. Ils combattoycnt premièrement hors de Rome dedans les pays étrangers, foit quilsfafTcntpluSjOU moins élongnés, félon que le rcqucroycnt les occurrences des chofcs, ou Pctenduë de l'Empire. Apres auoir vainca leurs ennemis, il leur eftoit permis d'entrer dans la ville de Rome corne particuliers, pour y demander les charges de la Republique, ou l'honneur du triomphe. Le Sénat en ordon- noit premièrement, & nul n'a iamais triom- phé dans Rome que du confcntcmcnt du Sé- nat, ou par fautoritc Ju peuple. Puis quand la pcrmiflion de tiion pher ctoit obtenue^ alors ils lortoyentdelaVîlle, pour y retour- ner incontinent, non plus comme perlonnes paiticuliercs ôc fans appareil , mais comme
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^t De l'estat des Fidèles Capitaines victorieux & Conqucrans , en pompe ôe en magnificence folcnnelk. Pour qiioy donc après que le fidtlc a combattu icy bas contre les ennemis de la gloire de Dieu & delonfalut, & après qu'il cit forri viiflorieux de tous fes combats, neluy fcroit- il pas permis d'entrer comme vne pcrlbnne pniîèc,&dé- poiiillé de {on corps, dedans cette cclcbrc lerufalem , non pour demander le triomphe, carileftdcfiatout ordonne, maispourattcn- dre leiour auquel il fc doit cc]cbrcr,en paflant cependant ce bienheureux temps en la corn** pagnie des faints Anges ôi des fidèles efprits qui font en la mefme attente ? La mcfmc cho- fc fe pratique cnuers les Ambaffadeurs, qui peuuent entrer premièrement en perlonnes particulières dans les villes capitales des Empi. res ou leur ambaffade eft addre{rè,& puis après en çftans (ortis, retourner encor vn autre iour en qualité d' Ambaffadeurs eala cclcbrité dVn grand cortège. El à Tentrée des Princes,quand ils retournent de quelque conquefte , & de quelque glorieufe expédition , on obfcrue af- fcsfouuentla mefme pratique, d'en remettre la pompe ôc la magnificence à quelque iour
APRES LA MoRT^ 79
lolcnncl , tandis qu'ils ne laiflcnt pasdcviurc chés eux aucc leur Cour ordinaire. En fin la mtimcchofc$*cftant pratiquée enucrs tioftrc Seigneur lefus , il ne doit pas eftrc trouuc étrange fi Dieu en vfc de mefmcs enuers fcs Fi- dèles. Car il a combattu premièrement en la Croixj & a vaincu par (a confiance. Son corps ayant cfté mis danslefcpulcrc, fon Efprit cft ni6técnParadi$Xilfautainfidire,à petit bruir; ôc puis cflant retourné & le corps icffufcitéjl aefté enlcué en haut, guindé dcffus les nxj'és.ôc cft entré comme triomplantdanslc ciel^entrc lesapplaudiffcmensdcs cfprits bien- heureux, & les acclamations des faints Anges. Cepen- dant ce n'cft pas merucillc fi l'Ecriture parle vn peu plus rarement de lareception des amcs fidèles dans le ciel, que de cette glorieulc iour- née de la rcfurredlionbien heureufe. Car ces comencemcns de noftrc béatitude , dont nous» ioùiffons incontinent après la mort, font bien merueilleux à la veiité, fi vous les confidercs prccifément en eux mcfmes : mais ils font obfcurs,impai faits, & de peu ou point d'éclat, fi vous venés a les comparer auec la f plcndcur de la magnificence en laquelle nous en ver-
8o De l'e<:tat des Fidèles
rons quelque iour raccomplifTcmcnc. Com- me donc encore que les PromcfTes de rémuné- ration faites à Icfus Chrift pour robcïflamcc de fa Croix, regardent proprement fon AC- cenfion au ciel , & fon exaltation en gloire à la dcxtrc de fon Perc , ainfi que S. Paul l'y rap- porte au chap. 1. de l'Epiftre aux Philippicns, cela n'empefche pas pourtant que fon amc n'ait prétendu le droit d'entrer cnParadis pour le temps de fa fcparation daucc le corps, &c qu'elle n'en ait vfé de mcfmcs ; ainfi qaoy que les promcfTes de la remuncratio aycnt vn par- ticulier égardàla refurrcdion, cela nlnduit pas pourtant quenos amcs foycnt priuéesdc la liberté d'entrer en l'attendant , dans le fan- 6buaire celeftc. Et fi quelcun de nous auoit fé- lon l'ancien droit des Romains, adopte quel- cun pour eftre fon enfant.cn rcfolution de dé- clarer cette adoption hautement & authenti- quemcnt en vn certain iour, afin dcle rendre capable de la fucccffion de fcs biens & defes dignités , il n'y a rien qui empefchaft qu'il ne le logeaft cependant en fa maifon,en le tenant peut eftre viî peu plus clos &i couuert,iufqu'au iour dcftiné pour cette adion publique ôc fo- IcnncUc. Il
ÂPRES LA Mort Sr
Ilcftvrayquilycna quelques vns quitrou- ucntdc la difficulté à loger dedans le ciel les amcs de ceux qac Dieu àrcflufciccs,pour les laiiTcr encore viurc au monde vn certain cf- pacc detemps, comme le Lazare, & quelques autres. Car quelle apparence, difent ils , de les ramener de ce lieu de gloir>* Se de félicité, en vn eftat Ci chctif qu cft ccluy de noftrc con- uerfation en la terre? Ne vaudroit il pas mieux nclcarauoirpoint donne le gouft dcscotcn- tcmcns descicux, qucdc les en arracher ainfi, pour les ramener dans les in firmitcs,6<: dans les incommodités de la vie prcfcncc? Ils cnclincnt donc volontiers àdirc, qu*il auroitcftéplusà propos de leur auoir aflignc leur demeure en quelque lieu, dont la priuation ne leur fuft pas fi fcnfible ni fi dômageable.Mais il me femblc que CCS gens fc donnent de la pénc pour néant. Car s'il y a de Hnconuenicnt en cela, neftil pas bien aifé à Dieu d'ordonner quelque de- meure particulière à ceux là, & reccuoir ce- pendant tous les autres dans les cieux s afin dcnen fortir point que pour la refiirredion dernière? Vnc vintainc d amc$ , peut cftre, qui ont dcu citrc rejointes i leurs corps par vnc
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81 De l'estat^des Fidèles
par ticuîitrc difpcnf/ition , doiuc ne elles faire loy pour tant de millions d'cfprits qui n'y font point afluicttis^& qui ncdoiucnr point cf- prouutr dViiîtrc rcfurrctSlion que la dernière &f générale ? loigaés à cela que quand elles suroycnt efté recueillies dedans le ciel, puis qu'en leur première création elles ont tfté fairespourîa gloire de Dieu, & que d'ailleurs elles îuy ont tant d obligation pour ce qu'ils les 2 rachetées, clJci ne fc doiucnt pas plaindre fîellcs fouifrcnt quelques chofc d'extraordi- naire pourfon (eiuicc. Scipion l'Africain, après des triomphes fi glorieux, alla bien à la guerre en des concjucflGs fort lointaines , fous l'autorité de fon freie, & en qualité de fon Lieutenant, pour la feule affection qu'il Iuy portoir,&r pour Iuy aider a paruenir aux gran- des dignités de la Republique. En quoy il foufFroit quelque diminution de lalienne, outre les incommodités qu'il y rcçeut en fa perfonne, &lcsfcnfiblcs déplaifirs qu'il y eut de la prifon de fon fils. Les Anges mefmes defcendentbien descieux,ouils iouiffcntdc la vifion de Dieu auec vn inénarrable contcn. tcmcnt, afin de feruir au falut & la prqtcdoia
APRES LA Mo F. T. 8j
des ficiclcs. Enfia , en quelque lieu qu'on cufl logé CCS amcs^ qui par vnc particulière rc(urreélion rctoarncaî encore vnc fois ca 1 habitation de leurs corps» elles font dcliurécs de leurs infirmités tandis qu'elles en font fc- parées , & fcmble qu'elles ny pcuuentr'cntrer fans quelque dcfauantagecn ce changement de condition. C'cft pourquoy puis qu'elles ne pcuuent rcucnir aumondc fans quelque déchet de leur félicité', il ne leur peut eftrc guercs plus fâcheux d'eftrc ramenées des cicux, que delà région élémentaire. S'il cftoit raifonnable de décider abfolument cette qucftion, touchant le lieu ou les fi. deles font rcccus après la mort, par defimples raifonnemens tirés ou de la probabiHté des chofes,oumefme$ de l'harmonie que les par- tics de la Théologie ôc de la Religion ont cntr'cUcs, il y en a de bien clairs & de bien preignans pour nous induire à croire qu'ils font recueillis dans les cicux. Car puis que commcS- Paullenous apprend , nojire bour- geoipe cft delà, & que nous auons l'honneur d'en eftrc citoyens, pourquoy ferions nous fi lojRg- temps exilés de nollrc patrie ? Quel
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péché rcftc à nous parvionncr ,(jui nous cm- pcfchc le retour au lieu ci ou nou^ fonimes dciccndus ? Puis que nous fomincs exhortés à tendre là . & a ne pcnfcr dcform^is qu'aux chofcscclcftcs, pourquoy ferions nous fi long temps piiucs du fruit de nos dcfirs & de nos pcnfccs ? Comment cft ce que l'Euangilc trau^iillcroit fi puiflammcnt à nous en don- ner l'auiditéjpour ne nous en donner pas tout audî toil la iouijOTance ? Puis que nous fom- mes morts au monde , &c que noftrc viccftca- chéc aucc Chnft en Dieu , pourquoy n'irons nous pas conucrfer ou noftrc vie crt cnrcfcr- uc ? Puis que noftrcchef y cft, & que la corn* ttiunion que nous auons aucc luy cft fi ctroit- tc & fi indifTolublc , pourquoy ne raflcmblc- roit il pas fcs membres à Tcntour de foy ^ quoy que par fa fagc difpcnfation il en demeure quelque partie en la terre? Puis qu'jl a prié que la ou il cft nous fuflîons aucc luyjpourquoy le fruit de cette pricrc,quc Dieu à exaucée indu- bitablement , fcroit il différé après tant de ficelés ? Puisqu'il a dit qu'il alloit là pour no^s y préparer noftrc lieu, pourquoy docte- fons nous ^u'il ne nous rc|oiuc en la £>iacc
APRES LA Mort. 8^
qu*i! nous a marcjuéc ? En fin puis qu'il s'cft monftré à ceux qui ne le chcrchoicntpoiûr, pourquoy rcculeroit il fi loin de loy ceux qai le défirent aïkc des paflions 6c des aifc- (fl ions fi extrêmes ? Quand Marie fc icttaà fcs genoux pour l'embraffcr, iiiuy dit. Ne me touche point j cane ne fuiy point encore monte a mon Père, Sans doute pour ce que cette féme tfanf- poitcc daifedele voirrcllufcité, Icn vouloiCj comme on dit, féliciter, 6i luy congratuler dVne fi glorieufe vidloiic. Ec pour ce qu'elle ai les autres Difciples auoycrit eu iufqucs là quelque cfperânce> qUe le Seigneur dcmeu- reroit en terre auec eux, pour rétablir le Roy- aume àlfrael, elle fut rauie de ioyc, comme fi déformais il n y cuft plus rier^ eu qui peutt cmpcfcher qu'elle ne iouidde fa prcfencc à louhait, & qu*elle n'en côtentaft tous les dcfirs de fon ame. C'cft pourquoy il reprime cette ârdeur,6<:luy dit que cen'eft pascncorc faitj qu'illuy reftc encorde monter làhaut,auant qu'ils voyentraceôpliflcment de leurs efperan ces. Car (eton fa bonté & fa fagcfle admirable, il fçauoit ainfi difpenfer fcs adions ^ (es pro- pos à fcs fcruitcurs^Â: les accommoder pour vn
2é De l* est AT DES Fidèles
peu dctcmpsà la portée de leurs connoiflan^ CCS. Mais à cette heure qu'il efl monté là h a a t, poiarquoy en attendant qu'il en defcende pour rcfTjfcicer nos corps,nepermertroit il pas à nos cfprits de s'aller ictfcràfcspieds, &c defcraflàfi-rde la doucciouiffancedcfi prc- fcncc ? Toutes ces confidcratioRs (ans doute doiucnt faire vnc grande imprcfljon dcffus nos cfprits, mais ce qui les doit plénement pcrfuadcr cft, que TEfcriturc faiudtc nous y donne des tnfei^ncmcns tres»euidcns&tres indubitables. Choi-fiflonscn donc quelques pafTagcs bienexprés, &quircndcnt la chofc toute manifcfte.
S. Paul en cet endroit que iay allégué cy- dcflus, dit j c^uc fi (être lo^e terrejîre de nofire corps ejîdetruitCy nous auons njn édifice de par Dieu , ^Z/^- tioïr *vne maifon éternelle atix deux. Et nous auons veucy dcflus qu'il parle de ce quiarri- uc aux fidèles incontinent après la mort, ôc non pas feulement de ce qu'ils attcndcrtt en la refurreélion dernière. Dira t*on là que ce mot dcciepix fignificnon le lieu, mais la con- dition, c*cftà dire, que cette habitation foit appcUcc cclcftc, non pour ce qu'elle foit dans
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le ciel , mais pour ce qu'elle cft faintc Se licu- rcufc ? CfrccjGfla ne (c peut, ni ne fc doit. Car outre qu'il ne faut auoir recoursà ces in- terprétations qui paroiiTcnt vn peu forcées, fans vneabfoluc & invincible ncceiîîié,ildit qucceft vne maifon étemelle es cieux. Or la demeure du citt qui rft dcftinéc aux fidèles, peut bien cftrcappclléc etcrncHc , encore quVl faille que lésâmes la Isiffeut pourvn moment lorsdclarcrurrcâ:ion. Pourcc que les choies qui ne fc fot que pour fort peu de temps &par difpcnfation feulement, ntlontpcieit coijfi- derécs, &quVn fi petit interuallcn*cmpcfchc pas qu'on ne die qu on à toujours demeuré en mefme lieu. Comme pour faire vîa voyage àlacampagne,onncquittcpa5pcur cela fon domicile, Ôc quojr que les Anges viennent aflcs fouucnt en la terre, on ne laiiTc pas de les nommer les Angcsdcs cieux. Mais n lésâmes ctoyent en quelque lieu hors du ciel iufques au iourdc la rcfurrcâion, cette demeure de* uant cftre alors abandanncc à perpétuité, ne pourroit en aucune façon cftre appelléedccs nom d'éternelle^ Lcmefme Apoftre dit qu'il dcfirc de déloger 0 u^eftre auecChriJ}, d'autant
88 De l'estat des Fidèles qu'il luy cft beaucoup meilleur» Sans doute Icfus Chrift cft dans le ciel ; &fi Saint Paul n'euft crcu y aiîcr en mourant, mais dcuoir cftrc confiné en quelque autre lieu du mon- de que ce foit, hors de la prc(cncc du Sei- gneur, il ne fcfuftiamaisfcrui de ces termes. NoftrcScigneurpromct aularron quil (craie mefmeiourauccluy en Paradis. Or le Paradis cft dans le ciel j ^ fi noftrc Seigneur en cft rc- dcfccndu quafi toutaufTi toft pour (c rcUnir à fon corps, le larron fans doute y cft demeuré, luy qui n'auoit pas befoin de rcuenir en la ter. re.Au liurcdc lApocalypfccha. 14, ^f 4. tous les fidèles irépaflés font reprelcntés foubs le nombre de cent quarante dr quatre mille re- cueillis dedans le ciel, en la compagnie de l'Agneau, & le fuiuans en quelque part qu'il aille. Or n'y a t*il point d'apparence que Dieu cuft prcfcntc à (on Prophète dcsvifions de cette nature , pour la confolation & la confirmation de fcsenfans, fi elles çu0cnt efté contre la vérité descho(eSsEn TEpiftreaaxHe^ bricuxilcftditqucnous fornm.es venus à l'af- Icmblée & à l'Eglife des premiers nés qui font cnrollésdanslcscicux:oroan'enrolle pas des
bourgeois
APRES LA Mort. %
bourgeois en vncCitè, pour les reléguer puis après vn fort long- temps à la campagne. Encore cftil euidcnt que ce mot enroués fi- gnifieicy recueillis. Car il n'y a point de ma- tricules publiques dans le Ciel, ouonécriue cfFc6tiuement les noms & le* qualités des fidè- les. Mais pour ce que ceux qu on admet aux priuilegesd'vncbourgcoifie, ont accoutumé d'cftre enrollés premieremcnt^par cette façon de parler que i ay de- ja remarquée cy- deuant, ou ce qui précède eft mis pour ce qui fuit, & ce qui fuit pour ce qui précède, le* S. Autour appelle enrollés ceux qui font adlucllcment reccus dans la poffcflion de la Bourgeoifîe. Et véritablement il femble qu'il n'y ait aucu- ne raifon de douter d'vne chofe de laquelle il aplcu à Dieu donner des affcuran ces très- ex- prcflcs en tous Tes périodes de TEglife. Car pourquoy cftimons nous qu'il ait cnlcué EnocauamlaLoy, & Elie pendant l*Econo- mie de la Loy,&IcfusChriftdefrou$rEuan- gilc, fi apparemment, fi manifeftement, que nul n'a peu hcficer qu'ils n'ayent cfté tranfpor- tciaucicl, finon afin que nous y éleuaflions après eux nos dcfirs ^ nospenfées ^ le fcay
5>0 De LESTAT DES FiDELES
bien que cela à va égard particulier à i'cfpc- rancc de Iarcfurrc6tiofi. Mais ic maiaticns auflîquô Dicufi'auroit poiot attiré les cœnts des hommes à luy fi viîiblcracut , s*il cuft eu intention de commander à leurs cfprits à leur réparation d'aucc le corps, de demeurer ie ne , fçîy ou , bien loia du lieu dont il Icur^iuoit excite de fî belles &: de fi fortes elpcrâiices. Ec ccboriDieuquiacutant de foin de pouruoir en toutes manières au foulagemcnt de noftrc foy, ne nous auroit pas commandé de nous crabarqucrauec tant de courage ôc de rcfôlu- tion defTus vne fi fâchcufe mer, & fi plénc de tcncbrcs de de gouffres quaft la mort, s'il ne nous auoit clairement monftré le port ou nos amcs doiucnt furgir après des agitations fi tur- bulentes.
L'autre point touchant les degrés de la bea-^ titudc des e(prits qui font recueillis au; ciel, cft pour donner vn peu d'auantage de difficulté, foit pour rechercher foigneufement ce qui s'en peut dire par la Parole de Dieu , laquelle n'en parle pas fi difcrtemcnt , fi^it pour nous tenir modeftcmcnt dans les termes de ce qu'el- le en a rcuclc, & de ce que nous en pouuons
APRES LA MoBvT^ ^t
comprendre par l'analogie de la foy , fans pat fer au delà de fes bornes. le tafclicray néant- moins à faire cxaftcmcnt & Tvn & lautrc. Il faut icy pof cr pour fondement de noftrc pro- pos, que les cfprits des Fidèles jfont mis par la mort en leftat d'vnc parfaite fanâification, puis qu'ils entrent dedans le cicL Car là il n en- tre aucune chofc pollue uifoiiilléc. EnçfFsél, vcu que le péché confiftc ou dans les afFc- (Sbions du corps , que les Ecoles appellent ïraf- cible & Concupifciblcj oudans les habitudes del'cfprit mcfmc, ôidans les manaaifcs dif- pofitions de rcntendemcnt &c de la vq!onté,la mordes a dcu affranchir de la fujcttion aux vnes& aux autres. Car premièrement TAme cftant deliurée du corps , ne peut plus eftre Tu- jette à Tes affcdions. £t c'eft là entr'autrcs la raifon pour laquelle nous mourons, que les affe6lions &: conuoitKcs de nos membres , qui n ont peu eftrc abfolumcnt moriifiécs par la grâce de la fan(^ificatlon que nous rcceuons icy bas , foy cnt enticrcmem éteintes par la dc-^ ftruélion&la diffolution des membres mef- mes. Ce qu'il fcmble que l'Apoftre vuciîlcfi- gnifitr quand il dit,^e le corps eftmort d caujç dit
i« De l'estat des Fidèles pèche , c*cfl: a dire mortel , ou aiTujctti à la rr;ort^ afin que le péché s'y éteigne. Puis après , pour ce qui cft des habitudes de rcfprit, comme ça eftéccluy de Dieu qui a commencé de Icsdifli» pcr dés icy bas , afin d'y en mettre de mcilleu- rc% auflicft-celuy mcfmc qui nous en net- toyé tout a fait après la mortj& qui nous doTi- nc l'empreinte d'vnc faintcté parfaite. Or la parfaite fainteté prc(uppofc ncccflaircmcnt quelque perfection en la connoiffincc. Car nous fommes ainfi composés que c'cft de la lumière qui cft ea noftrc intelligence , que naift l'amour & l'affection dansnos volontés. Et cette conftitution eftanc cfTcnticlle à nos âmes, & par confcquent abfolumcat infepa- rablcd'auecclles, en quelque lieu & en quel- que cftat qu'elles foycnt, il faut qu'elles loycnt telles auffi bien après que dcuant leur fcpara- tion d'aucc le corps. Car il ne (c peut pas con- <:euoir ni que nous aimions les chofes que nous ne connoiffons du tout point; ni que nous n'aimions pas celles que nous connoif- fons vcritablemcat cftre aimables -, ni que nous ne les aimions pas ou plus ou moins, à propprtion de ce que nous les connoiflens*
APRES xA Mort $j
Cependant la pcrfctSlion de la connoiiTaacc dépend de deux chofes ; lync cft lobjcc qui nous cft prcfcnté ; èc l'autre la manière en laquelle nows le receuons. L'objet auroic beau nous efire prcfentc d Vne façon exccllea- te,finousnefommesbiendifposés à le recc- uoir , l'cffed qu*il dcuroit produire en nos âmes , ne fe produit pas. Et de l'autre coftc nous aurions beau eftrc bien dif posés à le re- ceuoir, s'il ne nous eft prefenté de bonne for J te, nous nen pouuons pas tirer les lumières que nous en tirerions autrement. Or quant à cequicftdeladifpofition des facultés de nos âmes, nous fuppofons icy qu'elles font après la mort parfaitement bien conftituées, puis qu'elles lont dcliurécs du péché par l'extin- âion des conuoitifcs du corps , ôc rendues par la prefencc de l'efprit incomparablement plus fortes & plus lumineufes qu'elles ne peuucnt cfirc naturellement. Rcftc donc maintenant que nous confiderions quel peut eftre Tobjct qui fc prefenté à contempler a des Ames ainfi difposces.
Il me (embie qu'on peut dire hardiment qu'il y en a ncccffaircment de trois fortes. Le
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94 Del^estat des Fidèles premier dcpcnd de la fouiicnaHCc des chofcs que nos amcs pcuucnt auoir connues pcadant la vie. Le fécond confiftc aux œuurcs de Dieu quifc prcfcBtenc à leurs ycux- Le troifiémc lînalcnicn.gift es pcrfonnes qu'elles pcuuent voir, & en la communication quelles peu- ucnt auoir là haut auec les autres cfprits qui s y rrouuent auec elles. Or pour ce qui cft de la fouuenance , ic pcnfc qu'il n'y a pcrfonnc qui neconçoiue aisément que nous en auons de deux fortes. Car il y en a vne qui confifte à re- tenir les chofes fingulicres &fenfîbles , auec leurs particularités & leurs circonftances, fé- lon Icfquelles nos mémoires en ont reçcules images, que nous rappelions dans la faataific lors que les occâfions s'en prcfcnteMt, ou lors que nos efprits fe portent a les rechercher. Car il n'y aperfonnc qui ue (cache par expérience que c*cftqae retaftcr fa mémoire, pouryrc- trouucr les idées de diuerfcs chofcs fcnfiblcs qu'on y a mifc$cnrcferuc,à peu près comme fi on repaffoit les yeux fur les pièces de fon cabinet, pour y en retrouucr quelcunedont on a prefen£cm.cnt à faire. Mais il y en a auffi vnc autre qui confiftc à retenir les chofcç plus
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VHiuerfcIlcs, & qui font établies en raifonnc^ mens. Car il n y a gucrcs de gens non plus ou quin'aycnt faitjOuquin'aycntpcu faire cette cbferuâtion en eux mcfmcs, qu'après auoir ce fcmblc tellement oublié certaines conclu- fions que nous auons fceuës autrefois , que d'abord elles ne fcprefentcntpas à noftrcpcn-* lée, lors que nous venons à confid^rerattcnti- ucmcnt les principes defquclles elles dépen- doyent, nousrctrouuons incontinent les tra- ces de nosraifonncmens, &i retournons lans aucune difficulté aux con(equcnces que nous cnauions tirées. De forte qu'il y a pareille différence entre va homme qui n*a iamais fceu vnc (cieijcc , & vn autre qui la fccue, & a qui la difcontinuation d'y méditer ca a vn peu ob- fcurci les idées en rcntendemcmt, qu entre vn homme qui n'a iamais cfté cnvnpays,& va autre qurapres Tauoir connu exaâiement, s'en eft élongnè quelque peu d'années. L'vnà beaucoup de pcue à en acquérir la connoiffan- cc, &c pour peu qu'il s*écartc de fa route , le voila dcforiemé. L autre s'y rcconnoift in- continent, ôc la moindre chofe qui fe pre- fcntc dcuant fcs yeux ^ luy remet cij la mcmoi-
^6 De l'estat des Fidèles rcladifpofition de tout vn pays, &par'ma^ nicrc de dire luy repeint dedans rcfprit la car- te d'vnc Prouince, Quant à cette première forte demcmoire, c'eft vne faculté corporelle en nous,dcquoy ie neveux autre argument lînon qu'elle fe trouuc dans les bcftes. Ilcft 'bien vray que comme la plufpart des facultés que nous auons communes aucc les animaux, font plus excellentes en nous , noftre mémoi- re cft fans doute plus ferme & plus capable que la leur, ôc noftre imagination plus pure dc plus lumineufe. Mais tant y a que les chiens &lcscheuaux,&leselephans, &c les renards, reconnoiflent vne infinité de chofcs par leurs iîgurc$& par leurs couleurs, & par les autres marques fenfibles de cette forte j & fe void mefmes qu'ils agiffcntquclquesfois de fimplc mémoire , quoy qu'ils n'ayent pas les objets dcuantlcsfens. Partant puis que c'eft vne fa-^ culte corporelle, il eft à prefumcr que la more a grande puiflance deflus clle,lors qu'elle vient à diflbudré & à ruiner vniuerfcllcment tous les organes du corps. Ainfi ie ne doute pas que nos âmes n'oublient à leur départ vne infinité de menues fing;ularitès ôcdc pamcularités dc " . "^ ——— - chofes
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chofcsfcnfiblcs, dont nous nous fouuenons aisément tandis que nous fommcs viuans. Mais quant à l'autre , pour ce que c cft vnc Puiflanecdc Tame mcfmc, entant quellcefl: douce derai(ohnement,iIfaut trcs-ccrtaine-^ ment quelle demeure. De façon qu'il ne faut nullement reu.oquér en doute quelles ne fc fouuiennent qu'elles ont icy veu vn monde,(3<: qu'ellesy ont appris par la prédication de i'E- uangile, que le Fils de Dieu y eft venu pour fauucr les pécheurs. Il leur fouuicnt qu'il y a vne Eglifc enla terre, & qu'elles en ont cfté membres, ayant creu en ce Rédempteur j ô^ généralement toutes les doctrines Euangcli- quesdontellesonteftéimbuëspourleurcon-
fdlation & pour leur falut, leur demeurent très- fixement imprimées en la fouuenance. Et qu'il en foit ainfi il en appert par le liure de rApocalypfe,ou le S. Efprit leur attribue & fouuenance de leurs martyres, & charité pour TEgiife, & gratitude enuers Dieu & cnuers l'Agneau, pour le bénéfice de leur rédem- ption, &chofcsfemblables. Sur quoy i'cfti^ me qu'il eft ncceffaire de faire deux confidera- tions La première cft , que fi en la prédication
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ordinaire de l'Euangilc , ou en l'cftudc dès chofcs qui concernent la religion , les efprits- des fiJcics oac rèçcu quelques imprefîions moins véritables qu'il ne fcroit à défi rer(coni- me il n'y anulii auancé cnla connoilîanccde. cette diuinc vérité, qui ne fe trompe en diucrs rciiconnes) en mourant ilsfcdcliurcntdcGcs erreurs. Car ce qui fai; que nous nous trom- pons maintenant en ces mâcicres, ccft qu'en- core que nous croyions bien les principaux Se fondamentaux articles de la religion, & que fi nous fçauions bien tirer nos raifonnemcnsdc ces principes, nous nous garderions afieuré- ment de ces fauflcs imprcilions, fi clKccquc nous commettons diucrfes fautes en la con- duite de noftrc raifon, 6c que nous ioigndns cnfemblc des créances malaccordantes, dont nous n appcrccuos pas la diffonancc Ôc la con- tradidlion. Car outre que naturcllcmcntil y â depuis le péché quelque foiblcflc en noftre fa- cuire de difcourir,& notamment quand il cfl: queftion des chofes vn peu élongnécs<lc leurs ' principes, nous y nicflons nospaffions&nos intcrcfts , & nous laiiTons aifémcnt emporter à cette opiniaftrccé naturelle, qui nousfairre-
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tenir les chofcs que nous auons vnc fois prc- conceuës, mcfmcs fans apparence de raifon. Lésâmes fidèles donc cftant dcliurées,non de l'embarras du corps feulement, mais aufïi de toutes fortes de vices & de pallions, Ôc douces par la prcfencc de l'Efprit d'vnc lumic - re toute nouucllc, n'ont alors aucune pêne à difcernerle vray d'aucc le faux, niparconfc- qucnt à fe dcliurcr de toutes les fauffcs opi- nions dont elles pcuucnt auoir efté prcus- îîues. La féconde confidcration eft qu'enco- re que nous ayons cfté imbus de la créance des vérités fondamentales deTEuangilc, fi ne les comprenons nous pas encore aflés parfaite- ment. Il demeure toujours quelques ténè- bres en nos conceptions, toujours quelques reftes d'incrédulité qui choquent tantoftdeqa tantoft delà les chofes que la Parole de Dicy a établies en noftre créance. Au lieu que les amcsfcparéesvoyent toutes ces veritts fi net- tement, qu'il ne rcftc plus aucun nuage en leurconnoiffance. Ainfi elles perdent leurs erreurs, fi elles en auoyent auparauant, elles retiennent les créances des chofcs certain es & véritables, quelles auoyent déjà rcceucs dc^
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dans leurs cnicndciTicnSjô^ ces melmesobicts là qu'elles connoifloycnt déjà , elles les ap- pcrçoiucnt d'vnc vciië incomparablement plus diftindc,&plus parfaite, & plus claire- ment illuminée.
Pour ce qui cft des œuurcs de Dieu, qui leur fonrprcfcntécsà contempler, ficlicsdcmcu- roycnc dans l'enceinte de ce monde élémen- taire , il fcroic à prclumcr que veillant 6c agif- fant, comme nous le prefuppororiS,cllcivac- qucroyent en grande particà la contempla- tion des plus belles chofcs de rVniucrs, afin d'y rcmaïqucr les mcrucillcs des vertus de leur auteur. Commeiccroyqu*il ne faut pas dou- ter quelcs Angesquc Dieu employcdr^adclà en toutes les parties du monde , n'en ay ent tiré vnc infinité de belles & excellentes connoif- fances. Icncfçaymefmes fi loferois dire que comme l'Apoftrc nous enfcigncquc les Anges afliltcntcn nos affcmblécs, àcaufcdcquoyil veut que les femmes s'y tiennent en cftat d'hu- milité,pour n'offcnfec pas Icursycux par quel- que indécence , les amcs s'y trouueroycnt aufli volontiers pour entretenir tant qu'elles pour- royentâuec nous vnc Uintecômunion. Mais
APRES LA Mort. loï
nousauons déjà & dit & prouué quelles font rccufillics dedans le ciel , & mcfmcs dedans ce Cicloucft noftrc Seigneur lefus en gloire & en magnificence. Or n'cft-cepasmoninten- tiondc rechercher foigncuiemcnt comment cfl fait ce ciel li. Et ceux qui (c lailTcnt empor- ter à rcflbrdc leurs fpcculations cntcilcma» ticrc, méritent beaucoup plus de blâme de tc- mcniéôc de prefomption, qucdcloùmgedc fubtilité ou de foblimité en leurs pcnfees. le diray feulement deux chofcs qui ne peuucnt cfirc accufées de trop dccuriofîté, LVnceft que fi comme en montant de la terre aux par- ties plus cleuées du monde , nous trouuons qu'il fe va toujours embelliilant , que l'eau cft plus tranfparentc que la terre , l'air plus tranf- parentquc Teau, le feu plus pur que Tair, les cieux plus purs & plus lumineux que le feu en- core, nous nous figurons, ainfi qu'il cft bien raifonnable, que cela va toujours de mefmcsà proportion, affcurément les cieux des cieux doiuentcftrc incomparablement plus beaux &dVncftruélure plus excellente. L'autre cft, que fi Dieu ayant crée ce bas monde pour eftrc l'habitation de rhonjmc, l'a ncantmoins fait
"^ " Ni'
rot De LESTAT DES Fidèles fi beau, que de quelque cofté que nousj tour- nions les yeux, fi nous yfommcs attentifs, nous y trouuons fuict nonde (atisfadion feu- lement, mais d'admiration encore , afTcuré- ment puis qu*il a choifî ce ciel U pour (on ha- bitation, il faut que toute la confcicution en foit infisiment plus gloricufc.Sur quoy ic fais cette confideration. Vn Philofophc Payca cft autre fois entré en cette pensée, que fi qucU . cun auoit efté nourri iufqucs à l'aage de vmgt- cinqans en quelque caucrne ou il ne vift point Ieiour,& ouilncpcuft rien apprendre ni de la forme du monde, nidcschofcs qui s'y fonr, &que tout à coup on vint à le tirer de là& à luy monftrcrlcscicux, la terre, le folcil , la lune, Icseftoiles, lesniiécs, la force des vcns, &gcneralcment toutccqu*il y peut auoir de particulièrement reconnoiflablc en toutes les parties de la Nature, il eft indubitable qu*i! en cntreroiten vnc iouuerainc admiration , ôc qu'ils ccricroit incontinent que c*eft i'ouura- gc& l'habitation des Dieux me fmes. Et n'y a pcrlonnc qui confidere la chofe comme il faut , qui ne comprenne aisément que ce Phi J lofophe a eu raifon. Car cncor que l'accoufliî--
APRES LA Mort, lôy
mancc de voir tous ces mcrucillcux obictf, nous en diminue radmiration , fi cft-cc de là que toutes les Nations oût premièrement ap- prisqu'ilyavn certain Eftreinfinij qui parla fagcffe de fon cntendement,& par la puiÔancc de (a main a donné Tcftrc à toutes chofes. Que dcuons nous donc pcnfcr des rauifTcmens que lésâmes des fiiclesfcntcnr, lorsqu'cftaBt de- liurées des liens de ce corps, & portées là haut cntrcics mains des faints Anges , après auoir trauenétoutc l'ccenduë des airs, & p a (Té ces grands ^immcnfcscrpaces des fpheres celc- iïcsyôc contemplé de prés la vafte & prodi- gicufcgrandcur^&lafplendeurémcraeillablc du folcil & des autres aftres , elles viennent à entrer en ce magnifique Palais ou Dieu & no- ftre Seigneur leïus habitent en gloire ? Lors que lacob vit vne échelle qui atteignoit de la terreaux cicux, & les Anges qui montoyenc &quidcfccndoyent dcflus, il s écria que c*c- floitlamaîfondcDieUjOu au moins certes la porte des cicux , ôc témoigna que ce lieu fi vé- nérable luyrcmphfToit Icfprittout cnfembic demerueilîc& dc^trcmeur. Dauid met entre fcs plus ardents fouhaits , ccluy de pouuoir
j04 De l*estat des Fidèles entrer dans le Tabernacle de rEccrnelj & dy contempler de tous les codés les merucilles quiyrcluifcnt. Et véritablement ie ne douce pasc]uccelpcâ:aclc ne fuft capable de com- bler rcfpritd'vn indicible contentement, tant la matière yauoit elle mefmc d'éclat, Ôc tant louurage&Ie dcflcin y furpaiïbit la matière encore. Maisncantmoinsqu*eft ce tout cela au prix de ce que nous pouuons prefumcr des cieux des cicux , & des miracles qui de toutes partsyéclattent? Lors qu'on vilîte les Palais des Rois, la fomptuofiiê de leurs bâtimcnsja pompe de leurs lambris , la varicté de leurs peintures , la richcffe de leurs tapiflcrics , la ra- reté de leurs ftatuës,& la (upcrbe grandeur de leurs colomnes & de leurs Arcs, «donne vn plaifir merueillcufcment fcnfiblc à tout hom- me qui ade$yeux,&quin*a pas les fcntimcns intérieurs entièrement ftupidcs ni hébétés. Ceux qui font fçauans dans les arts, & qui en- tendent bicnrÀrchitcdure , la Peinture, la Statuaire , la Broderie, & les autres chofcs de cette nature , y prennent beaucoup plus de contentement que les autres, pource qu'ils dé- couurent toutes les beautés qui font dedans
leurs
APRES LA Mort. lo;
leurs obiets , & que les traits les plus f ubtils , & les gciatilleflcs les plus délicates ne leur peu- uenc échapper. Au lieu que le commun ny remarque que le diuers éclat des couleurs, quelque ordre & quelque agencement g^^nc- rai, que les plusgroffiers ne peuuent ignorer, ôc dedans tel ou tel pourtrait quelque reffem- blance à des perfonncs qa^on a autrefois eaui- fagées. S'il y a des hiftoires& des emblèmes, des énigmes &:dcs dcuifcs dans lestapiflcriçs &dans les peintures , ceux qui font verfcs es belles lettres , ôc qui fe piquent ou de viuacité d efprit , ou de la connoiflancc des hiftoires & des fables , y reçoiuent encore beaucoup da- uantagedc fatisfadion, s'ils peuuent déch'f-» frer ce qui y cft cnueIoppé,& pénétrer iu fqi • au fonds ce dont les autres napperçoiucnt q - récorce. Et fi auec tant d autres reuclations TEfprit de Prophétie auoit donné à Dauid quelque intelligence des my fteres quicftoyen t voilés fous les types & les allégories du Vieil Teftamcnt , i'cftime qu enla contemplation du Tabernacle, ni le prix de la matière dont il cftoit compofé,ni la diuine induftrie que Bet- falcel & Aholiaby auoyent apportée, n*cuft
10^ De L*ESTAT DES FlDELE$
pas à beaucoup prés tant contente fcs fcns nî fon. entendement, qu'il cuft fcnti de rauifTc-* ment par la mcrucillc de la fapience aucc la- quelle Dieu auoit conduit le dcuis de toutes ces chofes, pour en reprefcnicr d'autres fans comparaifon plus exccilciîtes , qui cftoyent encore cachées dans les ténèbres de laucnir. Figurés vous donc vne A nie, premièrement déjà teinte des vérités du Chriftianifme , & c{- purée de toutes les faulFcs imprefiions qu'on y peut auoir me fiées, puis après extraordinairc- mcnt éclairée des lumières de l'Efprit de Dicu^ ôc par cenioycn rendus capable de tout ce dont peuuentcftrc capables les plus fublimes intelligences, eftrc in troduite dedans ce lieu fi plein de magnificence ôc de fplcndcur , ôc y rencontrer le corps de ce dont le fanâuaire du Tabernacle d'autrefois n auoit que les ombxcs. Si vous le faites , ie m'afTcure que tant s'en faut que vous puiflîésconceuoir tout le contente- ment quelle y a,quc vous nef çauriés y arrcfter attcntiucmcnt voflre efprit, qu'il n'ydcmcurc englouti j &qu'il ne fuccotnbc fous l'admira- tion des connoifrancesqu'ellcyacquiert, en- core que vousncicspuifliéspas coraprendrr.
APRES LA MORT^ I07
vRcftclctroifiémc de CCS objets, quicftia prc- fcncG du Seigneur ïcfuSjôd laxorpmunicatioa aucclcscfprits bien- hcarcLu&: les (ain ts An-
Pour commencer par là , comme i'eftime qu'il ncfautpa* douter que les Anges ne puil- fcntauoir c6municationcntr'eux,aufli ticns- fjc pour certain que les efprits bien heureux en peuucntauoir demelmes, &quc les Ames èc les Angesen pcuuenc encore entretenir réci- proquement. Quelle eft la façon de cette communication, c'cft chofe auffi difficile à ^ expliquer, que la nature des A nges mcfmes , de de la fubftance des efprits, Car telle qucft la nature des cliofes , telle eft la condition de leurs opérations, 6c nul n'expliquera iamais bien l'vn , s'il n'a premièrement parfaitement compris ce que ce peut eftrc que de l'autre. Maiscncore qu'on n'en entende pas bien le cowwewr, on ne laifTe pas d eft rcplénement af- fcurédcla vérité de la chofe en elle mefm';. Toute nature créée aucc intelligencc,eft en- cline à la focieté, corne auffi d'autre co (le au- cunes chofes n'ont entr'ellcsde vrayc focieté, iînon celles qui font doiiécs d'intelligence.
ic8 Del*estatdes Fidèles
Ccft pourquoy d'entre tous les animaux le fcul homme cft vraycment politique & focia- ble.Comme donc auecrintclIigeHCc,mais qui cft enfermée dedans vn corps , Dieu nous a donnélaparol€,quieft vn inftrument cor- porel pour communiquer entre nousjainfi aux fubPcanccsfcparécs des corps, mais douées d'intclîigencc pourtant , il a donne quelque faculté d'entretenir commerce & (ocicté^bien que cette faculté ne foit pas corporelle. Et ceux quii'imaginent que ni les Anges, ni les amcs ncfc pcuucnt mouuoir finon par Icn- trcmifcd'vn corps, ni fcdécouurirlesvns aux autres leurs pensées &c leurs fcntimcns , finon parle moyen de quelque inftrument corpo* rcl, pour ne rien dire dauantagc , font fem^ blant d'entendre ce qu'ils n'entendent pas.Car puis qu'ils ofent déterminer de la nature des facultés des efprits, & de la façon de leurs ope-' rations , il faut qu'ils fe prcfumcntauGir cxa- âcment ôc parfaitement compris la condi- tion des fubftanccs purement fpirituclles. En ce donc qu'aux Anges , & aux efprits qx^ifont recueillis au ciel, leliure de l'Apocalyple at- tribue /ne voix qui dit fans ccflc, Saint, Saint ,
APRES LA Mort.' 109
Saint yle Seigneur Dientout pmjfant^êc , Seigneur îtt es digne de receuoir honneur , ^ fuijjancey car îh as crée tontes thofes y Q^ ^ta ^volonté illesjcnt^tyr ont efrécrecei 5 & derechef. Tu as efté occis ,^ notts as rachetés à DïeUy de tonte tribu^^ langue ^ ^peuple, f^ nation , ^ nom as faits Rcys ^ Sacrificateurs à noftre Dieu ; il y a deux chofcsdiftincSlcs. L Vnc cft la voix tncfmc , que S. lean fc rcprcfcnrc comme fi elle pouuoit eftre ouïe des ©rcilles du corps : L'autre cilla chofc fignifiée parla voix,entant qu elle le prcfcntc à rintelligencc. Or pour ce qui cft de leur attribuer vne voix, cVft vnc chofe (y mbolique , accommodée à la façon des vifions des Prophètes, & qui ne doit pas neccflairemcnt eftre prifc,commc fi réelle- ment ôc de fait les Anges & les efprits bien- heureux auoyent ainfi cric. Les Anges nous foat bien à la. vérité rcprcfentés en TEcritu- re {aintc , comme parlans quelques fois aux hommes , & comme formans des fons en Tair, ainfi qu*il arriua en la publication de la Loy dciTus la montagne. Et il cft certain qu ils ont affés de puiffancc & d'sdiuitc dcflus les corpsclemcntaircSjpoury imprimer desima- ges & des fons quand il cft expédient, & pour
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né APRES LA MoRt]^
ics articuler de telle façon , que nos oreilles
font capables de les recevoir , Se de les prcfcn- ter à nos efprics aucc intelligence. Mais il y a très- grande apparence que toutes les chofcs que S. lean nous rapporte là , (ont des vifions dont les idées n*ont eu de fubliftance finon autant que rEfprit de Dieu leur en a donné dans Ion imagination ; 6i non des chofcs fi réellement a rriuées, qu'elles aycntefté perce- ptible? mcfmcs à fcs fens corporels. Quant à ce qui y cft énoncé pir la voix , ily paroift vn cof^fentemcnt manifcfte à célébrer 6c la natu* rr,& les vertus , ôc les opérations de Dieu & de noftrc Seigneur Ie(us Clirift. Gr tout confen- tcmcnt de telle forte induit neceflairemcnt qucceux entre lefquels il fetrouue, ont con- noiffancc de l'intelligence & des mouuemcns les vns des autres. L'amc donc ne fe contente pasdevacquerà part à la contemplation 5^ a l'admiration des obfctsqui îuy font offcrts,el- IcencommuniqucauccfesfcmblableSi&elles toutes auec les Anges eonfpirent a cette occa- fion a rendre à Dieu les loiiangcs ëc les bcne- didions qu'il a méritées. S. Paul dit, qu en foa rauiffemcntau troifiémc Ciclilaouïdcspa-
APRES LA MOBcT.^ l^î
rôles &r des chofes quinc le pcuucnt exprimer, C'cft à dire, qu il ne les nous veut pas raconter, &c qu'il n'cft pas permis a qui les a ouïes d'en venir ou étonner les cfprits ou entretenir la curioficé des hommes. Car (ans doutcs'il fc fuft vnt fois laifTé aller à leur dire des nouuel- les de là hautjils eufiTcnt mis en oubli le myfte-J re de la Croix , & ic fuflent tellcmentalambi- qué Icfprit a rechercher comment cftfait le Paradis, qu'ils cuiTcat négligé Tintelligencc des moyens par Icfqucls il y faut môtcr. Pour- ce donc qu'il ne dit pas ce que c'cft,& que mef- me il nous a voulu celer de la bouche de qui il a ee tendu ces merueillcs^ il ne nous cil ni îoifi- ble de nousen enquérir, ni poffible d'en auoir dauantage de connoiffance que ce qu'il nous en donne. l'en veux feulement induire cela, qu'encore que Dieu ait eu vn mcrueilleux foin d'inftruireionEglifeicybas, ôc que pour cet cfFcd il ait donné à fes Prophètes & a fes A po- ftresdcs lumières incomparables, & qui excé- dent infiniment la fublimiîédes penfécs qui font iamais tombées en i'enctndcmcnt hu- main , fi eft- ce qu il s'entend dans les cieux des chofes encore plus rauiifantesjpuis que S.Paul
lit De l'estat des Fidèles qui nous explique les myftcrcs delà Religion h clairement , nous tient ces autres fccrets là caches, comme furpaATans de bica loin noftrc condition de maintenant , & la capacité de lîoftrc intelligence.
Quant à ce qui cft de la prefcnce de noftre Seigneur, comme on ne regarde pas volon- tiers le Soleil dircdcment en luy mefme,dau~ tant que de l'éclat de fa lumière il cblouïroit les yeux 5 ccft pourquoy on contemple plu- ftoftfonimagcenl'eaUjOafa fplcndcurcftdc beaucoup moins brillante 5 ainfi ie n'ofe arrc- fter mon cfprità la contemplation des idées de fon corps , tel que nous le nous pouuons fi- gurer eftre maintenant là haut, èc croy qu'il vaudra mieux en chercher quelque reprclen- tation ailleurs , ou fa gloire donaera moins d'éblouiffement & de confufiona ma penfée. Les Euangcliftes nous rapportent qu*il a elle vne fois transfiguré fur la montagne en la prc* fence de S.Pierre, de S. lacqucs & de S. Ican , ôc que fa face deuint refplendiflante comme le Soleil, & (es veftçmens blancs ôcluifans c5mc la lumière. Ce ne fut pourtant quvn cflay de fa glorification ^ comme on fait quelques fois
vnc
APRES LA Mort. 113 vncimagrdaSoIcildcdansIanuid, par Tin- ucntion de quelque artifice. Et neantmoins S. Pierre en demeura tellement raui en admi- ration, qu encore qu'il ny fuccombaft pas tout à fait, fi parut il bien à fcs propos que fou entendement chanccloit deffouSj& quiln*c- ftoit pas capable de foûtcnir le poids dVn fi glorieux fpcdacle. Que peut ce donc cftrc dvn ciprit parhitcmcnt épure des intirmites de la nature & du corpsj quand il vient à con- templer le Seigneur Icfus dedans le Ciel en la magnificence dont il y rayonne ? Il n'y a pas vn d^entre nous qui lifant l'hiftoire du S, £uangile,&: y remarquant les propos du Sei- gneur, la douceur & la fapience de fa conucr- fationjla merucille de fcs a^ions,le rccit de fcs miracles, & touteccttediuinc conduite dont nous auons la dcfcription dans le Nouueau Tcftament, ncftime ceux là bien-heureux qui ont eu Thonneur, non feulement de con- ucrfer auec luy familièrement, comme les Difciples ont fait, mais de toucher feulement les habiUemcJOs, & voir ce vifage fi plein d'vnc incomparable douceur , & dVnc auguftc Majcfté tout cnfcmblc. Si cft- ce qu'alors il "■■'""' ■ ' ' P
114 DELESTAT DES FlDELES
clloit encore enuironné d'infirmité, & qu*il portoit toujours aucc foy des prcfagcs de fa croix 6c de fa paffion ignominicufc* Que pcut-cc donceftrcdVncamc bien hcareufc, quand clic vient à fc prefcntcrdcuant luy, & qu'elle fc void en cet état qui conuicnt à ccluy qui cft artis à la dcx tre de Dieu en vne puifTan- ce infinie? Et fi nous qui auonslcsycux fi foi -| blcs, ôc les entcndcmens fi ténébreux, ne tom- bons point (ur ces parolcs,ou il cft dit,qu*il cft la rcjflendcur de la gloire de fon Père y (y la marque cjuï po>te vne emfrawte profonde & ineffaçable de fa Puiffancc & de fon autorité, que l'éclat de CCS cxprcffion$,&rla(plendeur dcspenfécs qu elles produifcnt en nos amcs, ne nous don- ne d'extraordinaires mouucmcns ; que doit ce cftre de rafpedldc cet objet fi glorieux, lors que Tamc feparéc applique à le contempler vne intelligence fi lumineufc ? Là feramcn- toitclleindubitâblcmcnt ce que le S. Euan- gile luy en auoit appris icy bas. Là entre t'cllc cnces difcours,fi au moins l'cfforr que nous yi faifons,peu£ atteindre à reprefentcr quelcunc dcfcspcnfées. Ccft,ditçlle,celuyquiavcftu noftrc nature aucc les infirmités : mais qui par
APRES LA Mort, îjj
farcfurrc6lion,&par Ton afccnfionicy haut aconuercifcsinfirmiccs en gloire. Ccftceluy ^ui a conucrlé là bas en cftat cpntcmptibic entre les humains, & le voila çflcué pardcffus la magnificenee de tous les Anges. C'cft ccUiy qui a fouffert la contradiction des pécheurs, mais il reçoit maintenant les applaudiflcmcns Se la vénération de tous les habitans des cicux, C cft celuy qui a cfté ignomincufement eften- -dudcdans vne croix, mais que toutes creatu- :rcs confiderenc maintenant auecvnc trem- blante reucrencc. Ceft celuy qui a la bas fouf- îfcrt la mort, mais qui tient maintenant en fa mainlaviedctouteschofes, & la fubfiftanec de rVniuers. Ceft celuy qu on a veu cou- ché dans les ténèbres ducombcau,encompa- raifondc qui maintenant la fplendeur du So- leil cft comme vne ombre. Ceft celuy qu on ■ 2 creu indigne que la terre le portaft, qui ïnaintenant marche deflus les cieux des cieux, ôc fous les pas de qui toute la machine du toonde fléchit. Ceft celuy en qui i*ay creu au- trefois à la vérité, mais dVncfoy toujours im- parfaite, toujours tachée de quelques tcne^ brcs, toujours mcfléc de quelques relies dln-
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ri6 De LESTAT DES Fidèles €redu!ité,quc ic voy maintenant tout àdé- coui2crt,& qu'il m'cft permis d'approcher fsns cpouuantcmcnt , où de contempler face à face.
Apres auoirainfi tellement quellemcnt rc-_ prcfcnté quelle eft Tcxcellence des connoif- fances que l'Ame fi Jcle acquiert lors qu'elle cil rcccuë dedans le ciel, il n'cft pas bcfoinqusic m'arrcftc beaucoup à examiner qu'elle eft la mefurcdcîa félicité dontelley iouït. Caria félicité confiftc tant en l'abfcnce des maux qu'en la iouïffance des biens qui répugnent ou qui eonuiennent à la nature descftres qu'on appelle de ce nom d'heureux. Et pour ce qui eft des maux, il n'en entre point dedans le ciel: ce qui eft déjà vn merueillcufement grand bon heur, pour vnc nature fcnfiblc comme lanoftre.Q£antauxbiens,quelspeuuenteftrc ceux qui eonuiennent à vnc amc ra^lonnablc &:feparécdu corps pourtant ? Ctrtcs com- me le bien de l'œil confiftc à voir des chofcs agréables, & le bien de l'oreille à ouïr des fons plaifans & harmonieux, ôc gcncrakment le bien detous les autres (es, a s'exercer dcffus les objets que la nature leur ad^ftinés, auecplai^'
APRES LA MOBwT. II?
fir& contentement, le bien de l'amc fcparéc confilU en loperation conucnabic de Ces fa« cultes fur les plus cxccllcns objets qui luy peuucnteftre prefentcs,^ cnla ioycquis'cn doit enfniurc. Son intelligence donc eftanc &fi parfaitement purifiée en clic mcfmc, ôc remplie delà prclencc de fi admirables objctSj fa fclicité en cet égard cft proportionnée à l'excellence de fon opération , de des contem- plations dans Icfquellcs elle eft continuel^- ment occupée- Si donc ceux qui ont quel- que femencede gcnerofité, & quelque chofc de beau en l'amc, eftiment ceux labien-heu-^ rcux qui ont acquis quelque vfage des fcien- ces aufquelles les hommes s'adonnent ordi- nairement ; & que neantmoins vn excellent PhiloTophe ait eu raifon de dire qu vne goutc de la connoiflancc delà naturedcseorpscc- leftcs , cft^us à fouhaitter àcaufc delano- blcflc de le A eftre ê>c de Tauantsgç de leur vti- lité, que toutes les fciences que les hommes ont formées fur les autres cftres dcPvniuers, combien doit cftrc hcureufc cette amc q<:3i co4inoift fi parfaitement des cho(cs dont la dignité excelle autant par dcifus le Soleil d^
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îi8 De l'esitat des FrnFxEs les aurrcs^adr^s des cicuxqu*ils font plus di- gnes d-eftrc cfiimés qucncfonc tous les autres corps de CCS régions clementaircs ? Et fi nulle de nos facultés ne fe déployé en Tes fondions dVnc façon conucnablcfur dcsfujctsquiluy foycnt bien proporr ionés,qu'cllc n'en reçoiuc quelque (cnfiblc volupté, quelle peut cftrcla 'fatisfadion que Tamc fidèle reçoit d'exercer ainfiinccffanrimcnt des opérations fi mcrucil- leufes? Certes le pUifir des oreilles 6c des yeux cft grand quand ils font remplis de quelques obiets dont la couleur , ou la figure , ou l'har- monie & la iuftciTc des proposions cft capa- ble de remplir raifonnablcmenc toute Tauidi- -té que la nature bien réglée a mi(e dans ces ifcntimcns. Carc'cften cela proprement que Hconfiftc la volupté, qumd les obiets qui font ^àu dehors de nous viênent à fe rencontrer dans nos facultés & s'appliquer à Tauidité ou à la capacité qui y eft , auec tant de proportion & d'égalité, quclemouuemcnt qu'ilsy excitent n'eftni trop languide , ni trop violent , mais dans vnc mcfure conuenable. Le plaifir de l'cfprit, quand il vacqûe auec fuccés à la con- templation des chofesintelic^luellcs, eft en-
APRES LA MORT^ ' il9
€oic beaucoup plus grand que ccluy des oreil- les ni des yeux , à proportion de ce que c'cft vnc plus noble faculté , que les chofcs fpiri- tucUcs font plus excellentes que les corps, & que par confcquent de leur rencontre reful- tcnt des opérations plus nettes &c plus exqui- fcs. D oii s'enfuit ncccflaircnicnt que quand les facultés de Tame font paruenues à ce point deperfedtion auquel elles fc furpaffent quafi autant elles mefmes lors quelles cftoycnt en Teftat de la nature, qu'en cet eftat de la natu- re elles furpafîcnt les oreilles & lesycux : & que les obicts qui luy font prefcntés ont autant ou plus de degrés de dignitépaK dciTus les choies intellcduellcs que nous conceuons ordinaire* ment , qu'elles en ont par dciTus les obicts fenfib!cs& corporels, il eft indubitable que la ioye & le contentement qui accompagne dcfî diuincs opérations, doit exceller infini- mt;nt par deffus celle que peut donner la conJ noiffance la plusparfaitedcsfcienceslcs plus rcleuccs. L'intelligence cftant remplie de fi bcl!es connoiffanccs , il faut neceiTaircmcnt que la volonté foit pléne dVn merucillcufc^ ment ardent amour cnucrs les objets dont cl-
Il© D'e L*ESTAT des FiDELEf
IcsnaifTcnt. Caries belles cho{cs attirent nos afFc6lions à caufc d'elles mcfmcs,& méritent noftrcamourparIcrculrr{pc(Sbdc leur beau- té- Etlcconccntcnicnrquc nous prcnonsà les connoiftre, fait que nous les aimons encore à caufe de nous. Pource que nous nous aimons nous mefmcs,nous ne pouuonsquc nous nc- ftimionsencctcgardcc qui nous apporte de lafatisfadlion Encore fommcs nouiainfî na- turellement difposés, que nous n aimons pas feulement les objets d'où nous viennent de fi belles connoi (Tances ; nous prifons encore finguliercmentles moyens qui nous en ren- dent ioûiffans. Ccftpourquoy quelcunadit, que nous aimons naturellement nos yeux par deflus nos autres fens corporels , pource qu'ils nous dccouurcnt vne plus grande multitude dechofesàconnoiftrequc les autres, & fous vne plus grande vaneté. Et l'expérience nous apprend quedc tous les obiets vifibles, la lu- mière nous femble eftrs le plus doux & le plus beau. Cequinevicntpas feulement de fa pro- pre conftitution naturelle, en ce qu'il fcmbic que c'cft l'obict qui a le plus de proportion auec h faculté de nos ycitx : mais encore de ce
que
APRES LA Mort. iti
qucc* cfl: clic qui nous rend les autres chofcs vi- fiblcs, & qui, s'il faut ainfi dire , colore les couleurs mcfme$.& donne la forme & la fi- gure aux formes & aux figures des corps. De forte qu'il ne faut pas douter que les amcs bien Jîcurcufesnc foyent toutes allumées de l'amour ôc des pcrfonncs 6c des chofcs qu elles ont là haut perpctucllrment prcfentes aux yeux de leurs intcllc6ls. Or l'amour cft de fo y vnechofcplenc de contentement ôc de ioye, quand on ioùit.dc ce qu'on aime , ôc qu'on fçair qu'on en cft aimé. L'amc fidèle donc ai- mant ardemment les efprits bien- heureux qui fontjconfacrcs là haut y ôi pareillement ks faindts Anges, & cftant de mefmes aimée d'eux réciproquement ; & derechef aimant Aofirc Seigneur Icfus bien loin au delà de laf- fccftionquelleà pour les Anges & pour les es- prits, & cftant tres-aficurce quellceft encore plus aimée de luy ;ô£ enfin voyant dans cette ficnne demeure des cieux , dans rafpeâ: des chofcs mcrueilleuies qui y font, dans la com- pagnie des efprits fanâifiés , dans la focictc des Anges , dans la prefencc & dans la cornu- fiionde Icfus Chrift^tant ôcdcfi irréfragables
"" CL ;
îlL De LESTAT DES FlDBLES
t^moigfiagtrs dcramour de Dieu enuers foy^ elle fc plonge &i fcnoyCjô^ s'engloutit toute dans ramour qucllcîuy doit porter, ôdtrou-- ue en tous ces mouuemens le gouft fenfîble ôc . icîeué d'vnc fclicué inénarrable.
^FE C'EST ^FE LA RESVR2.
YeciïonadjQHtîra a U béatitude de t^ me fidèle,
TROISIEME DISCOVRS.^
E que i'ay dit iufqucs icy comme en bégayant de la oeatitudc de l'Ame ^ fidèle depuis qu elle cft féparée du corps , nous a peu faire conceuoir quelque chofe de fa grandeur, ainfi que par les éclaips qui nous paffent dcuant les yeux, nous iugcons aucunement de la quantité du fbu qui eft cnueloppé dedans l'obfcurité des tiuécs. Mais bien qu'il y ait aiTés d'attraits dedans ce que nous en comprenons, pour en exciter le defir & l'admiration en nos coeurs, fis en faut il beaucoup qu'elle foit venue à
APRES LA MoRT^ 2x3
fon comble, tandis que Thommc demeure priuc de l'autre moitié de fon cftre. Car le : iîdclc^de la félicité duquel il s'agit, peut cftrc confidcré en trois manières. Premièrement enluy mefme. Puisaprcs entant qucie mon- de a relation Ôc liaifon auec luy. Et finale- ment entant qu'il a relation auec l'Eglifc, ainfi quvn membre a relation à fon corps. Orale confidcrcr en luy mc(me, puis qu'il cfteom- pofé d'Ame & de corps, à quelque perfeébion que TA me foit éleuée, fi cft- ce que tandis que le corps demeure en la mort, fa félicité ncft pas compictte. A le confidcrcr en la relation que luy êc le monde ont enfcmble, pour ce que le monde a cftc fait pour rhomme,ô<: qu'il a cfté afliijctii à vanitéàcaufcdcluy, quand riiommc auroit cfté mis tout entier en vnc fé- licité parfaite en ce qui le concerne prccifé- ment,fine peut-il cftre dit abiolument&r en- tièrement heureux, tandis que le monde de- meure àcaufede luy fujct à cette mifere, & qu'a fon occafio il porte des marques de la ma- Iediâ:ionde Dieu, Et ei4fin,à le confidcrcr en la croifiémc façon, pour ce qu'il cft vne partie de laquelle l'Eglifc cft le tout, quand il fe ver-
îi4 I^E l'ëstat d'Ks Fidèles roit parfaitement heureux en luy mcftnCj 8t quand il vcrroit lermondedcliurédc la malc- didion qu'il a encourue pour luy. fi ne peut i«l cftrc dit ioiûtfantdVnc félicité achruéc,iuf-. ques à ce que TEglife entière en (oitiouif- lantcdcfôncofté. Etfi Efters'cft eftimècmi* fcrable, quoy quelle fuft éleucc àla magni-' ficcncc d vn grand Empire , pendant qu'elles veu fa nation cnperildcdcfolation, Icfidtlc ne fcdoit pas reputcr ablolament hcurcur, pendant que de (csfr^rcslcs vns combattent encore en la terre contre les ennemis de leur fàlut.lcs autres eu cgardà leurs corps, font en la puiflance de la mort & en la pourriture da Icpulcrc.Pôur ce donc que l'Ame en cette bca-] titude dont elle iouït dedans le ciel, à très- bonne connoiffance de toutes ces rclationi. il ne fe peut quelle ne dcfire la rcfurreûioftdc fon corps, afin d*cftrc rciinieauecluyiô^Ia dcJ liurance du monde hors de famiferc &dc fa vanité, afin qu'il n y ait plus rien fi^jet à malc« diction à fon occafion ; &la glorification de TEgliTc en vnc parfaite fchcité, à ce que la condition de celle aucc laquelle elle adefiin- uiolablcsliaifons, ne partage point fcs femi;
APRES LA MoRtJ ,Ii;
mens entre la tnitcflc& la ioyc. Or cctniy-là n'cft pas parfaitement heureux qui Jcfîrc & qui a (ujct de dcfirer encore quelque chofc. Il eft bienvray que le defif de TA me en tous ces égards c ft fans inquiétude &c (ans anxieic. Car CCS pallions naiflcnr ou de rimpatienccdcnos efpritSjOU deHnccrtitudc de réucnementdc ce que nousdefirons, oudccc quVncorequc Teuenemcnt que nous attendons foitaflcuré, fi eft ce que la condition en laquelle nous fommes cependant, eft fâ'wheufcdellemcf- mt & malaifcc à fupportcr. Or pour ce qui eft de l'impatiencCjil ny cna fibre quelconque dans les Ames qui font là haut. Elles font douces de toutes fortes de vertus, & principa- lement elles font toutes trempées dedans vn profond rcfpcû a la Prouidcnce de Dieu. Quant à la certitude de leurcfperancc , elles font plus que tres-aflcurces qu elle ne pcutia- mais manquer, puis que Dieu leur a promis, & que la puiflancc qu'il a d'exécuter fcscon- Icils ne trouue nulle part, ni difficulté, ni im-' poflibilitc qui Tarrcftc. En fin pour ce qui regarde leur condition,ce peu que i*en ay rap- porté cy.dclTus larcprefcnic capable dcn*
Qi
12^ Del'estat des Fidèles
gloutir dans !a douceur dcfcsconccntcmcns, tous les rcfTcntimcns qu'elles pourroycnt auoir <lc la longueur de ccr te attente. Quand cnrApocalypfc le S. Efprit les nous fait en* cendre criant, Jnfqites a quand, Seigneur ^ne van^ géras tu point riojlre fang, il ne faut non plus prendre cela pour vnc marque d'inquiétude d'cfprit,que pour vn appétit defordonné de vengeance. D'autant qu*cn cet endroit là elles confidercnt leurs ennemis comme rc- prouués, Ôc commue adiugés de par Dieuà la foufFrancc de la punition, elles ne font plus obligées d'auoir de charité pour eux, Noftrç charité na pourobict que ceux qui pcuuent auoir quelque accès à la mifericorde du Pcrc ccleftc. La porte en cft elle fermée à quel eu ni Comme elle a cfté dés le commencement aux démons, ou comme à ceux qui pèchent con- tre le S. Efprit, ou à ceux contre Icfqucls Dieu a défia prononce vn iugcment irrcuocablc de condamnation & de mort. Noftre charité en leur égard demeure abîolumentétcinte. Et fouhâittcr l'éxecution de cette condamnation comme Icsamesfidcieslcfontli, n'cllricnfi- nonfc conformer à la volonté, & à laiufticc
PRES LA Mort. 327
diuinc. Tcllcmcnc que ce iufques à o^uandy cft purement & fimpicmcntvncfaindc exhalai- fondu zclc qu'elles ont de voir reluire la gloi^ rc de Dieu en Icxccution de fcs iugcmcns , qui nclcsfaitnullemcntfortirhorsdcs termes du refpcdl qu'elles doiucnt à la conduite de {a fa- piencc. Neantmoins bien qu'elles foy cnt fans inquiétude , fi eft- ce , que comme i'ay dit , el- les ne font pas fans dcfir. Or qui dcfirc , té- moigne qu'il manque quelque chofc à fa con- dition, éc par confequentn'cft point accom- plyen toutes chofcs. C'cft pourquoyil nous faut voir quelle fera au dernier iour la félicité des fidèles en ces trois égards.
Pour le premier, il femblc qu'il y a princi- palement deux choies à remarquer , c'cft à fça- uoir quelle fera la condition du corps lors qu'il fera reifufcité, ô^puis quel feral'eftatde l'amc lors quelle y fera reiointe. Pour ce qui cft du corps , il nous cft fans comparaifon plus aifé dédire quel il ne fera pas ,' que quel il fera. Car nous voyons bien clairement les chofcs dont il faut nccefTaircment qu'il fpit deliuré^ mais nous ne voyons pas 'de mcfmcs celles dont il doit cftrc rcucftu en cette bien> heu-
liS De l'est^at des Fidèles rcufeiourncc. Il y acn nous deux fortes dm- iîrmités ,4ônt les vncs nous font tellement' na£urcUcs,quc nous y aurions cfté fuicts quand nous {crions demeurés en l'cftat de noftrc intc* gritc: les autres font tellement naturelles, en ce que nous y fommes fuicts des le ventre, & dés les premiers principes de noftre cftrc,qu*cL les font ncantmoinsfurucnuës depuis lacon- ftitution de la nature , & ne font venues au monde qu'en confcqucnce du pechc- Pour le regard de ces dernières , telle qu'eft la diffor- mité des membres , la laideur du vi(agc, la pri- uationou dcbilitation desfens, les maladies, les playes, la mauuaife conformation de lafta- turc , & en fin la fuiction a la mort , puis qu'el- les n'ont point d'autre cauic ni d autre origi- ne que le péché , il faut neceflaircment que le péché eftant entièrement ôc abfolumcnt abo- li, toutes ces infirmités làceffentvniuerfellc- ment de mefmcs. Ainfi quand nous n'aurions autre chofe à attendre de la rcfurreâion , il faut pourtant qu'elle nous remette en vnec©- dition qui ne foit pas moins excellente, en ce qui cftdelaconftitution de nos corps, qu'e- ftoit la condi ^ton d'Adam à Theurc de fa crca-
APRES LA Mort. iio
tion. Car il ne conuicndroit ni à la fagciïc, ni à la mifcricordc , ni peut cftrc mcfmcàla iufticc de Dieu , qu'ayant abfous nos psrfon- ncs toutes entières de toute forte de péché, par la iuftificacion, & ayant deliurc nosamcs de toutes mauuaifcs habitudes parlafandlifica- tion â il laiflaft ncantmoins en core dedans nos corps quelque trace de ces infirmités, qui n'y font venues que pour punitiondu péché, ou qui en font vnc ncccffairc & indubitable dé- pendance. Figurés vous doncle plus bel hom me de la terre, ôc le plus paifaitement compo- fé, doues- le des fcntimens les plus vifs & les plus exquis qui fepuiflcntimaginer^affranchiC fés-le du péril de toutes fortes d'incommodi- tés en fa fanté, rendes fa vigueur touiours éga- le &C fleuriflante , & faites que nulle fuite d'an- eées ne lapuiffciamais altérer, &Iuy donnes enfin cette affeurance qu'il demeurera ainfià perpétuité, &:vousauré$ aucunement conceu les premiers commencemcns de la perfection que nous attendons en la rcfurrcdion bien- heurcufc.
Pour ce qui cft de cette première forte d'in- firmités qui nous font abfolument naturelles, ' ■ ■ ~ "^^ K
•1^4 I^E l'est AT DES FiDELES
ne j alors ils feront agiles au delà de toute ima- gination. Ils font à cette heure capables d'c- ftrelalïésralors ils feront infatigables. Ils font à cette heure opaques, alors ils feront lumi- neux iu(qucs à tel point que rEfcriturcfaintc les accompare au Soleil. Ils font à cette heure aflujettis à la neceflîté de fc vuidcr &c de (c remplir continuellement, alors ils feront en vncconftitution perpétuellement vniformc. Ils font à cette heure en diuerfcs manières dcfcducux en leur conformation : alors les proportions de leurs parties fui paflcronr to u- tes les iuftefîcs de la naturel de l'art. Ils font maintenant importunes du déboire de leurs voluptés: alors leurs contentcmens cftant par- faitement épurés , auront toujours vn gotift exquis &c éternellement agréable. Ils font maintenant en charge & en embarras a nos cf- pritstalors ils aideront à la vigueur & à Tagilité de leurs opérations; En vn mot ils font à cette heure merucilleufement terriens, alars ils fe- ront tout à fait ccleftes.
Qiiant à ce qui cft des fondions des fenti- mens, & des mouuemcns des afFc étions que nous âuons cy- dclTus dit auoir leur proprciic-
Apres la Mort. ijj
gc dans le corps, pour ce que cela regarde pluftoft l'cftat de l'Ame quand elle y fera vnc rois rcjoifiîc, qu'il ne regarde les conditions du corps mcftnc, ie n*ca diray icyqu'vnmot feulement, c'cft que les objets qui leur font parfaitement bien proportionnés, les delc- ébcnt à lavcrité, mais les autres IcsofFcnfent. De forte que la lumière mefme, qui de fa na- ture cil fi belle & fî agréable, blcffc les yeux , fî elle cfl vn peu trop viuc Ôc trop éclattante. Au lieu que lors la trempe de nos fcntimcns fera telle, qu'ils feront impaflîblcs ôc inaltérables par la douleur, deqaclque façon que foycnt les objets qui leur viendront à la rencontre. C'cfl ce qucl'Apoflre nous a voulu enfeigner quand il a dit , cjtitl y a corfs fenfutl y Q^ qHslya corps fpintuel. Car par le fpiritucl il n*entend pas ce qui cft entièrement feparè;de la matiercj autrement , puis qu'il l'appelle corps , fon pro- pos s'impliqueroit en contradidion. Mais il entend ce qui encore qu'il foit corps , à pour- tant les qualités qui fuiuent la condition des cfprits , comme cd l'cflrc immorte! , incorru- ptible, &impaflible. Lors quelafcmme de Lot dcuint ftatuc4e fcl 3 fî cette mciamorpho-
ijt De l'estat des Fidèles peu élcuéc ôc gcncrcufc. Si donc vous adjou- ftcsccla à ccsautrcspcrfc6lions, donticvicns de faire mention» vous aurcs encore de beau- coup rcicuc l'excellence de Tcftat donti*auois forme l'idée. Cependant toutes ces infirmités ont leur racine en ce que nous auons vn corps compote des clcmcns, dcmcfmcsquc font les corps de tous les autres animaux, &cn ce que nous y fo mes doués dVReamcfcnfiîiuc& vc- gctatiue, commcils parlent, qui à des facultés toutes féblablcs aux facultés deTame desbc- tics, finon que peut cftre y fomes nous au det fus délies en quelque plus haut degré de per- fcdion-Et cette compoficiondcsclemens & d'vneamefcnfitiue &vegctatiuecn laconfti- tution de noftre cftre , fait qu encore que la Prouidcnce de Dieu empcfchaft, commeellc faifoit en noftre iRtegritc , que nousnefuf- fîons iamais ni malades, ni bleffcs, fi eft- ce que nos corps fcroient en eux mefmes fufceptibles derimprcffion dcscaulesde toutes ces altéra- tions, èc qu encore que Dieu nous garentift à perpétuité de la mort, fi eft- ccqu cncUemef- melaconftitution de nos corps feroitperifTa- blc & mortelle. Car ce que le premier homme
APRES LA MORT^ ^ Ij3
cuft cûé exempt de tous ccsmauuaîsacciclens &i immortel , s'ileuft perfcueré cnfon inno- cence j cela fuft\cnu du foin de la prouidcnec diuinc^ & non de la température de (on corps. Il faut donc qu*encore que nos corps foient rcffufcités & refaits de la mcfme matière de la* quelle ils font maintenant compofés , la con-' ftitutionenfoit ncantmoins tellement chan- gée , qu'il n'y refte rien du tout des conditions delà nature , ni de cette vie animale laquel- le nous auons commune auec les créatures doiiccs de fcntiment & dcftituées de raifon. Oppofons donc vn peu les chofcs qui dépen- dent de cette naturelle complcxion de nos corps , auec les qualités qui leur font contrai- res , & tafchons ainfî de parucnir à quelque connoiffancc de la perfcdion de Teftat que nous attendons. Nos corps font maintenant de leur nature paffibles à toutes fortes de faf- chcux rencontres , ôc d'impreffions qui leur caufent de fincommoditc ôc de la douleur: alors ils nele feront plus. Ils font à cette heu- re corruptibles & mortels , alors ils feront im-' mortels-^ incorreptibles. Ils font mainte- aant pcfans, à caufc de la terre qui y prcdomi-'
1^4 De l'est AT DES Fidèles
ne j alors ils feront agiles au delà de toute ima- gination. Ils font à cette heure capables d*c - ftrclafïésralors ils feront infatigables. îls font à cette heure opaques, alors ils feront lumi- neux iu(qucs à tel point que TEfcriturefaintc les accompare au Soleil. Ils font à cette heure aflujcttis à la neceflîté de fc vuidcr & de {c remplir continuellement, alors ils feront en vncconftitution perpétuellement vniforme. Ils font à cette heure en diuerfcs manières dcfcéiucux en leur conformation : alors les proportions de leurs parties fui paflcront to u- tes les iufteflcs de la naturel de l'art. Ils font maintenant importunés du déboire de leurs voluptés: alors leurs contentcmens cftant par- faitement épurés , auront toujours vn gouft exquis & éternellement agréable. Ils font maintenant en charge & en embarras a nos cf- prits:alors ils aideront à la vigueur & à Tagiliié dcleursopcrationsjEnvnmot ils font à cette heure merucilleufemcnt terriens, alors ils fe- ront tout à fait cclcftes.
Quant à ce qui cft des fondions des fenti- mens, &des mouuemcns des affections que nous auons cy- delTus dit auoir leur proprefic-
Apres la Mort. ijj
gc dans le corps, pour ce que cela regarde pluflofl; i'cftat de l'Ame quand elle y fera vnc fois rejointe, qu'il ne regarde les conditions du corps mcftnc,ic n*ca diray icyqu'vnmot feulement, c'cft que les objets qui leur font parfaitement bien proportionnés, les delc- 6bcnt à lavcrité, mais les autres lesoffcnfent. De forte que la lumière mefme, qui de fa na- ture cil fi belle & fî agréable, blcfTc les yeux , (î elle cflvnocu trop viuc& trop éclattante. Au lieu que lors la trempe de nos fcntimens fera telle, qu'ils feront impafïîblcs & inaltérables par la douleur, de quelque façon que foycnt les objets qui leur viendront à la rencontre. C'cfl ce qucl'Apoflre nous a voulu enfeigncr quand il a dit , qH*il y a corpsfcnfutly ^ qutlya corps fpintuel. Car par le fpirituel il n'entend , pas ce qui cft entièrement fcparè!dc la matière^ autrement , puis qu'il l'appelle corps , fon pro- pos s'impliqueroit en con tradition. Mais il entend ce qui encore qu'il foit corps , à pour- tant les qualités qui fuiuent la condition des cfprits, comme cft l'cftre immortel, incorru- ptible, &impaflible. Lors que la femme de Lot dcuint ftatuc4e fcl ^ fî cette nietamorpho-
15^ De L*EsTAT DES Fidèles
fc fc fit par degrés & peu à peu, clic fat mer- ucillcufemcnt étonnée de voir changer toutç la couleur de fa peau ,& toutelaconfiftancc de fon corps i& encore plus iors quelle fcntic tous fcs membres fc roidir de telle façon, qu*en fin rendurciflcment pafTa iufques de- dans les entrailles. Si peu de temps après elle cuft veu faconftitution naturelle reuenir pe- tit à pctitj & fon corps fe déroidir, & fa peau fc coulorcr comme ellecftoit auparauant^ Ôc fcs membres reprendre leur f oupplcfTc prccedcn. te, à proportion de l'horreur qu'elle auroit eue de foy en fon changement , à mcfme propor- tion auroit cUefenti du raui/Tcmcnt &c de la ioyc. Mais fi incontinent après s'eftrcvcuëre- ftablie en fon premier eftat, elle cuft comcncé àfentirvne extraordinaire force en fa perfon* ne, vne beauté Angélique en toute fa confor- mation,vncvigucurauparauant inconnue es organes de fes (cntimens, vnc alegrcffc plus agile que celle des oifeaux en tous fcs mouuc- mens, & cet air dcmajcfté qu'on s'imagine auoir efté dans les héroïnes du temps pafle, femé dans tout le port de fon corps & furies traits de fon vifagc, ni Icniot deioyç, ni ccluy " de
APRES A MOKT. 1^7
idcrauiflcmcnt ne font pas capables de rcprc- fcntcr l'émotion qu'elle en auroiteuë enfon amc. Or cft le changement qui arriue en nos corps par la mort, pire de beaucoup qaVnc tranfmutation en ftacuë de i'tl.èc l'cftat au- quel ils feront rcftablis en la rcfurrcdion, in- comparablement plus excellent que tout ce qui nous en peut eftre à cette heure imagina- ble. D'où ileft aifc de conjcdarcr en quel- que façon ce que dcura produire en nous vn fi merueillcux (pe^lcacle,
PourccquieltdcrAmc&dc Icftat auquel clic fe rrouuera lors qu'elle fera rciinic au corps, fi de ces belles lumières dont elle cft ôè,^ remplie Se cnuironnée dedans le ciel , on la ra- mcnoit en vn corps incommodé de l'embarras qui fe t rouue dans les affc^ions ô( dans les or- gimesdesnoftres maintenant , elle y auroic i. ^«^ doute beaucoup de defauantage. Ce fe- rpita.^ "u près comme fi vous rappelliés vn ex- cellent P/'ofophe de dcffus le fommet dVnc bien haute i, .iiitagne, d'où il contemplcroic les cieux , Se le \ftrcs qui y iont^ôc verroit dcf« iousfci pieds lc> nuées & les broiiillars , pour Icfairç.dcfccnd vers les racines du mont,QU
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Ï40 De l'estat des Fidèles tution de nos organes, ni quelle la nature de lopcratton de rame dcffus eux , niéomînenÉ Icscfpcccs dts choies fcnfiblcs y feront rc- ccuëî,& quipluscftiene crains pas qu'on mç tienne pou r'^ignorant à cette occafion. Au moins certes auroy-ic à partager ce blafmc aucc beaucoup de compagnons : car ie ne peu-* fc pas qu*il y ait homme fur la terre qui le (ca- che. Mais tant y a que ie fçay bien que tout cela ne fc fera pas comme il fc fait maintenant, la conftitution des organes tels que nous les auons,&: ladifpenfation descfprics,dcfqucl$ dépendent toutes leurs opérations, cftant vne fuite ccrtainedeTcftat pa(ribk& corruptible de la nature. Or ce qui ett naturel fera engiou* li par le furnaturel , comme le fenfucl parle fpirituci , & le mortel par rimmortalité Ôc par la vie. Et quoy que nous ne comprenions pas la façon de laquelle Tame fera lors iointe à Ion corps pour fes opérations , elles n en fc-* ront pas pour cela ni moins certaines , ni moins conuenabics. Si la me(are de noftrc connoiflancccftoitlamefuredercxiftencedcs chofesjla plus grande partie de nos obiets,dc nos facultés , ôc de leurs fondions fouffri-
'àpkes là Mort. 14^
royctit es conditions de leur cftrc ic trop no-' table» diminutions , quelques vncs mefmes fe» roycnt abtolumcnt exterminées delà nature, Etie ne f(jaypa$ fi nous iouyrions d'aucun de nos fcns comme il faut ^ c eft à âff^y fi d'aucuft d*eux on à iufquicy bienexadcmcnt Ôc bica diftinâcment compris que c eft que Tamc fak en leurs fondions, ccquiyeftdc roperation èc dcTadimic 3cs cfprits ,& finalement ce que lorganc mc{mc y contribue. Qupy qu'il en foie, l'organe, de quelque façon qu*il doiuc cftreconftituc^&rame, de quelque manière quelle y operc,y exerceront fi admirable mcrc chacun ce qui fera de fcs adions , qu'elles fc feront fans offenfe , fans Icfion, fans erreur, famla[Iîtudc,auecvnc vigueur &:vnc netteté, vnecxaditude & vnepcrfcdion entièrement inimaginable. En fin pour dire aufli quelqec chofedcsappetisquiontpropremcntlcurfic- gc dedans le corps, & qui, comme i'ay dit,font: renfermés fous la Colère & laConuoitifc, ce font paflions qui d'autant qu'elles (ont corpo^ relies feront tellement éteintes par la morr, que par la rcfurredbion elles ne rctourneionc plus en vie. Ets*ilcflvrayqu'i!y ait des vertus
Si
'Ï4Ï Db l'est AT DES Fidèles
quiaycnticur ficgcdans ces paffions, comme ilfcmblcquclaPhilofophic y colloque cellcg qui (ont proprement morales , ou bien clicr ne feront plus neceffaircs , pource qu'il n*y au- ra plus doUfets fur Icfquels elles fe doiuent f xercer, ou elles ne confi lieront plus en la mo- dération de cesappctits, mais en vne excellen- te &c inuariablc température de ramc& tic fa -volonté , qui fera lors attachée irreuocable- ment à toutes fortes d'cxccllcns obicts , pàt4es lumicrcs de rintclHgcncc. Tous ces empcf- chemens oflés, quand il n y auroit, autre cho- ie , les raifonncmcns de lame doiucnt tftre fouucrainement cxccllcns. Car vne bonne partie des manquemens qui nous arriuent, vient ou de Terreur de nos fens , au rapport qu'ils nous font des choies fènfibles, ou des fu- mées de nos partions, qui ofFufquenc nos en- tcn démens , ou de ce que Icsalimens n*eflan's pas bien élabourés,ksefpritsquile forment en partie de leur fubftancc rctien nent quelque: chofc de leur cra (Te & de leur impureté, donc ils infedent les organes qui fcrucnt à rvfagc du difcours , ou de ce que dés leur première conformation il y a quelque vice en leur con-
APRES LA MORTJ I43
ftru&ion & en leur tcmpcraturc naturelle. Mais le nicfmc changement qui mettra toutes Icsautrcs parties du corps en vne conftitution fi excellente , y mettra auili celles dans lef- qucUes l'intelligence de Tame aUtàfon fiegc, & ou elle formera fes railonnemens. Ce qui ft fera d'autant pluftoft que toutes les autres parties du corps ne doiucnt eftrc rcfiau- rces que pour leur propre félicité à elles mcf- mes ; celles- là font pour feruir à CCS f on d:ions de Tamc defquellcs dépend la félicité de l'homme tout entier & de chacune defes par- ties. L'amedonccftant d'ailleurs plcne des lu- mières de rEfprit de Dieu , & fortificç de fa prefence bien loin au delà de la vigueur natu- relle de fes facultés , & venant à eftre logée de- dans vn corps, dont toutes les puiffances fe- ront en vne pcrfeâion incomparable, & y ap- portant l'impreflion de tant de belles con- noifTanccs quelle auradcfia acquifcs pendant fa demeure dans le ciel , ne pourra faire finon des produâions dignes de la merueille de fon cftrc. Et comme fi pendant vne longue fc- paration lemary Ôc la femme auoyent égale- ment creu en beauté ôi en vertu^ ôccn toutes
ï^ï Db l*estat des Fidèles qui aycnt leur ficgcdans ces paflîons, comme ilfcmblequcIaPhilofophic y colloque cellc£ qui (ont proprement morales , ou bien clics ne feront plus ncccffaircs , pource qu'il n*y au- ra plus d'olîïfts fur Icfquels elles fe doiucnt rxcrcer, ou elles ne confiftcront plus en la mo- dération de cesappetits, mais en vne excellen- te èc inuarisblc température de ramc& Je (a -volonté , qui fera lors attachée irreuocable- mcnt à toutes fortes d'cxcellcns obicts , pàt4es lamicrcs de rintclHgcncc. Tous ces empcf- chemens oClés, quandil n'y auroit , autre cho- ie , les raifonncmcns dciamc doiuent cftrc fouucrainement cxccllcns. Car vne bonne partie des manquemens qui nous arriucnt, vient ou de l'erreur de nos fens , au rapport qu'ils nous font des choies fenfibles, ou des fu- mées de nos partions, qui ofFafquenc nos en- tcndemcns , ou de ce que Icsaîimens n*cflans pas bien élabourcSjks cfprits qui {c forment cnparticdcleurfubftanccrcticnncntquciquc chofc de leur craffc 6c de leur impureté, dont ils infcdcnt les organes qui fcrucnt à l'vfage du difcours , ou de ce que dés leur première conformation il y a quelque vice en leur con-
icsautrcsparticsducorpscn vnc conititution fi excellente , y mettra auflî celles dans Icf- quclles rintelligcncc de Tamc sïtàfon ficgc, & ou clic formera fes railonncmens. Ce qui ft fera d'autant pluftoft que toutes les autres parties du corps ne dôiuent cftrc rcftau- rces que pour leur propre félicité à elles mcf- mes ; celles-là font pour feruir à CCS fondions de Tamc desquelles dépend la félicité de l'homme tout entier & de chacune de fes par- ties. L'amcdonccftant d'ailleurs plénc des lu- mières de rEfprit de Dieu , & fortifiée de fa prefence bien loi» au delà de la vigueur natu- relie de fc$ facultés , ôc venant à eftre logée de- dans vn corps, dont toutes les puiffanccs fe- ront en vne pctfcâion incomparable, & y ap^ portant l'impreflion de tant de belles con- noiiTances qu'elle aura défia acquifcs pendant fadetneurc dans le ciel, ne pourra faire finon desproduâions dignes delamcrucille dcfqn cftrc. Et comme fi pendant vnc longue fe- paration lemary Ôc la femme auoyentcgalc- mcnc crcu en beauté ôc en vertu, ôccn toutes
f54 E)e l'estat des Fidèles autres fortes d'auantàgçs, ils rcccuroycntvfi incroyable contentement s'ils pouuoycnt rc« tourner cnlemble, poi^r y louir longuement d'vnc commune félicité ; l'ange fcréjouiVadc fa rciinion air corps ^ le corps fc rciouïi a de la prefcncc defon ams, & tous d*eux coniointc- ment ne compoùns quVn mcfmc cftrc feu- lement, feront également rauis delà fclicitç de leur conditionj Se deTaffeurancc qulls au* ront quelle dcuraeftre cterncllc.
Ce fécond égard félon lequel l'homme à liailon & relation aucc le monde, mérite vnc confideration aflcs attcntiuc. Pluficurs cho- fcs monftrent manifcftementquelcmondea cftc créé pour Thommc. La dignité de fa na- ture, qui Teuft emporté infiniment par dcf- fus toutes les autres créatures, s'il fufl demeuré en fon intégrité , ne pcrmettoit pas qu'il y tint autre lieu que celuy de fin , àlVfage de laquelle les autre chofes lonc deftinées. L'empire que Dieu luy auoit donné dcflus toutes les plantes & tous les autres animaux, lors qu'il l'établit au commencement dedans le Paradis tcrreftre, le confirme très- daire-^ ment. Car Diçu n ça aixoit point ainfi or- donné
APRÈS LA Mort, 14;
doflnc finon conucnablcmcnt à la difpofî» tion de la nature des chofcs mcftncs. Mais rien ne le nous cnfcignc plus difcrtctncnt que la mifcre i laquelle rVniucrs a cftc aflujctti à l'occafion de noftrc pcché. Car c cft ce que l'Apoftrc à entendu quand il a dit, ^t U crea^ tare a efle aijujettieà vanité^ non point d* elle mefme, mais ACâufedeceluy quii'y a ajjuictne» Rom. 8. Ets'ileft permis d'illuftrer cela parvnc com- paraifon prife des chofcs Payennes, le monde cftoic à l'égard de Dieu comme la ftatuc de Mincruc à Icgard de Phidias, & Thommc qui cftoit Timagc de Dieu dedans le milieu da monde, comme Timagc de Phidias au milieu de ion bouclier. Ainfi donc que toutes les parties de la ftatuc cftoyent tellement adju-» ftécs par leurs liaifons ôc par leurs iointures, qu'elles fc rencontroyent toutes en cette image de louurier j deiorteque fi onloftoic de làjtout l'ouuragc s'en alloit en pièces : tou-; tes les parties du monde aboutiffoyent tcllc^ ment à cette image de Dieu , qu'elle ne pou- uoit eftre corrompue par le péché, que laf- fcmblagc de rVniners ne tombaft en vne ruine épouuantable. Tellement que s'il
t4(^ De LESTAT DES FiDELES
cuft plcu à Dieu en fa iuftc fcucritc abandôncr l'homme en fa malcdi6tion,la deftruâ;ion en- tière de rVniucrs s'en faft inéuiublemcnt en-^ fuiuic- Car comme quand vn fujct à commis felonnie ou crime de IczcMajcfté contre fon Souucrain, on ne fe contente pas de punir fa pcrfonne feulement, on couppc fcs boisson abbat fcs maifons , en vn mot, on fait que tou- tes les choies qui auoyentqu Ique necclTairc dépendance de luy, portent des marques de l'indignation de fon Pr incc;aiiîfi cftoit il con- ucnable que le monde qui auoit cflé fait pour l'homme, & qui par confcquent dcpendoit de luy comme de fa fin, fuiuift fa condition, & & pafTaft quafi aueciuy parvne mefme con- damnation. Mais aufli puis qu'il a pieu à Dieu vfcr de mifericorde cnuers l'homme, & luy promettre vne rcdéption , ôc ordonner de re- cueillir fon Eglife de fa pofteritc, il a eftc & de la fapience & delà mifericorde de Dieu d'v fer de la mefme conduite enucrs le monde. Car il faloit le fouftenir premièrement, afin qu il fufl: la demeure de cette Eglife pendant le temps qu'elle doit fciourner icy bas, &pui| après encore le confcrucr pour cftxc auffi quel.
Apres la Mort. 147
que iour fait participant de la condition en laquelle cette Eglifc doit eftrc clcuéc. Com- me après que le Prince eft reconcilié a Ton fii- ict, il ne fe contente pas de témoigner qu'il a reçeu fa perfonnc en fes bonnes grâces, illuy permet de remettre fes maifons en Icurcllat, ô^mefmcs luy fournit de fa libéralité dequoy les faire plus belles & plus magnifiques mon feulement afin d'effacer toutes les traces de fon indignation , mais mefmcs afin que toutes chofes puiflcnt porter des marques indubita- bles de (a fâueur &c de fa clémence. C'cft ce qui a fait que le monde a fubfifté iufqua main- tcnant,& qui fera encore qu'au dernier iour il fera nti^ia feulement dcliurc dcsdefordrcsquc Ton y void,mais honoréde la communication de la gloire de la liberté des cnfans de Dieu, aprcslaquclle S Paul dit qu'il ahanne&: qu'il > foufpirc depuis tant de ficelés. Partant vnc partie de noftrcfclLcitcconfiftcra au conten- tement de voir les brèches que Tordre & la beauté du monde a (oufFcrtcs à noftre occa- fion, magnifiquement relcuées, & lareiplen- dcur de Ta gloire que nous efpcrons pour; nous , répandue vniucrfcllement deffus tou- tes (es parties^ TjL
De l'estat des Fidèles Icfçaybicflqu'ilycnacu quelques vm qui ont tenu vnc opinion fort diffcrécc,& qui ont crcu que comme le monde a efte tiré du néant, il fera aufli réduit à néant, afin que la maxime des Philofophes, que comme de rien ne je fait rien^ atiiJimitU chofe ne peut abjolument retournera rien^ demeure de tout point confondue Car ih'^ croyent qucc'cft vne maxime preiudiciabîei la gloire de la puiflance de Dieu, & qu'il faue ncccffaircmcnt que réuenemcnt des choies ré- fute. Mais c*cft vnc opinion qui n*a point de (Aiic fondement, ni dans l'Ecriture, ni fur la raifon. Et pour ce qui eft de 1 Ecriture, tout ce qu'elle dit eft que les Cteux^U terrepdjje- r ont , mais que U *lUrok de Dieu ne fajfemfvinfy que ki Cieux CjT* U terre pajferont , mais que Dieu demeure eîemelUment le mefmf. Ce qui reçoit fa- cilement deux rcponfes, LVne, que c*cft à dire que quand les cieux &la terre pafTcroyent, fi eft ce que Dieu & (a Parole demeurent ctcrncllement immuables. Et de telles façons déparier, ou des affirmations, qui femblenc prccifes&ablolucs,doiuent cftre interprétées par vne fimplc fuppofition, il fe trouue des exemples ailleurs, comme au Pfeaumc qua-
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rantc cinquième. La terre Je remuera ^ dit le Prophète , c^ Uj montagnes Je renuerferont au mu heu de la mer. Ses eaux hruiront ^ fe troMetont^ 0* les montagnes feront ébranlées par l*ele nation de [es ^vagues. Les ruijjfeaux de la rimere reloueront la mile de Dieu. Car c*cft ainfi que ces paroles font couchées dedans loriginaL Etnçant- moinson y traduit, Encore que les montagnes fe renuerjajfent au milieu dt la mer, g^ cjue fes eattx 'Vtnffentà bruire ^ afe troubler 'y & ainfi le rcftc dcmefmcs. Etlanaturcdcla chofc^ & le but de Fauteur de ce diuin Cantique y monflrcnt clair comme le iour que c*cft de la iorte qu'il le faut prendre. L'autre reponfe efl:,quc les cho- ies paffcnt en deux faflbns ;c*cft à f^auoir par vn entier aboliflcment de leur eftrc , ou bien par vn fi grand & fi confidcrabic changement qui arriuc en toutes leurs qualités , qu'il n*y paroift quafi aucune tra^e de ce qu'elles cftoyenc auparauant. Car quand les chofcs fouffrentvnc fi grande altération qu on ne Icsi connoift du tout plus, on peut bien dire certes? en quelque faflon qu'elles font pafîées. Or (c peuuent fans doute prendre ces paflagei de la îoxte , & de fait il cil dit au Pf cent deuxième.
îjo De l'est AT DES Fidèles ^ue les deux feront changés. Ce qui monftrc que le S. Efprit n'a point autrement entendu qu'ils pafreront,finoncnfoufFratitvn changement merucillcufementconfiderablc. EncfFcâ: S. Pierre, qui décrit fi magnifiquement la ruïnc du mode laquelle- fe doit faire au dernier iour, adjoûtc incontinent après, ^ejelon la promeffi de Dieu nota attendons nouveaux deux f0 nouueïle terre j efquelsla iujiice habitera. Ce qui prcditvn changement en meilleur eftat , Ôi nonvn aneantiflcment de l'eftre des chofcs. Pour ce quieftdelarailonjiln'y anulle apparence de dire , que pource que le monde cft venu de néant, il faut qu'il retourne dedans le néant. Si cela paflbitde la façon , iU'en cnfuiuroit ôc pourTÈglifeoc pourla naturchumaine de ïe- fu$ Chrift , des confequcnces trop étran ges , & que la raifonne rejette pas tant encor, que la pieté & la confcience les abhorre. Dieu a don- né des prennes afsés certaines de {aPuiflanco infinie, en créant le monde comme il a fait, fans qu'il ait befoin de la tcftifier par l'aboli^î tion entière &vniuerfelle de fon eftrc, Et cc^ mifcrables Philofophcs , s'ils ont crcu que la^: création de rien , & rancai^tiiTcment des eho-
APRESXA MoRT.r j IJI
fcsàricnjfurpaffaft laptjiffanccdc Ditui fe- ront aùés conuaincus & afsés punis de leur er- reur, fans que Dieu pou ries réfuter dctruifè & aboliffe fon propre ouuragc. Aufonds,la gloiredcfapuiflancenedçmcurcroit pâs tant illuflréc quand illcrcduiroit à ricn^quc celle de fa bonté & de fa miféricorde dcmeurc- roitobfcurcic&intcrefsée, fi^îpres auoir don- ne l'cftre au monde, &: y «uoir fait vne fi par- ticulière corfideration dcrhcmmc, que de le punir feulement à caufcdeluyi il vcnoitpuis après à le ruiner tout a fait, quoy qu'il ait fait grâce à l'homme , qui fcul cftoit coupable des chofcs qui ont attiré dcffus le monde toute cette malediâ:ion.
Rcftc donc de voir quelle fera la conflitu* tiondcl'Vniuerspar ce grand & mcmcnrablc changement qui doit y arriuer au dernier iour, Surquoyi'ayàfait^e quelques confidc-. cations générales, enfuiuant les ertes de nos precedcnsiaifonncthcns. Là première cft,quc toutes ks chofes qui paroiffent dans le monde cftre venues en fuitce du pcihé , & n'cftrc pas de Is prc mierc inftituiion de fa création , doi- ucnt indubitablement cftre abolies. Car puis
ijî^ De l'estat DES Fidèles qu elles n ont point de fubfiftancc finon dans le crime ou dans la corruption du pccht , le pé- ché eftant efface en tous égards , il ne reftc plusdelicuàfcsconfcqucnccs. Sidoucily a quelque mauuaifc influence dedans les aftrcs, ou quelque peftilcntchalcnc dedans i*air ; s'il yaqutlquemalediâioncnla terre, ou qncl- que defordrc dans la mer ; s'il y a quelque dérèglement dans les autres elcme n$ , ôc quel- que vice dans leur mcflangc pour la conftitu- tiondeschofcs; S'il y a ou quelque venin de- dans les plantes, ou quelque fcrocitè dans les animaux, qui puiflc apporter du dommage au genre humain , en vn mot s'il y a quelque dé- règlement dans les loix de la nature , & dans leur conduite, quand bien le monde ne dc- uroit point receuoir d'autre amélioration, fi faudroic-il qu'il fufl: excnté de tout cela, & qailfuftreftitué en cette excellente conftitu- tion en laquelle il auoit efté mis en fa création première. Figurés vous donc vn peu le mon^ de fereucftir en vn inftant à TOricnc, à TOcci* dent, au Septentrion, &au Midy , de cet air fi gay & fi flcuriflant , ôc de cette façon fi rian- te, &fipléncdcs afTeuranccsdc la bonté de
APRES LA MoRtJ I^J
Ion Créateur, qu'il auoic au commencement, îmagincs vous que le ciel n'a point d'Aftres quincnuoyenticybascommcàrcnuy les vns des autres de bénignes influences, &: de fauo- rables regards. Qu'il n'y a plus dedans les nucesnidcfoudrcs,nidctonncrrcs,nid'cxha- laifons vcncneufes , qui menacent de leur vio- Icnccouuertc,ou de leurs fccrets empoifon- nemcns. Qucdansia terre font éteintes lesfc- menées de toutes les plantes nuifibîcs , ôc qu'elle fournit abondamment toutes fortes de fruits agréables ôc délicieux pour noftre ali- mcHL Que la mer n'a point de tempcftcs ni point d'autre s agitations que celles de fon flux ôi de fon reflux, point de vens qu autant qu'il en faut pournclaiflcr pas languir les nauiresà l'ancrcj&rpourfauorifcr lanauigation. Que Icsriuieres ne débordent plus , que le feu ne fait plus nulle part de rausgcs, qaclc froid ôc le chaud &c les autres qualités des ckmens gar ♦ dent par tout vne température bien réglée , ôc qui n incommode ni de fes excès ni de fcs de- fauts. Que les poiffons & les oifcaux, & les bcftcs les plus farouches de la terre, ont misa part toute leur humeur fauuage, ôc toute leur
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îf4 Dé LESTAT DES Fidèles
férocité, pour s'appriaoifcraucc rhonimc& cftrc prcfls à tous fes commandcmcns. Bref formés vous dedans rcfpritriofîiigcb plus vi- utôch plus parfaite que vous pourrés de ccr âdtnirabic Paradis ou Dieu colloqua le pre- mier homme , & autant que c'^cft chofc poiG- blcàla pensée , plantés ce premier Edcn en louti*Vniuers,&vousauréscanccu les corn- mcnccmcns de ce bc! cftat , pour lequel S* Paul dit que toute la Machine du monde ùit des vœux ardcBS, aucc des inquiétudes & des ahans qui témoignent fon impatience.
La féconde confideration c0 ^ que puis que le monde fuit la condition de î'homme^ôi que Dieu a efté fi bon cnucrs Ihommc que de ne fc contenter pas de le remettre en l'cftat de la première intégrité, mais la voulu éleucr à via eftre furnaturcl ^ il cft conucnable à cette mcf- mc bonté de Dica , qu*il ne fc contente pas non plus de redonner à rVniuers cette fienne conftitution naturelle, mais qu*il porte k condition de ion cftrc à vn degré plus glo- rieux: De forte qu'autant que les corps des fi- dclcs rcffufcités doiucnt cftre plus excellent
icn'eftoklc corps d'Adam au temps de £fe
APRES LA MOP.T. 155
crcation, (or auons nous vcu cy-^dcfTus que rinegaliré y cft extrême) autant doit cxccHcr la condition du nouuîau monde par dcflus celle de l'ancien, quelque parfaite qu'elle ait peu cftrc en l'intégrité de fa nature. Toutes CCS altérations donc, & ccsviciffitudes con- tinuelles fclon lefquellcs la nature tourne in- celTammenr à rcnrcur de la crcncration ôc de îa corruption des cliofcs qui fc produifcnt de k compofition des clemens, ccflcront alors, & quelles que foycnt les chofes qui fc trouuc- ronc an monde, elles auront vn cftrepcnna-- ncnt ëc inuariabic.
Latroifîefmc confidcration finalement cft^ iquc comraci ay dit cy^ dcffus de la future con- dition de nos corps, qu'il cft beaucoup plus ai- fé de dire ce qu'ils ne feront pas,quc ce qu'ils fc- ront,aufli eft il incomparablement plus aife de défiiiir quelles qualités & quelles conditions ne le trouueront pas dedans k monde alors, -que de déteimincr quelles feront celles dont il fera reucftu, C'eft pourquoy n'y ayant pa^ moins de témérité à dire hardiment ce que ieralc monde en fa rcftauration, fi les iours & les nuits s'y feront encore par les reuolutions
De l'estat des Fidèles du Soleil, ou fi le Soleil demeurera fixe en î'vn ou en l'autre hcmifpherejfi la mer auraion flux & Ion reflux, &fila terre fera couuertc de plantes ; fi elle fera opaque ainfî qu*cllc eft maintenant, ou fi elle dcuicndra lumineuic outranfparcntc, & chofcs femblables , qu'à prononcer hardimcnc de h future condition dcnoscorpsenlcurglorification jlamodcftic ôc Thumilitén'cftpas moins rcquifc en ce fu- jcticy qu'en l'autre. Partant il me fuffira de dire que comme quand Adam fut créé , il fut fans doute merucilleufemcnt cmeu à Tafpc^fe decet Vniuers^&dc toutes les mcrucilles qui s*y prefenrcrent à fa rencontre , & qu'outre radmirationdc la beauté de louaragc, il (en-; lit fans doute vn finguliercment grand con- tentement quand il y fit cette réflexion , qu'il auoit cfté particulièrement dcftinc pour luy, 5«:quc Dieu Tcn auoit établi Seigneur, & auoic voulu quilfcruiflrà fa béatitude. Ainfi fau- dra t*il que le fidèle foit comblctout cnfemblc de mcrueille & de fatisfadion , quand ce nou- ucau monde fe prc(encera en vn eftat fi fleuri P. fânt& fi glorieux à (es yeux , & que par ma- mcrc de dire il y pourra lire de tous coftés, qu^
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"* ATRis LA Mort, t;7
Êcft pour augmenter fa béatitude que Dieu aura voulu rcnouucllcr ce magnifivjuc bafti- mcnt, &c le rcucftir dvnc fans comparaifon plus belle & plus auantageufc forme que la précédente.
Refte le troifiéme égard auquel Thommc doit cftrc confi Jcré , entant qu'il fait partie de TEglifcdeDieu, &c que la félicité de tout le corps doit accroiftrc le fcniiment que chacun des membres à delà ficnne. Orya t'ilicyfans doute diucrfes choies qui porteront noflre fé- licité à vnmerucillcufemcnt haut point. Car pour ce que TApoftre S- Paul ccriuant aux Thcffalonieicns dit que ceux qui dorment rcflufcitcront premicrcment, & puis aprer, que ceux qui feront trouucs viuans feront tranfmués, le premier (pcdacle que le fidck reffufcité aura deuant les yeux, fera la rcfurrc- £tion de tous ceux qui (eront morts en tous les fieclcs. Lors que nous lifons au trente- fcptié- me chapitre des Rcuclations d'Ezechitl , cette magnifique prorhcffc que Dieu y fait au peu- .
pic d'Ifraël de fa rcftauration,en la rcprcfcn^ tant fous la figure d'vnc refurredion, la (culc Icâurc de cette diuinc vifion forme dedans
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ift De l'estat des Fidèles nos cfprits vnc idée qui leur donne de Tad- miration , êc qui leur fait aifémenc conccuoir quil faut que ce foit rEiprit de Dieu qui ait faifi celuy du. Prophète. Pour ce certes que dcilc me(me rimagination de l'homme ne peut cftrc capable de telles pcnfécs. Il racon- te que cet Efprit le mit au milieu d*vne campa- gne qui cftoit toute couuerte d os. PuisildiCp qu'il le fie tournoyer tout alentour afin qu'il les confidcraft attentiuemcnt, & qu'il remar- quaft & leur quantité, qui cftoit grande à mer- ueillcs, &lcur fcchcrclTc, qui eftoit telle qu'il « y rcftoit pas mefines la moindre trace qu'il y cuftiamaiscu dcvie,ni defentimcnc. Apres quilles eut fuffifamment contemplés , illuy demanda s*ilcroy oie que ces os là peufTentrc- uiure : furquoy il fetrouua, ce fembic , per- plex & balance entre l'impoffibilité qui pa* roiffoit eftre en la chofe en elle mefme, & la confidcration de la puiflance de Dieu â qui rien n'eft impoflîble pourtant. C'cll pour- quoyil rcfpondit douteufement& modcfte- ment. Seigneur mU fçais ^^tizn voulut rien re- refoudrc, La dcffus Dieu luy commanda de prophctifcrfurccsos, ô< de leur dire, comme
APRES LA MOKT^ if^
s'ils cuiTcnt cfté dciiés d'intelligence & de fen- limcnr , l^o^ os fecs. Ecoutés la parole de l* Etet nel: Jïnft4 dit le Seignear ["Eternel ^ IJoicy ie m en vay faut rentrer hfprHtn iJOtHy^ 'Vchs reuitires. Je feray naijhe des nerfs jur'uoui ^ y ferai eroifirede U chair y ^ étendr^y JeUpeaH dejjus , puis ïc'vcm /animer ay d\fprity(^vctid reuiurèsj f0 'VomfçaHris ^ac iefnts i^ Eternel, Le Prephetc ayant pronon- cé CCS paroles en vifion^ il (c lit incontinent vb fon accompagné d'vnc commotion générale dcccsofîcmcns, qui commencèrent à fc trier lesvns d'auec les autres, & a s'approcher cha- cun de ccluy aucc qui il fc deuoit ioindre pour compofer le iuftc ^ parfait Skeletc d'vB corps. Puis incontinent les nerfs commence- îcntàs'y étendre, & les mufclcs à s'y former, & la chair à couurir toutes leurs eminences , & à remplir toutes leurs cauitrs, & en fin la peatî cnueloppa tout cnfemblc , de forte que tous les membres & tous les organes eftans parfai- tement compofés , il ne rcftoit que i'efprit pour leur donner le mouucm^nt & la vie. Ce fut lors que Dieu cemmanda au Prophcicdc prophctifer vers rEfprit mcfmc , & de Tappel- îcr en criant, t^mfi a dit t Eternel y Bfj^rn njim
icS De l*e$tat des Fidèles dés quatre 'vens , ^ fouffie fur ce j morts icy, (y qiiiU retournent en vie. Ce qui ayant cftc ponducllc- mcntcxccutCjchacun de CCS corps fut animé d: fc leua {ur fe$ pieds , & le nombre s'en trouua il grand, qu'il fembloicquc cefuftvneirmcc rangée en bataille. Or fî la Icdure feule de cette vifion faifit nos cfprits de quelque ad- miration , il ne faut pas douter que la vifion mefmc ne remplift celuy du Prophète de beaucoup plus de merueille. Soit que la clio- fefufteiFe<àiuementreprcfentccà fcs fcns cor- porels, foit quelle luy fuft feulement pour- traite intérieurement par Icfficace de rÊfpric de Dieu dedans l'imagination, l'empraintc en cftoit fans doute beaucoup plus illuftre & plus véhémente , que celle que nous nous en pou- uons donner à nous mefmes par l'idée que nous nous en formons. Partant il faloitaufli .qu'à proportion les émotions de fonElprit en fuflcntde beaucoup plus grandes, tant pour Ictonnement qu'il reccuoit d'vn fpcâ:acle fi étrange & fiinufîtc, quepourlaioyc que luy donnoit Tcfperance du rctabliffcmcnt mira* culeux du peuple d*Ifraël,que cette vifion prc- difoit,5^pour quilc Prophète auoit des dcfirs
&dcs
APRES LA M0 5.T^ l۔
èi dcspaflîons extraordinaires. Ncantmoins qu*cft ce de cela au prix de ce que nous ver- rons lors que, non plus les hommes, mais les Anges, & le fon delà Trompette de Dieu, commanderont à la terre qu clic ouurc cffcéli- ucmcnt fcs tombeaux , & à la mer qu'elle ren- de fcs morts , êc à tout le rcftc des ciemens qu'ils reftituent ce que chacun en poflcde,ô^ que de lapoudicrc des fepulcres, &dclava{e de lamcr,&dctoutcslespartiesde laNaturc, fortirala matière de nos corps pour eftrc ré- tablis en vie ? Et de combien croiftra le fujct dcTadmiration cncor, lors que nous verrons que la puiflancc de Dieu les formera , non plus d os, ni de nerfs,ni de mufcles, ni de peau, fcmblables à ce que nous en auons mainte- nant, mais dune ftrudure fi nouuelle, qu'ex- cepté la figure humaine qu'elle nous donnera, ôc cette belle conformation en laquelle nd'ûs deuons exprimer l'image du corps de noftrc Seigneur en {a relurredion , il femblera que ce ioycnt,non des corps humains,mais des mil- lions d'aftres lumineux, qui fe produiront de cous coflés, & qui naiftront des entrailles mcf< mes de la terre?
i6i De lestât des Fideleî
La (tcondc chofc qui fc prcfentsra à nos yeux fera la tranfmutation de ceux qui feront dxmcurésviuans , qui n aura gucrcs moinsdc mcrucilic que la précédente. Car on void quelles font les diuerfcs infirmités donc les corps des hommes font incommodés. Les vns font nains , ôc les autres d'vnc grandeur prodigieufe^ gigantefquc. Les vns ont quel-» que membre qui leur défaut Jcs autres en ont de furabondans, LVn à quelque partie dVne monftrueufe conformations & l'autre cft mu- tilé de quclcun des fcns qu*on nomme corn-' muncment de la Nature, LVn à l'épine du dos voûtée en arc, &: l'autre tournée enferpGnt,& l'autre enfoncée en dedans, & rautreàqucl-^ que autre, vice en la ftrudure ou du col ou de la teftc. Vniuerfcllement tous ont quelque imperfedion cnla conftitution dclcurs corps, & s'il s'en void vn qui n*cn ait du tout point, c'cft comme vne efpccc de miracle. Mais quand il y auroit en nous beaucoup moins dui Ermites de la condition de celles que nous venons de réciter, toujours auons nous celles que la Nature tire ncccflaircment après foy^ qui font très- grandes ôc trcs-confiderabl|scn
AÎ>RES LA MoRT^ Ifyj
elles tncfmcs. Quand donc par cette mcrucil- Icufc puiffancc qui fc déploycra lors de l'aduc- ncment de noftrc Seigneur, nous verrons en vniour toutes CCS incommodités corrigées, Se les corps des hommes viuansfc changer fi fu- bitcmcnt, qu'il ne s'en trouucra pas^vn en cette multitudcinnumcrablc, qui n'aicacquis com- me en vn clin dœil , ic ne diray pas toutes les perfections qui pcuucntcftre fouhaitables &c imaginables en ce qui cft de la ftaturc & de la beauté , mais toute la fplcndcur & l'incorru- ption qui cft dedans les corps cclcftcs en cimes, quel fera le tranfport auquel nos cfprits fc trouucront à rafpcâ: dVnc fi cmerucillable .mctamorphofe? ^' Pluficurs recherchent icy fi nous nous rc» connoiftrons alors les vns les au très. Et co m- snc ramitic que nous nous portons, & le regret fcnfible & profond que nous auons de la per- te de nos amis, nous enclinent extrêmement à le dcfircr , auffi nous portent ils pareillement à le croire. Et véritablement pour ce que Dieu nous à promis laiouïffancc d'vne béatitude fi parfaite , qu'il ne manquera du tout rien à fa plénitude, ni à la perfcéition delaioyc &du
i^4 De LESTAT DES FlDELES-
Gontcntcmcnt cjuc nom en recueillerons, nous pouuons bien aflcurcr que fi cela fer ta raccompliflcment de noftrc félicité , nous iouïronsdc laconfoLtiondc nouscntrccon-| noiftr'c en cette iournée. Mais i*cftime neanc- moins qu'il y a lieu de faire icy quelqu es confi- dcrations. Premièrement, la rc connoilTance Tonïïitcenlâfouuenanccqu'onàdcs'cfttcvcu 'àugarauancj&r, comme ici'aydcf jadit,il y a ~cn nous dcdcux fortes de fouucnance. LVnc "^nfille en ce que les images dcschofes (enfi- blcs dcmcuren c imprimées en noftre mémoire, auec leurs ciiconftances & leurs particularités;, ^l'autre en eequenosentcndemens demeu- rent imbus des idées générales dcj chofes in-^ tellcducllcs , Ôi qui confiftent en raifonnc- ment. Or quanta cette première fouucnance,. iay def.ja dit que pour ce que la faculté de la. mémoire, dans laquelle les images des chofes fenfiblcsfont miles en rcfcruc, citouentouc ou en grande partie corporelieen nous, il y a bien de fapparcnce que cette faculté s'eftci* gnant aucc le corps, ces images demeurent par. ee moyen effacées. De façon qu'il ne féblc pas y auoù beaucoup d'apparcnce,qucnous puîÉ*
^ r après" la' Mort. \é]
fions nou.-ç rcfcuucnir en la rcfurrcdlion , de la figure fcnfiblc & corporelle de ceux que nous ~auons vcus & connus pendant la vie. Mais "quand il nous en fouuiendroic aucunement, la rcconnoiffance dépend de la conformité qui fe rencontre entre les qualités que vous irouués prefcntcmcnt dans les objets qui s'of- frent à vos yeux hi à vos autres fcns , & \z% ima- ges des conditions qu'ils auoycnt quand vous les aués connus autrefois , Icfquellcs vous font demeurées dans la mémoire. Tellement que fi vous les rc trouucs tels que vous les aués vcus, vous les pouués rcconnoiftre à la vérité. Mais s'ils ont tellement change qu'il n'y ait plus de rcfTemblance entre leurs qualités , & les idées que vous en auics autrefois rcccuës , comme fi vous aués connu quelcun enfant, & que vous le reuoyïés long- temps après bien auancc en aage, it vous fera impoflible de les vous remet- tre en la fouuenance. Or auons nous déjà dit ^u'il fc fera vn mcrueilleufement grand chan- gement cntoutelaconftitution de nos corps, de forte que ceux qui nous auront veus icy bas, nerctrouucrontdutoutricnennousde ce par q^ûoy nous leur pourrions cflrc reconnoiffa-
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166 De l'estat des Fidèles blés. Puisaprcs, pendant quel cftat de la na- ture fabfiftc, les affections naturelles font& ncccffaircs à (a fubfiftancc , & cxtrememcnc belles & louables en elles mclmes 5 lors qu'elles font conduites & gouucrnces aucc ce iugc- mcnt& cette droite raifon qui doit prc{ïd«r dcflus tous nos mouucmens Ainfi-cft il fou- ucraincment conucnablc que les maris aiment leurs femmes, 6^ les femmes leurs maris, que les pères 6c les mères ayect de grandes tcn- drefltspourleurscnfans,^^ les cnfans de vé- hémentes affedions & de profonds refpeâs pour leurs pères êc pour leurs mercs. Et de mefmcsconfequemment il conuient parfai- tement bien aux inftitutions de la nature , que ceux- là s'cntraiment cordialement cnrrc qui elle a eftabli quelques telles relations. Mais ~j~^ quand l'cftat de la nature fera changé, & que T^ toutes chof es feront mifes en vnc conftitution 1" furnaturellcjily abcaucoup d'apparence que J laneceffitc de ces affections ceffant, ou bien cJlcss'eftcindronttout à fait, ou bien certes au moins perdront elles beaucoup de leur vc- hcmencc. Et noftrc Seigneur îclus refpon- dant à la qucftion qui luy fut faite touchant I^
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App.es la MortI i6y
femme qui auoit eu fepi maris, &nous cnfci- c^nant qu'au Royau me des deux toutes ces rc- lations'là périront , nous ace femblc pareille- ment cnfcigné que les affcdions qui en dé- pendant s'anéantiront de mcfmcs. loigncsà cela que nous ne rcconnoiffons rien de plus doux ni de plus fcnfiblc en cette vie, que Taf- fcdion que nous nous entreportons , foit quelle vienne des fentimens de la nature, & des relations quelle établit entre nous, foit quclaconuerfation familière , & la confor- mité des humeurs Ôi des inclinations l'engcn-i dre. Selon donc que nous fommcs portés à mefurer toutes chofcsaux connoilTances que nou$auons,& que nous ne conccuons quafî îicnaudclàjàpénc nous figurons nous quil y puiffc auoir dedans le ciel des icûilTances plus agréables que celles que nous auons en la terre.. Noftrc Seigneur mefme s'accommo- dant à ces inclinations &c à cette portée de nos cfpriîs, nous promet, commeilacfté dit cy- dcirus,qucnousy fcrofis affisà table auec les anciens Patriarches. Maisneantmoinsil y a grande apparence que comme quand Saint Pierre vit la transfiguration d^ Icfus Chrift ,il
tes De l'estat des Fidele^j fut tellement englouti dans l'admiration de CCS objets, qu il en oublia tous ceux qu'il con- noiflbit ailleurs , &r dit , // efl bon que nota 'foyons ^c^rainfi lors que nous aurons lame remplie de cette charité & de cette ioye que la prciencc du Rédempteurs^ la vifion de Dieu mcfmc doi- uent engendrer en nous^il ne nous fouuicndra plus gucres de toutes ces tendrcflcs d'afFc6tions que nous expérimentons en la vie prcfcntc.
le ne laiÉfcray pourtant pas At remarquer icy deux chofcs qui font à cette matière. La première eft que TApoftre écriuant aux Thef- lalonicicns, & les voulant exhorter efficace- ment à quelque chofc d'importance, leur par- le de celte forte : Frères , noHs ^ohs prions par taduenement de nojire Seigneur /efué L hrift y ^par fioflre recueil en luji, C'eft à dire, fa ns doute qu'il les conjure par ce qu'il y peut auoir de plus glorieux & de plus fouhaittablc pour eux en Taducncment de noftrc Sauucur , 6c partout ce qu'il y doit auoir quelque iour de plus doux & de plus conlolatoireen noftre (aintc com- munion,lorsque nous nous retrouucronscn- femble,&quedc toutes nos difperfions nous icronsramaffésà l'cntour de luy.Cc qui fcmBlc
APRES LA Mort" i€p
fignificr qu'il s attend dciouïr du contente- ment de leur prefcncc , comme ils iouïront de laficnnc, en la venue de noftrc Seigneur. Or ^ il malaifc de concsuoir que cela fe puiflc faire, s'il n'y a quelque rcconnoiffan ce des vns aux autres. l'cftimc donc , s'il eft permis de dire fes fcntimens cndeschofes dont nousa- uons peu d'éclarciflcmens en la Parole de Dieu,que cette mémoire intelleduelle laquel- le eft en nous, retenant la (ouuenance des cho- fes générales qui luy ont efté commifes , ni lApoftreSaindPaul n'aura pas oublie qu'il a prcfché l'Euangile aux Theflalonicicns , ni les Theflalonicicns n'auront pas oublié non plus que c'cftpar le miniftcredeSaindPaul qu'ils ont efté appelles à la communion de l'Euangi- le. Si donc Sainâ: Paul a pour lors quelque chofe de fignalcjqui le faffe reconnoiftre entre les Miniftres dcChrift:, (& nous verrons tan- toftce quis en peut dire) la fouucnance pour- ra bien rcuciller dans les Theflaloniciens leurs anciennes afFcâ:ions, afin de s'approcher de S. Paul, & luy donner , Se reccuoirdcluy , au- tant que la gloire de leur condition le leur per- mettra, des témoignages réciproques de leur
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Î70 De LESTAT DES FîDELES
hicià vtrcillaKCC. Etpourccqiic Boltrc félici- té îîc fera pas pour cette iournéc là feulement, mak poar toute vas cternité,<S: que cette c£cr« îiitéac fc palîcrap&scnfoiimdc, mais en vise îrcs»doEcc 6c trcs-agrcable communication,, qui doute qu en vnc fi longue luitc de ficcks il îiefcprefcncc vncinâeitédcreacostrcs, qui réveilleront en nous ces foiiucsances gcac ra- ies qui nous fcrofîî demeurées de ce que nous auoias vcu icy basj & qui réanimeront parcs moyen aos aiFcâ:ioE$ cnuers ks perfojines que nous auom ehcrics tendrement en c:ett« vie? Mais comme vn pcrequi sâmcégA^mtmt fcsciifans, fcnt cette fiennc dikâ:ion plusvi- ne pour quelque temps cnucrsccluy d'€iâtr*cux qui rcHieiit d« pays lointain aprcs vne bien longue abfcjacc, qu'cnaers ceux qui oBttoia-^ jours cftc prés de lai i puis quand le temps à ap- paifc cette extraordinaire émotion , il retour J ne à «ttte égalité d'afFc^ions dont il kscm- braflc. Ainfi cette ioye que Sainâ: Paul & If & 1/ Theflalonicicns auront de fe retrouucr ciî^ / femblc en l'apparition ie Chrift, n'cmpcfchc-' ra pas qu incontinent leur charité ne rctourns àfc partager égaiesient à tous les âdeles qu'ils
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APRES LA MoRt.' 171
verront auoiraucc cuxcommnHionàla gloire duSxuucur du mosdc.
L'autre chofc cft qu'il fetnblc que ce Saint Apoftrc ne veut pas qae sohj doutions qu'il n'ait quelque chofedcfigRâîéàraducnemcnt de Chrift, qui le rend* rcconnoifTâb!* à ceux k quiilaannoncérEîtâagilcdufalat. Vocaefres^ dit il aux Philippicns , ma ioye ^ m^ conron^ ne du tour de Cbnfl 5 & chofcs fcmblablcs. Façons de parler qui ont donné occsfio^ à quelques vns de pcnfer, qu'on en powuoit prouncrquc la gloire fer* inégalement parta- gée entre les fidclcsan iour de Chrift, pour c« qu'il ne peut pas conucnir i tous de tenir de tels propos , & que 1* Apoftrc à voulu dcfigncr par là qu'il y a quelque prerogatiu c d'honneur rcfçruéc pour luy en cette iournée. Certai- nement fi les fidèles feront inégalement par- tagés en la ioaïffancc de la félicité de là haut, ccft chofe qui pourroit mériter vnc con- fidcration bien attcntiue. Et la diuerfitédcs opinions des grands pcrfonnagcs fur ce fti^ct, monftrcbien q«c les prennes qu'on allègue de part & d autre, ne (ont pas d'abord extrême- ment euidcntts. Q£clle que fok l'eflicacc des
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171 I^E l'estat des Fidèles raifoBs de ccox qui tiennent Tincgalité delà gloire des cieux, fi cft- ce qu'il n'y a aucun de nous que l'humilité n'oblige d'auoir ce fcnti- ment bien auant imprimécn rcntcndcmcnr, qu'il ne fera pas du nombre de ceux quidoi- ucHt eftreainfi auantagés par dcflus leurs frc«' res. Cari'emincnce delà gloire cft prefuppoJ fée dcuoir eftre la rémunération de l'cminencc des vertus, à l'occafion dcfquellcs il ne nous cft pas permis de nous eftimer plus cxccllensquc les autres. Or fi ce fentiment eft véritable ^ ôc confirmé par l'éuenement en chacun de nous, il cft difficile de comprendre en qui fe trouuc- ra vérifiée cette opinion , qu'il y en doit auoir quelques vns qui doiuent auoir de grands pre-] cipus en cet héritage. Et fi quelques vns y doi- uent eftre plus auantageufement partagés, il faut qu'il y ait quelque notable variété en la difpenfation de la volonté de Dieu touchant la gloire & fcs degrés. Car pour obtenir la gloire mefmc. Dieu nous ordonne expreflc- ment de croire que nous l'aurons , & plus nous le croirons fermement , & plus cft il certain €]u'cllc nous fera donnée. Au lieu que pour en obtenir les plus hauts degrés , il luy cft plus
APRES LA Mort. 173
âgrcablc que nous ne les cfpcrions pas, &r pour ccqucriiumilité qui nous cmpcfGhcdcIcsef- pertrcft vnc des plus excellentes vertus, moins nous croirons de les obtenir ^ plus fera t'il cer- tain que noftre humilité en fera rémunérée. Ecderechtf pour nous exciter à tendre su fou- uerain point desvertus, l'Efcriture nousmcc le prix de la gloire dcuant les yeux i au lieu qus pour paruenir à fes plus hauts degrés, il faut que nous en détournions nos efprits, l'humili- té , qui eft celle qui nous y fera monter plus haut y ne nous permettant pas d y attacher no- ftre pcnféc. De lorte que nous paruicndrons à la gloire comme celuy qui court en lice, qui void le but ou il tend -, au lieu que nous par- uicndrons a fes plus hauts degrés comme les rameurs, qui tournent toujours le dos au port auquel en fin pourtant ils arriucnt.Qupy qu'il en loit, car ce n eft pas encore icy proprement le lieu de parler de la gloire des cicux , mais de celle de la bien- heureufe iournée du Sauueur du monde^ic dis qu'il eft certain qucDicu mer. tra quelque diiFcrcncc aa témoignage qu'il rendra à fes fcruiteurs en cette iournée- là, ôc que ceux qui outre tant de trauaux qu'ils
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174 Dé^'l^ëstat des Fibeles ont fupportés, & tant de courfcs qa*il$ ont fai- tes pour latiaficcincnt du rcgnc de Icfus Chrift , onceftcore, comme S. Pa^I , paffe partant de calomnies icy-bas, rcc^^sront ce témoignage de la bouche de kiir bon maf- ftre, qu'ils ont cfté fcraitcurs fidèles & loyaux, 3c qu'ik ont mérité toute sucre chofcquelcs caiom nies qu'ils ont éprouaéc?. Ce qui les fera rcconnoillrc alors, ôc i« ne dontcpis qucles Apoftrcs n*y foycnt pairdcuîicrcmcnt fignalés entre les autres. Et s'il y a qu^lcun mainte- nant, non qui foie à égaler aux Apoftrcsea dons ôc en autoritc,(car il n'ye^î à point eu, & n'y en aura point depuis eux ) mais qui en paflTanc par des éprcuucs aucunement fem- blables à celles qui les ont exercés, imite en ces combats l'exemple de leur pieté, deleurzclc ôc de leur confiance, i'eftimc qu'il ne fait pas mal de fcconfoler par cette cfperance,quenO'> ftreSaigncur mettrs routes chofcs cneuidcn- ccà fonaducnemcnt.Tellcmcnt qusfi Atha- nafc,&BafiIe,& Chryfoftomc entre les an- ciens» fi lean Hu?, & Icrofmc de Prague, & Viclef, & Luther, &Caluin,& tant d'autres bons fcruiteurs de Dieu, qui peuucnt à l'égari
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Apres la Mort. i;;
de CCS premiers cftrc contéà cmrc les moder- nes, fc fokU tu milieu des pçrfccuiioRsqîi*iIs 0X3 1 fouffcrtcs èc de dehors ôi de dedaRS, attcn- tcndiss à ccLtc corifolaîion , afTcurémcnt ils ne fc trofâiâeront pas trompés en leur attente. Or ont eu ceux là plufifurs amiscn cette vie qui les ont connus, & qui pourront aaoir re- tenu la mémoire intclicducllc de cette con- îioifTance. De forte qu'il leur pourra bien arriucrccqui arriucra à S. Paul, ee gardant Bcaatm.oins auec porportion l'inégalité qui eft cûtrc les chofcs moindres ôc les plus graïi« des.
Mais quoy qu'il doinc eftrcdc ces particelarî* tés de Boftre félicite, cfî gcucral clic fera telle ea cette bicn-hcurcufc iourricc, que icn'ofc 'p^Btrcpreadrc de la décrire dn pcfâr d'en ob^ fcurcir la fplendcur. AfTcurémenr ie dimi- fiserois par la foibleffe de mes cxprcffioâs, IVfiicace de ce qu'en peut conccuoir qui qac ce foitj qui fc mettra à corifîdcrcr bien attcntiae- Bacnc ce qae ic viens dédire de 1 eftatdecha*. cun de eous , de Tcftat du monde , ôi de celuy Je toute l'Eglifc. Lors que noltre SeigÊCur apparut en f on pîcmicraducncmcjatj comme
i/(î De l'estat des Fidèles toute l'Eglifc cftoic en vnc mcrucilleufc cxpc- (dation de fon apparition , aufli ceux qui le vi- rent & qui crcurent en luy , en reccurcnt vu contcntemcntincotnparablc, Simcon témoi- gne qu'il j'en va mourir en paix , puis qu'il a vcu le falut de Dieu en ce glorieux petit en- fant j Zacharie cit raui de voir fon auant- cou- reur ; la Vierge qui le conccut& qui l'enfanta en a des tranfportî qui ne fc pcuuent exprimer: les Anges melmcs qui l'annoncent aux Pa- fleurs , bien qu'ils n'euffent point de part, ni dans le befoin , ni dans l'efperancc de la ré- demption , en conçoiucnt ncantmoins vnc mcrucilleufc ioyc. A la veue de fes miracles, ôc a l'ouïe de fa prcdtcation,on cnoii y Bien heu^ reux font ceux qui le voyent , c^r qui l*entmdent , & lorsqu'il entra en lerufalem le iour qu'on cé- lèbre encore par la folcnnitc des Rameaux, tout le peuple alloit criant, Ofanmt, auec vnc alcgrcfTc inimaginable. Que fera ce donc de le voir venir alors accompagne des Angesdela puiffance de fon Pcrc , auec cri d'exhortation, &c fon de trompette, & voix d'Archange, fai- fant des nuccsfon chariot, ôcdtcffànt vn tronc dedans l'air, pour y donner des Arrcûs éter- nels
APRES LA Mort? 177
hcisàtout rVniucrs, & ratifier les cfpcraaccs du faluc qu'il à donfîfecs à fcs fidclcs ? Quel triomphe fut iamais à comparer à vn fpcélaclc f\ glorieux ? Quelle pompe de Conquérant couronna iamais de la façoii fcs combats ôc fcs victoires ? Vn bon vieillard de Laccdcmonc, quipaffaiufquesau fonds de TA fie, feulement pour voir Alexandre après qu il eut vaincu Darius, difoit aucc beaucoup d'émotion que les Grecs qui eftoicnt morts en la bataille de Marathon & en celle de Salamine, eftoyent priucs d Vn mcrueilleux contentcment,de n a- uoir point vcu ce Prince affirdcdans le trône de Xcrxcs, triompher fi magnifiquement de l'orgueil des ennemis de la liberté de la Grèce. A voir comme les hiftoricns nous rapportent la proclamation faite par Flaminius en fa- veur de toutes les nations Grecques,^ comme ils nous reprefentent les mouuemcns de ces peuples 5 les acclamations qu ils luy firent, les couronnes de fleurs ôc les feftons qu'ils ictte- refit dcffus luy , Se les dcmonftrations incom- parables d afFcdion qu'ils donnèrent à fa per- fonnc , on ne fe peut tenir qu'on n*en fente de i émotion , & qu on ne participe en quelque
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îyS De LESTAT BES FiDELES
faffbn à leur ioyc. Or qu cft^cc ou de laffcm-
bléc de la Grèce, au prix de celle de tous les Fi J
dclcs del'Vniuers, ou dcFlaminius & d'AIcJ
xandrc, au prix du Seigneur Icfus Chrift, ou
de la liberté de ces peuples , au prix de ce lie des
enfans de Dieu, ou dcladeliuranccdelado-^
minationdcs Pcrfcs, ôc des Macédoniens, ôc
du tyran de Laccdcmone , & des autres vfurpa-
leurs dont ces libérateurs les ont affranchis, au
prix d'cftre dcliuré de la puiffance de Satan &
de la mort , pour eftrc mis en la iouïffancc d'v-
nc vie & d*vnc gloire éternelle ? Encore dit-on
que la comparaifon de la calamité d'autruy
nous aide à nous rendre plus fenfiblc npftre
propre félicité. Et dcfaitlcPoëtcdit quilyàî
du plaifir à voir de dcflus le riuagc delà mer vn
nauirc en grande tourmente j non pour ce
qu'il y ait du plaifir à voir le mal d'autruy, mais
pouicc qu'on s'en void dehors , &: que les pc-^
rils ou pafles,ou prcfcns, mais ou nous n'auons
point de part , donnent quelque fentimcnt de
ioye. Si cela cft, certes Thorrcur de la condani-»
nation des incrédules , doit infiniment âdioû»
ter à la ioycdc noftrcabfolution& denoftrc
gloire. Chrift leur rnoiiftrcra vn vifage icucrc
APRES LA Monri 17P
& rigoureux , à nous vn fouucraincmcnc a- grcablc & plein de fercnité. Chrift remplira leur confciencc de trépidation &d'horrcur,au lieu qu'il comblera nos cœurs de confolation &d'aflcurancc. Chrift les mctcraà fao-'-uchc auec indignation , & nous à fa dcxtre aucc dc- xnonftration d'afFc6tion & de paix. Chrift les interroguera comme vn ïuge inflexible &:im» placable à leur incrédulité ; &c nous comme noftrc Aduocat & U témoin de noftre foi. Chrift leur prononcera , ^llés maudits an fat éternel 5 à nous il dira , F'enes les hnits de mon Pe^ re. Chrift ciïcâriucmcnt les abyfmcra dedans les enfers , & quant à nous il nous élcuera en la gloire ctcrncUe de fon Royaume.
Fin du troïfime Difcours,
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l80 BB LESTAT DES FiDELES
De LA FELIQITE DES FIDELES
après la tournée de la Refurreêlion.
DISCOVRS QVATRIESME.
IN SI fommcs nous parucnus à la confidcration du dernier degré de 4 cette bcatitadc à laquelle nous a(pi-* rom. Voyons donc auffi brieuc-] ment ce qui nous en cft rcuclc en la Parole de Dieu, & n'y apportons pas moins de retenue & de circonfpeàion, que nous auôns fait fur les queftioKs précédentes. L'Apoftre ccriuant aux Corinthiens & leur parlant des myftercs de l'Euangilc, dont TEfprit de Dku auoit don- né la rcuclation àluy&a les compagnons en r Apoftolat , dit après le Prophctc Èlàïe , ^e ce fondes chofes qn œil n^aptott point veffè'St qn^oretlle namit point ouiesy ^ qai nefloyent point montées en €i£Hr d'homme y que 0teu auoit referuées a ceux qui ï aiment. Paroles qu'on à accoullumc d'adapter à la gloiic de ce royammc duquel nous par-
APRES LA Mort. 181
Ions, Etvôritabîcmentccn'cftpasfaiîs bonne raifon. Car encore qnc ce ne foit pas propre- ment à foii (ojet qu elles ont efté première- ment proi5;Oncées, ficft-ccquc telle qu'a eftc la condition des luifs qui ont vcfcu dcifTous TAncicnBc Alliance à noftrc cgard, telle cft